La campagne secrète du Pentagone : les fausses vidéos d'Al-Qaïda au service de l'armée américaine

Les soldats américains de la 10e Brigade d'aviation de combat en Afghanistan.© Lucas Jackson Source: Reuters
Les soldats américains de la 10e Brigade d'aviation de combat en Afghanistan.

D'après le témoignage d'un ancien employé d'une société de relations publiques britannique, Martin Wells, les Etats-Unis auraient commandé et payé des vidéos de propagande terroriste en Irak. Exposé de ce que le lanceur d'alerte a révélé à RT.

Un ancien employé d'une société britannique de de relations publiques embauché par le Pentagone pour créer de fausses vidéos de propagande terroristes en Irak, a avoué à RT qu'en arrivant, il pensait travailler avec les agences de presse, mais au lieu de cela, il a fini par créer des contenus pour une campagne de propagande secrète.

Le personnel de Bell Pottinger était stationné au quartier général de l’armée et du renseignement américain hautement sécurisé de Camp Victory, à Bagdad.

«L'arrivée [à Camp Victory, en Irak] a été un choc. C’était vraiment très pénible. Vous vous sentiez comme si vous ne saviez pas ce qui allait se passer», raconte Martin Wells, l'ex employé de la société Bell Pottinger qui a travaillé pour l'armée américaine en Irak de 2006 à 2008.

L’annonce que le Pentagone avait versé à Bell Pottinger plus d'un demi-milliard de dollars pour créer de fausses vidéos terroristes en Irak a fait la Une des journaux dimanche 2 octobre quand le Bureau of Investigative Journalism a divulgué cette information transmise par Wells.

A ce moment-là, je ne savais pas encore ce que je devais faire, mais je savais qu’en entrant par cette porte, je n’allais certainement pas couvrir les actualités...

D’après l’ancien employé de Bell Pottinger, au départ, il était censé travailler sur du contenu informationnel.

«Il s’est trouvé qu’il s’agissait des informations, mais pas des informations comme je l'entendais. Je pensais qu’il s’agissait de faire des choses pour les agences de presse telles que vous et Reuters. Et leur fournir des images», a-t-il dit.

Cependant, la réalité s’est avérée être tout à fait différente de ce que le rédacteur vidéo avait anticipé. Wells a témoigné qu’en arrivant sur son lieu de travail, il avait été présenté au personnel du renseignement américain.

«A ce moment-là, je ne savais pas encore ce que je devais faire, mais je savais qu’en entrant par cette porte, je n’allais certainement pas couvrir les actualités... Puis, plus tard, quand j’ai étudié et compris ce que j'allais faire, je me suis aperçu que c’était essentiellement une forme de propagande.»

Il s’est révélé que le Pentagone avait payé à Bell Pottinger 540 millions de dollars pour un contrat allant de 2007 à 2011, ainsi qu'un autre contrat de 120 millions de dollars signé en 2006. La société a terminé sa collaboration avec le Pentagone en 2011.

Bell Pottinger est connu pour avoir eu affaire à des clients controversés, y compris le gouvernement saoudien et la fondation du dictateur chilien Augusto Pinochet.

La société rendait des comptes à la CIA, au Conseil de sécurité nationale et au Pentagone. L'objectif était de présenter Al-Qaïda sous une lumière négative et de repérer et suivre ses présumés sympathisants. Les critiques affirment cependant qu’en réalité, en place de dénigrer l'organisation terroriste, les vidéos auraient eu tendance à favoriser les intentions des terroristes.

La mission de Bell Pottinger, qui a commencé peu de temps après l'invasion américaine de l'Irak, était de promouvoir des «élections démocratiques» pour l'administration avant de passer à des opérations psychologiques et informationnelles plus lucratives.

La vidéo s'ouvrait sur un player lié à un site web analytique, de sorte que partout dans le monde, elle pouvait être suivie

La société a créé des publicités pour la télévision présentant Al-Qaïda sous une lumière négative, ainsi que du contenu ressemblant à de la production de chaînes arabes. Les vidéos ont été créées pour être visionnées sur Real Player, qui a besoin d'une connexion internet pour fonctionner. Dans les CD, un code lié à Google Analytics a été intégré afin de permettre à l'armée de suivre les adresses IP sur lesquelles les vidéos étaient visionnées.

Ils auraient également écrit des scénarios pour des séries arabes dans lesquelles les personnages rejetteraient le terrorisme avec des conséquences positives. L'entreprise a également créé de fausses vidéos de propagande d'Al-Qaïda, qui ont ensuite été abandonnées judicieusement par des militaires dans des maisons où ils effectuaient leurs descentes.

«En ce qui concerne les [fausses vidéos d’Al-Qaïda], j’étais le seul à les monter pendant la durée de mon séjour en Irak. Personne d'autre n’était en charge de celles-ci, car c’est moi qui dirigeais le département. Les enregistrements nous étaient également remis, et c’étaient des images authentiques d’Al-Qaïda qu'ils avaient filmées, et nous les avons ensuite réadaptées pour mettre sur CD», a-t-il commenté.

«La plupart des choses que nous avons réalisées sont sorties dans les émissions d’information locales, nationales et diffusées dans différents pays de la région. Mais les CD visaient Al-Qaïda lui-même. Ils étaient utilisés par les Marines – laissés lors de raids parmi d'autres CD que les gens allaient utiliser de toute façon. La vidéo s'ouvrait sur un player lié à un site web analytique, de sorte que partout dans le monde, où que vous soyez, elle pouvait être suivie. De cette façon vous saviez d'où elle était visionnée, l'adresse IP clignotant, de quoi en gros en déduire qui la regardait», a expliqué Wells.

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