Gabon : nuit de tensions après les élections présidentielles, au moins trois morts

© Capture d'écran du compte de Twitter

Au Gabon, après l'annonce des résultats des élections, qui ont vu le président sortant l'emporter avec 49,8% des votes, Libreville s’est enfoncée dans les violences. L’Assemblée nationale a été incendiée, 19 personnes ont été blessées.

La nuit du 31 août au 1 septembre a été «chaude» pour les habitants de la capitale du Gabon. Après l’annonce de la réélection du président sortant pour un deuxième septennat, les tensions se sont accrues. Des centaines de gens sont descendus dans les rues pour manifester à grand renfort de slogans tels que «Ali doit partir» et «On nous a volé les élections».

Les manifestants accusaient le président gabonais, Ali Bongo, de poursuivre la dynastie installée par son père, El Hadj Omar Bongo, qui occupait son poste pendant 41 ans jusqu'à sa mort en 2009, et perpétuée par l'élection de son fils la même année.

Selon la commission électorale, Ali Bongo se maintiendrait au poste de président avec 49,80% des voix, tandis que 48,23% des votants se seraient exprimés en faveur de son rival, Jean Ping. Cet écart marginal ne représente qu'une différence de 5 594 voix, sur un total de 627 805 inscrits.

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Les opposants ont réclamé un recomptage des voix, jugeant ces élections entachées de fraudes.

Ali Bongo, de son côté, s'est félicité d'une élection «exemplaire», qui se serait déroulée «dans la paix et la transparence». «Je veux revenir sur notre principale victoire : cette élection est exemplaire», a-t-il assuré.

Cette déclaration a provoqué une vague de colère parmi les manifestants qui ont alors incendié l'Assemblée nationale.

Les tensions ont perduré toute la nuit. Des témoins ont déclaré que plusieurs centaines de policiers avaient été déployés dans les rues pour disperser les manifestants. Selon certains d'entre eux, la police aurait même utilisé des hélicoptères afin de restaurer l'ordre.

Au moins trois personnes ont été tuées, 19 blessées.

La garde républicaine a investi l'immeuble abritant le QG de campagne de Jean Ping, cherchant les «criminels» responsables de l'incendie de l'Assemblée nationale. L’opposant a démenti les accusations du camp d'Ali Bongo, niant tout lien avec l'incendie, affirmant qu'il n'y avait «aucune arme au QG» et demandé une aide internationale.

«Nous avons dit que le peuple gabonais [était] en danger, il faut venir nous aider contre le clan Bongo», a-t-il précisé.

La France a exprimé sa «vive préoccupation» face aux violences ayant éclaté dans la nuit au Gabon, estimant qu'il n'y avait «aucune place pour la violence» dans un cadre électoral.

«Les événements de la nuit à Libreville suscitent ma plus vive préoccupation. Dans le cadre d’un processus électoral, il n’y a aucune place pour la violence», a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault dans un communiqué, en appelant «toutes les parties à la plus grande retenue, afin d’éviter de nouvelles victimes».

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Jean Ping est depuis longtemps une figure politique importante au Gabon. Dans les années 1990, il occupait des postes ministériels dans les gouvernements d'Omar Bongo, le père de l'actuel président. En outre, de 1978 à 1984, il avait été délégué permanent du Gabon à l'Unesco, président de l'Opep (dont le Gabon était membre à l'époque) en 1993, et le 59ème président de l'Assemblée générale des Nations-Unies en 2004.

Les familles Bongo et Ping ne sont pas liées que par la politique : Jean Ping a en effet été le compagnon de la sœur d’Ali Bongo, Pascaline Bongo, avec qui il a eu deux enfants.

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