Biais pro-israélien : la BBC reconnaît avoir violé sa politique éditoriale

Un homme entre dans le batiment de BBC à Londres Source: Reuters
Un homme entre dans le batiment de BBC à Londres

La BBC a admis, à titre provisoire, les plaintes d’activistes palestiniens qui l’accusent d’avoir violé sa politique éditoriale en réalisant une interview trop «molle» du ministre de la Défense israélien, Moshe Yaalon.

Les plaintes portent sur une interview de la journaliste de la chaîne britannique BBC, Sarah Montague, lors de laquelle elle n’aurait pas contesté assez vigoureusement les affirmations controversées assénées par le ministre israélien de la Défense.

La journaliste Amena Saleem, qui travaille pour Campagne de solidarité avec la Palestine (Palestine Solidarity Campaign, PSC) a écrit sur le site Electronic Intifada qu’elle avait reçu, la semaine dernière, un courriel de l’Unité de règlement des plaintes éditoriales (URPE) de la BBC précisant que les griefs déposés par la PSC avaient été retenus.

«Moshe Yaalon a pu faire plusieurs déclarations controversées (…) sans une contestation quelconque, et les réalisateurs de l'émission ont reconnu que la journaliste aurait dû l’interrompre pour lui demander des explications. Le résultat final a été inférieur aux standards d’impartialité de la BBC», précise la lettre du responsable de l’URPE, Fraser Steel.

Un porte-parole de la BBC a toutefois précisé que cette conclusion était «provisoire» et que la question devait encore être tranchée définitivement.

Dans son interview de Mosche Yaalon, Sarah Montague n’a pas contesté les déclarations fallacieuses du ministre. Selon la retranscription de l’interview, faite par la PSC, qui a été diffusé la 19 mars dans l’émission «Today», le ministre israélien avait affirmé que les Palestiniens profitaient d’une totale indépendance politique.

«Les Palestiniens possèdent déjà une indépendance politique. Ils ont leur propre système politique, un gouvernement, un parlement, des municipalités etc. Nous nous en réjouissons. Nous ne voulons pas leur imposer notre pouvoir», avait déclaré Moshe Yaalon.

La PSC s’est indigné de ses propos, en soulignant que les Palestiniens vivaient de facto sous occupation et, à Gaza, en état de siège.

Moshe Yaalon avait encore estimé que les 1,5 millions d’arabes qui habitent en Israël avaient «les mêmes droits civiques que nous».

Reste que selon le chef du Centre légal pour les droits de la minorité arabe en Israël (Adalah) Hassan Jabareen, 45 lois sont actuellement en vigueur en Israël qui peuvent être considérés comme discriminatoires à l’encontre des citoyens arabes. «La discrimination a commencé par les lois foncières et a migré dans les lois qui concernent les individus… Les nouvelles loi visent la citoyenneté, l’identité et la liberté de parole», a-t-il expliqué la semaine dernière dans les colonne du Journal of TurkishWeekly.

Si la plainte de la PSC devait être reconnue comme véritablement fondée, il s’agira de la deuxième fois en quelques mois que l’URPE de la BBC épingle la corporation publique pour des prises de position pro-israéliennes.

En effet, BBC News Online a récemment été reconnu coupable par l’URPE de la BBC d’avoir violé la politique éditoriale du groupe public britannique en décrivant l’auteur d’un article sur les tunnels secrets à Gaza comme «un analyste de la défense indépendant». L’auteur, Eado Hecht, est actuellement professeur des doctrines militaires à l’université Bar-Ilan de Tel Aviv, une institution qualifiée par l’URPE d’«explicitement pro-israélienne». L’Unité de règlement des plaintes éditoriales a en outre reconnu que l’article avait été écrit en adoptant un point de vue «clairement pro-israélien».

En 2013, Sarah Montague avait déjà été au centre d’une affaire similaire, lorsque l’auteur de romans policiers Lynda La Plante a utilisé le mot «demeuré» [retard, en anglais] dans une interview diffusée dans l’émission Today. La journaliste avait alors rapidement changé de sujet, «critiquant implicitement» l’interviewée, mais le régulateur britannique des communications, l’Office of communications, avait estimé qu’elle aurait dû souligner plus explicitement l’inadmissibilité d’une telle expression.

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