Témoignage d’un ancien terroriste : des princes saoudiens avaient prévu d’abattre Air Force One

(REUTERS/Adnan Abidi) Source: Reuters
(REUTERS/Adnan Abidi)

Un ancien membre d’Al-Qaïda a révélé une forte connexion entre le groupe terroriste et la famille royale saoudienne dans les années 1990, en particulier dans le cadre d’un plan conjoint d’abattre Air Force One.

Les révélations ont été faites sous forme d’un témoignage recueilli dans la prison à sécurité maximale où Zacarias Moussaoui est incarcéré.

Selon le New York Times, Moussaoui a fait cette affirmation de sa propre initiative en envoyant une lettre au juge qui présidait le procès intenté par les proches des victimes des attentats du 11 septembre 2001 contre le gouvernement d’Arabie Saoudite.

C’est pourquoi, pendant deux jours en octobre dernier, les avocats ont été autorisés pour la première fois à interroger le condamné dans une prison fédérale ultra-sécurisée à Florence, Colorado. Ce dernier a donné des dépositions accablantes qui mettent en cause des membres éminents de la famille royale, y compris trois princes qui étaient, selon lui, des sponsors d’Al-Qaïda.

Le témoignage a été mis par écrit lundi.

Le prince Salman bin Abdul Aziz al-Saud et Zacarias Moussaoui. (Reuters) Source: Reuters
Le prince Salman bin Abdul Aziz al-Saud et Zacarias Moussaoui. (Reuters)

La rencontre pendant laquelle le plan d’abattage d’Air Force One a été abordé aurait eu lieu à l’ambassade du Royaume à Washington DC.

Cette rencontre aurait été la première d’une série impliquant un certain nombre de princes et dignitaires d’Arabie Saoudite, et en particulier le prince Salmane al-Saoud, frère du roi Abdallah récemment décédé et successeur actuel au trône. Si le témoignage de Moussaoui se confirme, la vision de l’implication saoudienne dans les attentats contre les Etats-Unis et du double jeu qui en résulte pourrait changer considérablement.

Entre 1998 et 1999, la branche afghane de l’organisation terroriste aurait ordonné à Moussaoui de créer une base de données numériques sur les donateurs d’Al-Qaïda comprenant en particulier le prince Turki al-Faysal bin Abdulaziz, ancien directeur des services de renseignement saoudiens et bien d’autres, surtout des riches hommes d’affaires et éminences ecclésiastiques.

« Cheikh Oussama voulait tenir un registre des flux monétaires », Moussaoui raconte dans son témoignage, ajoutant qu’il travaillait comme coursier pour Ben Laden lui-même.

L'avion Air Force One. (Reuters / Soe Zeya Tun) Source: Reuters
L'avion Air Force One. (Reuters / Soe Zeya Tun)

Le New York Times rapporte que Moussaoui a décrit en détails l’entraînement qu’il a suivi dans les camps d’Al-Qaïda. Le condamné, du reste, aurait assisté à l’essai d’une bombe de 750kg qui devait être utilisée d’abord contre l’ambassade américaine à Londres, puis contre les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie.

Mais le principal coup dur pour les Etats-Unis réside dans la révélation par Moussaoui de l’existence d’un plan consistant à abattre l’avion présidentiel à l’aide d’un missile Stinger. Cette initiative aurait été discutée avec le département des Affaires islamiques de l’ambassade saoudienne.

« J’ai dû aller à Washington et rencontrer [un fonctionnaire saoudien en visite]  … pour trouver un site approprié de lancement du missile Stinger d’où il aurait été possible de s’échapper ensuite », a continué Moussaoui.

Son arrestation aurait eu lieu à la veille de cette visite de reconnaissance.

(Reuters / Stringer) Source: Reuters
(Reuters / Stringer)

Il y a eu des tentatives en 2006 de présenter le terroriste comme un aliéné au comportement imprévisible. Le juge, cependant, a écarté les conclusions du psychologue. Moussaoui a donc été reconnu pénalement responsable et capable de se présenter à son procès.

« En fait, il comprend mieux le système judiciaire que certains avocats que j’ai vus à la cour », a ironisé le juge Leonie M. Brinkema à cette époque-là. Cette dernière a trouvé le suspect « extrêmement intelligent » et a dit qu’elle n’avait « rien à redire » de son état de santé mentale.

Les Saoudiens n’ont pas apprécié l’impact que ces révélations pourraient avoir. Le verdict sur l’état de santé mentale de Moussaoui est capital pour affirmer ou casser la crédibilité de ses témoignages. Quand il a témoigné lundi, le condamné du 11 septembre semblait être en possession de toutes ses facultés mentales.

Selon le New York Times, l’ambassade saoudienne, le même jour, a fait valoir que la commission parlementaire du 11 septembre a rejeté la possibilité de telles relations et déclaré que « Moussaoui est un criminel dérangé dont les avocats ont prouvé  qu’il était mentalement déficient ». Les Saoudiens font référence à un diagnostic précédant le procès du terroriste.

 « J’ai eu l’impression qu’il était complètement sain, concentré et raisonné », a dit un avocat de Philadelphie qui l’a interrogé.

 Il faut noter que les soupçons de complicité entre les élites saoudiennes et Al-Qaïda ne datent pas d’hier et ont été solidement corroborés dans le passé. Ben Laden était lui-même était le fils d’un magnat saoudien de la construction et son parcours met en évidence une connexion financière existant bien avant les attentats du 11 septembre.

Le prince Salman bin Abdul Aziz al-Saud. (Reuters) Source: Reuters
Le prince Salman bin Abdul Aziz al-Saud. (Reuters)

 Dans le même temps, on sait aussi que la maison des Saoud, pendant la campagne soviétique en Afghanistan dans les années 1980, a financé en collaboration avec les Etats-Unis des combattants islamistes dont un bon nombre a fini dans ce qui deviendrait plus tard Al-Qaïda.

Les accusations de Moussaoui voient le jour à un moment peu opportun pour les autorités saoudiennes. En effet, il y a seulement presque deux semaines que le roi Abdallah est décédé pour laisser la place à son frère Salmane qui aurait fait affaire avec Moussaoui.

Le président Barack Obama et le secrétaire d’Etat John Kerry, en visite récemment dans le royaume du Golfe, n’ont pas manqué d’insister sur les liens forts qui existent entre les deux pays.

L’Arabie saoudite et ses partenaires internationaux font régulièrement l’objet de critiques dans le monde entier au sujet de la situation déplorable des droits de l’homme dans le royaume. Les semaines suivant l’accession du prince Salmane au trône ont déjà été ponctuées de quatre exécutions.

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