Deuxième mandat de Cameron : plus d’austérité, moins d’UE et pas de concessions à l’Ecosse

Le Premier ministre britannique David Cameron Source: Reuters
Le Premier ministre britannique David Cameron

Les Tories ont obtenu la majorité parlementaire lors des dernières élections au Royaume-Uni, mais le Premier ministre David Cameron, dont le parti n’a obtenu que 37% des voix, est exposé à la contestation dans une situation politique complexe.

Le Premier ministre a repris son poste avec une majorité parlementaire convaincante de 316 sièges sur 650, bien que les sondages à la sortie des urnes aient tablé sur une quasi-égalité de voix entre le Parti conservateur et le Parti travailliste.

Et pourtant, les Tories n’ont obtenu que 37% des suffrages exprimés au total, le système électoral majoritaire à un tour répartissant les sièges au Parlement uniquement entre les candidats qui ont le plus de voix dans chaque circonscription. Le nombre de siège pour chaque parti est fonction du nombre de circonscriptions gagnées, peu importe le nombre total de voix pour chaque parti.

Le Parti conservateur, selon les sondages, ne devait pas obtenir une victoire aussi large aux élections générales britanniques. Mais comme l’a expliqué l’analyste politique Chris Bambery, la quantité de suffrages obtenus par le Parti conservateur est faible comparé à la majorité remportée.

«Pour les conservateurs, en fait, ce n’est pas un grand succès. Ils n’ont fait que reprendre des sièges aux Libéraux-démocrates qui ont perdu presque partout en Grande-Bretagne. Le parti travailliste a aussi été laminé», a-t-il souligné en ajoutant que des enquêtes seront être menées sur la question de savoir pourquoi les sondages se sont trompés.

A Londres, Cardiff et ailleurs au Royaume-Uni, le deuxième mandat de David Cameron a suscité la colère de la rue à l’approche d’une accentuation de la politique d’austérité caractérisant son premier mandat.

En savoir plus : Londres : 17 arrestations et quatre policiers blessés dans une grande action anti-austérité

Le SNP monte en flèche

Les mouvements sociaux ne sont pas le seul problème de Cameron qui n’a pas encore formé son gouvernement. Le Parti national écossais (SNP), principal parti indépendantiste de la région, s’est imposé à Westminster, raflant 56 sièges sur les 59 attribués à l’Ecosse.

En savoir plus : La victoire des Conservateurs éclipsée par le triomphe des indépendantistes écossais

Ces élections sont une sorte de revanche après l’échec qu’a connu le SNP lors du référendum pour l’indépendance de l’Ecosse en septembre dernier à l’issue duquel 55% des Ecossais avaient dit non à la sortie de l’Ecosse du Royaume-Uni.

La dirigeante du Parti national écossais Nicola Sturgeon,  qui ne s’attendait pas à un tel succès, a d’ores et déjà déclaré que les relations entre l’Ecosse et la Royaume-Uni s’organiseront d’une autre manière après la formation du nouveau gouvernement. En novembre 2014, Nicola Sturgeon a exprimé la volonté de son parti d’organiser un deuxième référendum si son parti gagne la majorité des voix représentant l’Ecosse, une épine dans le pied de David Cameron qui veut conserver l’unité du pays.

La question européenne

Opposé à la séparation de l’Ecosse qui possède des réserves importantes du pétrole, David Cameron prend le risque d’une autre séparation qui pourrait lui coûter cher : le retrait du Royaume-Uni de l’UE (Union européenne).

Le programme électoral des Tories comprend de nombreux points, mais la promesse principale est le référendum sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE en 2017. Plusieurs dirigeants de l’UE se prononcent contre le référendum au Royaume-Uni, mais David Cameron tient bon. 

«Nous aurons un référendum sur notre avenir dans l’Europe. Avant de commencer notre travail, nous avons promis de conserver l’unité de notre pays. Nous allons le diriger comme une nation unie, comme un royaume intégral», a-t-il dit dans une intervention après les élections.

Ce sera probablement le sujet principal de discussions dans les deux années à venir à Downing street dans un pays gagné par l’euroscepticisme. Autrement dit, pour faire plaisir à ses électeurs, David Cameron peut décider de continuer à irriter Bruxelles.

Les exemples sont nombreux pendant son premier mandat. David Cameron a évoqué le mécontentement d’Angela Merkel pour ses déclarations sur le contrôle de l’immigration européenne au Royaume-Uni. Pour elle, le principe de la liberté de mouvement au sein de l’UE est un des aspects clé de l’existence de l’Union européenne. Elle a même proposé à la perfide Albion de quitter le l’UE mais de ne pas mettre en péril ce principe.

De plus, David Cameron a irrité le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker en refusant de payer une contribution additionnelle de 2,1 milliard d’euros. Les contributions étant payées proportionnellement au budget de chaque Etat-membre de l’Union européenne, le Royaume-Uni a tendance à considérer que ses contribuables ne doivent porter le fardeau budgétaire européen à la place des économies plus faibles.

Cependant, l’analyste Fabian Zuleeg, directeur exécutif du think tank «European Policy Centre» estime que les relations fragiles entre l’UE et le Royaume-Uni pourraient causer des problèmes aux entreprises.

«Je crois que c’est certain maintenant pour les entreprises. A partir de maintenant, les entrepreneurs vont réfléchir avant de continuer à investir en Grande Bretagne, surtout certaines grandes industries manufacturières dédiées au marché européen mais pas au marché britannique», a-t-il souligné.

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Enquêtes spéciales