Amnesty accuse l’armée nigériane d’avoir tué 350 chiites et enterré leurs corps en secret

Un véhicule de l'armée nigériane patrouillant dans une zone reprise au groupe djihadiste Boko Haram Source: Reuters
Un véhicule de l'armée nigériane patrouillant dans une zone reprise au groupe djihadiste Boko Haram

L’ONG de défense des droits de l’homme appelle l’armée nigériane à «faire la lumière» sur la mort de 350 civils qui auraient été massacrés, puis jetés dans une fosse commune, après une confrontation avec des militaires en décembre de l’année passée.

Un rapport publié par l’ONG Amnesty International, basé sur des témoignages directs et des images satellites, accuse l’armée du Nigéria d’avoir massacré un grand nombre d'hommes, de femmes et d'enfants de confession chiite dans le nord du pays.

Entre le 12 et le 14 décembre 2015, dans la ville de Zaria, des violences ont éclaté entre des membres du Mouvement islamique du Nigéria, une organisation musulmane locale, et les soldats du gouvernement.

Les militants, dont certains étaient armés de bâtons, de couteaux et de machettes, refusaient de laisser passer un convoi de l’armée sur une route proche du quartier général de l’organisation.

Les militaires auraient alors entouré les zones où les membres du mouvement musulman s’étaient rassemblés, avant d'ouvrir le feu de manière délibérée, rapporte l’étude d’Amnesty International.

Des témoins directs expliquent avoir vu des soldats faire une descente dans une morgue et un hôpital de fortune, qui aurait été incendiés plus tard dans l’après-midi.

Une vidéo, qui aurait été filmée par des membres de l’organisation chiite à l'aide d'un téléphone portable, montre des corps blessés par balles et d’autres calcinés gisant dans la zone.

Selon le rapport de l’ONG, les militaires auraient bouclé le secteur après la confrontation, afin de raser le site, de nettoyer le sang et les cartouches. «Des piles de corps» auraient ensuite été emmenées à la morgue de l’hôpital universitaire d’Ahmadu Bello, qui a été bouclé pendant deux jours.

«Il y avait cinq ou six gros camions et plusieurs petits véhicules militaires et ils ont passé des heures à creuser et à décharger le contenu des camions dans le trou qu’ils avaient creusé et l’ont ensuite recouvert avec de la terre», rapporte un témoin avant d’ajouter : «Je ne sais pas ce qu’ils ont enterré. Cela ressemblait à des corps mais je ne pouvais pas m’approcher.»

Amnesty International a identifié la localisation d’une possible fosse commune dans la zone et assure que la comparaison d'images satellite du site prises quelques mois avant l’attaque et dix jours après celle-ci montrent «de la terre remuée s’étendant sur une zone d’approximativement 1 000 mètres carrés».  

L’armée nigériane, qui a décrit l’étude comme «hâtive, partiale et manqu[ant] d’objectivité», a appelé Amnesty à laisser le processus judiciaire suivre son cours sans interférence.

«L’ONG devrait comprendre que le Nigéria est une nation souveraine et qu'elle devrait être respectée», a déclaré un porte-parole du gouvernement, ajoutant qu’«une enquête judiciaire est en place en plus de l’enquête de la [Commission] nationale des droits de l’homme».

Les relations sont très tendues entre le Mouvement islamique du Nigéria, qui milite pour mettre en place une république islamique similaire à celle qui a cours en Iran, et les forces armées nigérianes.

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