«Le gouvernement turc n’a pas perpétré le génocide mais en assume la responsabilité en le niant»

Le président arménien Source: Reuters
Le président arménien

Le président arménien, Serge Sargsian, a estimé que la Turquie devait arrêter de couvrir les atrocités commises par l’Empire ottoman et reconnaître le génocide arménien, à la veille des célébrations du 100ème anniversaire du début des massacres.

«Nous voulons que les autorités turques modernes se débarrassent du fardeau des actions de l’Empire ottoman», a déclaré Serge Sargsian dans une interview accordée à RT dans la capitale arménienne Erevan. «Les autorités actuelles n’ont pas commis le génocide, mais quand elles essaient de le justifier, elles en portent la responsabilité», a expliqué le président arménien.

Sur les ordres de Constantinople en avril 1915, les responsables turcs ont commencé à arrêter, déporter, torturer et, finalement, tuer les membres de la minorité arménienne de l’Empire ottoman, qualifiés d’infidèles pendant la Première Guerre mondiale. Vers 1922, on estime qu’environ 1 à 1,5 million personnes, soit plus des deux tiers de tous les Arméniens qui vivaient dans l’Empire, avaient été tués.

La Turquie insiste sur le fait qu’il n’y a pas eu autant de morts en soulignant que beaucoup de Turcs ont péri en essayant d’apaiser la révolte des Arméniens rebelles qui luttaient aux côtés des Russes qui envahissaient le pays. Alors que les hauts responsables ont commencé à reconnaître progressivement quelques massacres, ils nient catégoriquement le terme de «génocide». Le président turc Recep Tayyip Erdogan a fortement condamné le Pape François pour avoir utilisé ce terme il y a quelques jours.

Le Pape François avec le président turc Recep Tayyip Erdogan© Reuters/Umit Bektas Source: Reuters
Le Pape François avec le président turc Recep Tayyip Erdogan

En savoir plus : la Turquie souhaite que le Pape admette sa faute concernant ses commentaires sur le génocide arménie

Malgré ces désaccords, Erevan et Ankara ont signé en 2009 un accord historique établissant des relations diplomatiques entre les deux pays et ouvrant les frontières pour la première fois depuis 1993. Mais ni le parlement arménien, ni le parlement turc ne l’ont ratifié.

«Les Turcs ont montré qu’ils ne voulaient pas établir de relation. Nous avons démontré à plusieurs reprises qu’au moment où la Turquie ratifiera le document, nous le ratifierons aussi», a expliqué Serge Sargsian.

Le dirigeant arménien qui est en poste depuis 2008 a accusé la Turquie d’imposer des conditions préalables à un accord. En effet, Ankara refuse de signer un quelconque document diplomatique ou de reconnaître qu’il y a eu un génocide tant que l’Arménie n’abandonne pas ses prétentions sur les territoires turcs où vivaient des Arméniens avant 1915. Une autre question épineuse est celle du Haut-Karabagh où Ankara soutient la population musulmane azerbaidjanaise dans le conflit qui l’oppose aux chrétiens arméniens.

«Nous n’avons pas imposé de telles conditions aux Turcs. Nous ne leur avons pas dit que ils devaient reconnaître le génocide arménien pour établir des relations normales avec nous, et je pense que notre position est juste, claire et constructive. Mais du côté turc, les dirigeants turcs pour être plus précis, posaient toujours telle ou telle condition», a regretté Serge Sargsian.

De plus, il a accusé la Turquie d’«étendre sa boîte à outils du déni» après qu’elle a déplacé le 100ème anniversaire de la victoire des Dardanelles sur la Triple Entente au 24 avril pour que cette date coïncide avec la Journée de commémoration du génocide arménien.

Manifestation en hommage aux victimes du génocide arménien à Istanbul© Reuters/Murad Sezer Source: Reuters
Manifestation en hommage aux victimes du génocide arménien à Istanbul

«Ce n’est pas acceptable de les voir violer la chronologie pour l’adapter à une autre date et ainsi détourner l’attention. C’est le problème. Nous ne voulons pas faire une compétition de dates, et nous ne voulons pas que la Journée de commémoration du génocide arménien provoque une compétition avec la Turquie, en termes de dirigeants qui viennent ici», a poursuivi le président arménien.

Alors que le parlement européen a procédé à un vote symbolique pour reconnaître le génocide, Barack Obama qui utilisait ce terme librement avant son élection à la présidence américaine en 2008, s’en méfie depuis qu’il est au pouvoir, probablement, pour éviter de fâcher la Turquie, une alliée de longue date de l’OTAN.

«J’ai parlé aux responsables américains. Personne ne nie le génocide, mais cela ne relève pas de l’intérêt national des Etats-Unis de le reconnaître officiellement», déplore encore Serge Sargsian. 

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