La cérémonie de commémoration du centenaire du Génocide arménien à Erevan

La cérémonie officielle en l’honneur des victimes du Génocide arménien se déroule à Erevan. Les délégations de plus de 60 pays y ont pris part. Les présidents français et russe ont pris la parole pour réitérer leur soutien aux Arméniens.

Les événements commémoratifs en mémoire de tous ceux qui ont péri dans ce massacre qui a commencé il y a 100 ans aujourd’hui ont lieu dans le mémorial Tsitsernakaberd situé sur l’une des collines de la ville. Le mémorial a été érigé en l’honneur des 1,5 million d’Arméniens qui ont péri dans ce génocide.

Lors de la cérémonie, les dirigeants de l’Arménie, de la France, de la Russie, de la Serbie et de Chypre ont pris la parole pour exprimer leur soutien au peuple arménien et parler des problèmes actuels liés au génocide.

Dans son intervention, le président français François Hollande a exprimé «un message de paix et de réconciliation» et a déclaré «s’incliner devant la mémoire des victimes». D’après lui, la France n’oubliera jamais tout ce qui s’est passé il y a 100 ans. Il a souhaité que les relations entre l’Arménie et la Turquie s’améliorent et que les deux pays puissent rouvrir leur frontière prochainement. «La mémoire ne doit pas être utilisée pour séparer mais pour unir», a souligné le chef d’Etat français.

Les dirigeants déposent des fleurs au mémorial en l'honneur des victimes du génocide arménien © Alexei Nikolski Source: RIA NOVOSTI
Les dirigeants déposent des fleurs au mémorial en l'honneur des victimes du génocide arménien

«D'autres mots» de la Turquie attendus

Le locataire de l’Elysée s’est réjoui que des mots importants aient été prononcés par la Turquie qui a admis qu’un grand nombre d’Arméniens avaient été tués lors des massacres en 1915, mais il a également souligné que «d'autres mots sont encore attendus pour que le partage du chagrin puisse devenir le partage d'un destin». La Turquie ne veut toujours pas reconnaître le génocide arménien et parle d’environ 500 000 morts alors que pour Erevan 1,5 million d’Arméniens ont été victimes de l’Empire ottoman.

De plus, le chef de l’Etat français a mentionné «une entreprise méthodique et systématique d'éradication à l'œuvre» au Moyen-Orient, allusion aux Chrétiens d’Orient qui subissent la barbarie des terroristes de Daesh.

La cérémonie de commémoration du centenaire du Génocide arménien à Erevan© Alexei Nikolski Source: RIA NOVOSTI
La cérémonie de commémoration du centenaire du Génocide arménien à Erevan

«Le danger, c'est toujours la disparition des minorités et c'est pourquoi il était important d'être ici à Erevan pour appeler à la défense de toutes les minorités et notamment des chrétiens d'Orient», a déclaré le président français. En février dernier, plus de 220 chrétiens assyriens ont été enlevés en Syrie, provoquant l’exode de près de 1 000 familles, soit quelque 5 000 personnes, et ce mouvement d’exil des chrétiens du Moyen-Orient se poursuit.

La position russe toujours cohérente et invariable

Le président russe a pris la parole après son homologue français et a souligné que la position russe avait toujours été cohérente et invariable : on ne peut excuser les massacres.

«Malheureusement, pour l’instant, le néofascisme gagne du pouvoir dans certaines régions du monde. Des nationalistes radicaux cherchent à prendre le pouvoir, l’antisémitisme gagne du terrain, il y a des pays qui montrent leur russophobie», a souligné Vladimir Poutine. Selon lui, il faut penser à ces questions et, notamment penser aux conséquences que ces tendances peuvent engendrer.

Vladimir Poutine dépose une gerbe au mémorial Tsitsernakaberd © Alexei Nikolski Source: RIA NOVOSTI
Vladimir Poutine dépose une gerbe au mémorial Tsitsernakaberd

Ni le président turc Recep Tayyip Erdogan ni le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu n’ont fait le déplacement de Erevan pour participer aux célébrations commémoratives mais le ministre aux Affaires européennes, Volkan Bozkir a, quand même, assisté aux cérémonies et a exprimé ses condoléances aux descendants des victimes.

100 ans après, la question du génocide divise encore

La question du génocide arménien est un sujet sensible sur la scène internationale car il n’est pas reconnu de manière unanime par la communauté internationale. Depuis 1915, beaucoup de pays ont condamné le massacre dont les Arméniens ont été victimes. Mais l’Uruguay, le 20 avril 1965, a été le premier pays à reconnaître officiellement le génocide arménien. Plus de 20 pays ont depuis lors qualifié ce massacre de génocide, dont la France, la Russie, l’Allemagne, l’Italie et le Canada.

Hier, lors d’une interview aux journalistes russes, y compris la rédactrice en chef de RT, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré que la Russie aidera la Turquie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan à normaliser leurs relations.

Selon lui, la Russie a soutenu le processus entamé sur l’initiative de l’Ankara et d’Ereven il y a quelques années, sur le développement des documents sur l’ouverture des frontières, la reconnaissance mutuelle et le développement de la coopération. « Malheureusement, les documents ont été signés, mais n’ont pas entré en vigueur, parce que la Turquie ne les a pas ratifiés. Mais nous contribuons activement pour que cela ait eu lieu», a noté le chef de la diplomatie russe.

Le génocide arménien a été reconnu et condamné par plusieurs organisations mondiales telles que le Conseil de l’Europe et le Parlement européen. Fait étrange : dans plusieurs pays, quelques régions seulement ont reconnu ce génocide. C’est, par exemple, le cas pour 45 des 50 Etats qui composent les Etats-Unis, ou pour le Pays de Galles, l’Ecosse et l’Irlande du Nord qui font partie de la Grande-Bretagne. 

Reconnaissance politique du génocide arménien (capture d'écran)© Wikipédia
Reconnaissance politique du génocide arménien (capture d'écran)

Si les Etats-Unis, Israël et le Royaume-Uni reconnaissent qu’il y a eu un massacre, ils ne prononcent pas pour autant le mot de génocide, même si un grand nombre de personnalités publiques estiment qu’il faudrait le faire.

L’Etat azerbaïdjanais nie le génocide des Arméniens. Selon son idéologie, le massacre ciblé du peuple arménien n’a pas eu lieu. La Turquie, héritière de l’Empire ottoman, se prononce toujours contre la réalité du génocide arménien et organise sa négation à travers le monde. D’un côté, Ankara menace de représailles économiques tout pays qui condamne cette barbarie comme un génocide. De l’autre côté, le pays dépense beaucoup d’argent pour nier son existence, que ce soit par des campagnes publicitaires ou en investissant dans les institutions qui soutiennent la position turque.

Le code pénal turc prévoit une peine allant jusqu’à deux ans de prison pour le «dénigrement» de la nation turque même si l’Etat reconnaît que de 300 000 à 500 000 Arméniens et Turcs ont péri lors de la guerre civile qui a éclaté à cette époque.

Selon l’Arménie, de 1915 à 1923, les forces turques ont intentionnellement déplacé et tué des Arméniens. D’après les estimations, environ 1,5 millions d’arméniens ont été tués par le régime des Jeunes-Turcs à la fin de l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale.

Mais le début du conflit entre les Turcs et les Arménien remonte à la fin du XIXème siècle, quand la première série d'actes criminels à grande échelle ont été perpétrés contre les Arméniens de l'Empire ottoman. Cela s’est passé sous le règne du sultan Abdülhamid II, connu en Europe sous le nom de «Sultan rouge» ou encore du «Grand Saigneur», pour avoir ordonné personnellement des massacres à la suite du refus des Arméniens de Sassoun de payer la double imposition entre juillet et septembre 1894.

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