La police de New-York expulse une famille de son domicile par erreur et créé la polémique

Le chef de la police de New-York, William Bratton© Eduardo Munoz Source: Reuters
Le chef de la police de New-York, William Bratton

La police new-yorkaise a procédé à l'expulsion d'une famille de son domicile à Long Island, après qu'un juge a déclaré qu'il était un repère de dealers. Ces derniers avaient pourtant quitté les lieux depuis plusieurs mois.

Un procès devra se tenir prochaînement à la cour fédérale de Brooklyn pour juger de l'utilisation abusive par la NYPD (la police de la ville de New-York) de l'arrêté spécial de réduction des nuisances (nuisance abatement law). Ce dernier permet à la police, en cas de délit de nuisance de voisinnage avéré ou d'agissement pouvant provoquer des troubles à l'ordre public, d'empêcher temporairement des habitants d'accéder à leur logement, dans l'attente de passer devant un juge.

C'est ce qui est arrivé à Austria Bueno, 32 ans, exerçant la profession de femme de ménage et qui s'est retrouvée à dormir à même le sol dans un hôtel miteux, avec son mari et ses deux enfants, en attendant d'être présentée au tribunal. 

La famille était tombée sous le coup de la loi sans même le savoir. En effet, l'appartement dans lequel les Bueno étaient sur le point d'emménager, à Long island City, était, selon un informateur de la police, un repère de dealers de crack. Une opération de police avait permis aux autorités de mettre la main sur de la drogue, des armes et près de 21 500 dollars (19 000 euros) en espèces.

Quand la famille à emménagé dans cet appartement, elle ignorait les soupçons de l’autorité judiciaire sur l’utilisation qui en avait été faite par les occupants précédents.

Le vendredi 11 décembre 2015, alors qu'Austria Bueno revenait à son domicile accompagnée de ses enfants de 6 et 15 ans qui sortaient de l'école, elle a trouvé une pile de documents juridiques devant sa porte à laquelle était attaché un autocolant de couleur vive. 

Ce dernier stipulait que son domicile avait été fouillé et qu'elle n'était plus autorisée à y séjourner en attendant de passer devant le tribunal le mardi suivant. Ce soir-là, la famille Bueno a du passer la nuit dans un hotel bon marché, et les trois nuits suivantes sur le sol du salon de parents.

Une fois les choses mises au clair, il s'avéra que la police de New-York avait commis une importante négligence : le NYPD a en effet demandé au juge de condamner l'accès du logement, sans même avoir au préalable contacté les autorités compétentes pour savoir si l'appartement qui avait servi de repère à des dealers, n'avait pas depuis été réinvesti par de nouveaux locataires. 

L'avocat de la famille Bueno, Robert Sanderman, cité par le Daily Mail, a expliqué que cette dernière avait été autorisée à retourner dans son appartement à l'issue de la première audience. Mais, au lieu de présenter des excuses pour l'erreur commise et classer l'affaire, la police de New-York a engagé une bataille juridique de trois mois pour tenter d'obliger les Bueno à signer un document qui stipulerait qu'ils renoncent à poursuivre la NYPD en justice. Ce que Austria Bueno a toujours refusée.

«Lorsqu'ils procèdent à de telles opérations, la moindre des choses serait d'être sûr que les personnes visées sont les bonnes et que leur action est légale. Sur la base de simples allégations qui n'ont pas été vérifiées, mes clients ont été expulsés de façon honteuse et seront marqués à vie par cette épreuve. Il s'agit d'une violation flagrante et scandaleuse de la constitution», a déclaré Me Sanderman.

Depuis que l'affaire a été mise en lumière par les médias, portant un coup dur à la police de New-York, le nombre de cas d'expulsion provisoire pour nuisances a fortement diminué. En effet, 28 recours ont été déposés depuis le début de l'affaire, tandis que pendant l'année 2013, ce nombre s'élevait à 161, et 101 en 2014. 

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