L'ONU condamne Karadzic à 40 ans de détention pour «crimes contre l'humanité» en Yougoslavie

Radovan Karadzic Source: Reuters
Radovan Karadzic

Le tribunal des crimes de guerre de l’ONU a accusé Radovan Karadzic, leader des Serbes en Bosnie pendant la guerre civile dans les années 1990, d’être responsable de « crimes contre l’humanité » dans plusieurs villes de Bosnie.

«Radovan Karadzic, la cour vous condamne à 40 années de détention», a affirmé le juge O-Gon Kwon, après l'avoir acquitté d'une accusation de génocide dans sept municipalités de Bosnie.

Karadzic est inculpé de deux génocides, cinq crimes contre le l’humanité et quatre violations des lois de la guerre alors qu’il exerçait la fonction de Président de la République serbe de Bosnie de 1992 à 1996.

Cependant, le juge O-Gon Kwon souligne que Karadzic ne doit pas être «tenu responsable du génocide», dans la mesure où le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie n’a trouvé jusqu'à présent aucune preuve de génocide dans les villes bosniennes. Malgré une absence de preuve évidente, le verdict est néanmoins tombé ce jeudi 24 mars.

Karadzic est également accusé d’être à l’origine du tristement célèbre massacre de Srebrenica, lors duquel les forces serbes de Bosnie auraient tué près de 7 500 musulmans, selon les chiffres des musulmans de Bosnie et des gouvernements occidentaux. Néanmoins, les événements qui se sont produits à Srebrenica doivent encore faire l’objet d’une enquête à venir. 

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Dans une interview récente au Balkan Investigative Reporting Network (BIRN), Karadzic a nié être le responsable de ces atrocités en insistant qu’il avait, au contraire, «constamment œuvré à préserver la paix, à empêcher la guerre et à diminuer les souffrances de tous, quelle que soit leur religion».

«Pour ce qui est de Srebrenica, je ne peux malheureusement pas nier tout ce qu’il s’est passé, mais, je tiens à contester l’ampleur et le contexte des événements», a-t-il déclaré au BIRN. «Encore une fois, il ne s’agissait pas d’une unité de l’armée qui a été chargée de commettre ces atrocités, mais il était plutôt question d’une sorte de «patchwork», d'une collection aléatoire d’hommes appelés à tuer, à leur surprise et contre leur propre volonté et intérêts. Cela a été tellement clandestin que ceux ayant perpétré ces actes l’ont caché à leur commandant.»

Le jugement de l’ONU a fait l’objet de nombreuses critiques, accusant le tribunal d’avoir mené un simulacre de procès qui a refusé à l’accusé l’accès à des éléments de preuves nécessaires pour constituer une défense adéquate. 

Radovan Karadzic fera appel de sa condamnation pour génocide

L'avocat de Radovan Karadzic a annoncé que l'ancien chef politique de Bosnie fera appel de sa condamnation à 40 ans de détention pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. L'avocat a souligné que Karadzic «pense qu'il a été condamné sur la base de déductions et va interjeter appel du jugement».

Malgré la décision de l’ancien Président serbe, Boris Tadić, de traîner Karadzic en justice, plusieurs Serbes, dont le ministre de la Justice, Nikola Selakovic, s’opposent à ces procédures hautement médiatisées. «Je ne pense pas que le verdict facilitera la réconciliation, laquelle était le premier objectif du tribunal», a-t-il déclaré dans une interview au média serbe RTS.

Plusieurs associations serbes ont également apporté leur soutien à Radovan Karadzic. "Il [Radovan Karadzic] restera toujours un héros qui a apporté une contribution immense à la création de la République serbe de Bosnie et à la défense du peuple serbe", a déclaré Bozica Zivkovic Rajilic, présidente de l'association serbe des «Femmes victimes de la guerre».

Le jugement du jeudi 24 mars a été rendu après cinq années de procès et sept années d’incarcération de Karadzic à La Haye.

Interviewé par RT, l'avocat de Radovan Karadzic a déclaré que ce «jugement est complétement noir et blanc» et qu'il s'apparente à un «copier-coller des accusations judiciaires» à l'égard de Karadzic, ce qui est «vraiment stupéfiant».

Créé en mai 1993 par le Conseil de sécurité des Nations Unies, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a souvent été soupçonné de partialité envers les minorités bosniennes à majorité musulmane, et croates à majorité catholique au détriment des Serbes.

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