Washington suspend son «projet pour une énergie propre» et provoque critiques et inquiétudes

- Avec AFP

Une centrale électrique dans l'Etat de l'Utah© George Frey Source: Reuters
Une centrale électrique dans l'Etat de l'Utah

La suspension du programme de lutte contre le réchauffement climatique du président américain Barack Obama constitue un coup dur pour l'accord de Paris, signé il y a moins de 2 mois, même si certains spécialistes restent positifs.

Dans une décision inattendue, la Cour suprême à Washington a gelé mardi l'application du «Clean Power Plan» (Projet pour une énergie propre). 

Ce projet phare de la Maison Blanche, élaboré par l'Agence de protection de l'environnement (EPA), impose aux centrales thermiques aux Etats-Unis des réductions de leurs émissions de CO2 de 32% d'ici 2030 par rapport à 2005.

Ce coup de théâtre a logiquement suscité des inquiétudes dans le monde entier.

Ainsi, Navroz Dubash, expert climatique du Centre for Policy Research de New Delhi a déclaré à l'AFP : «Pour un pays vulnérable comme l'Inde, il est important que l'accord de Paris débouche sur des actes encore plus ambitieux de la part de tous les pays. De ce point de vue, ce signal précoce envoyé par la Cour suprême ne nous montre pas la bonne direction».

La plus haute instance judiciaire américaine a «jeté de façon imprévue une clé anglaise dans la mécanique» de l'administration Obama, selon l'organisation Union of Concerned Scientists.

L'EPA a fixé aux Etats américains des objectifs individualisés d'émissions de gaz à effet de serre, mais chacun d'entre eux a jusqu'en 2022 pour les respecter.

Un blocage «historique»

Plus de 25 Etats, pour la plupart à majorité républicaine, contestent le Clean Power Plan et accusent Barack Obama d'avoir grâce à l'EPA contourné illégalement le passage au Congrès, également à majorité républicaine.

Les républicains ont d'ailleurs vu une «victoire historique» dans la décision de la Cour suprême, rendue à la majorité des cinq juges conservateurs sur les neuf qui siègent.

Toutefois, relèvent spécialistes du climat et juristes, la haute instance n'a pas jugé le «Clean Power Plan» sur le fond, laissant à une cour d'appel le soin de le faire, probablement en juin. D'autres juridictions inférieures se prononceront également.

«Il s'agit d'une simple pause temporaire pour le Clean Power Plan et nous sommes confiants qu'il sera validé par les prochains jugements des tribunaux», a expliqué à l'AFP Michael Brune, directeur du Sierra Club, une ONG écologiste.

Bill Hare, directeur de Climate analytics, un institut de recherche basé à Berlin, est même, allé jusqu'à dire que «l'accord de Paris va survivre à tout cela», ajoutant qu'«il y a de nombreux autres défis devant nous et je suis davantage préoccupé par des pays comme le Japon qui (continue à) faire pression en faveur du charbon».

Ou un délai «procédural» 

S'exprimant jeudi pour la première fois depuis le camouflet que lui ont infligé les juges, Barack Obama a vigoureusement démenti tout démantèlement de ce projet qui lui est cher.

«Nous avons pleine confiance sur la solidité des bases légales» de ces mesures, a-t-il déclaré, en appelant à ce que le public «ne se décourage pas» .

Le Clean Power Plan était au cœur des engagements présentés par Washington pour préparer la conférence climat de Paris et parvenir à l'accord adopté mi-décembre dernier par 195 pays.

Sa suspension pourrait-elle inciter d'autres pays gros pollueurs, comme l'Inde ou la Chine, à freiner leurs efforts de transition vers des énergies propres ?

«Je n'imagine pas que ce cahot sur la route d'un seul programme aux Etats-Unis puisse les amener à ne pas continuer avec leurs objectifs nationaux prioritaires», assure à l'AFP Kate Larsen, experte de l'organisation Rhodium Group.

Toutefois, poursuit-elle, «quelques acteurs étrangers pourraient s'inquiéter, car le Clean Power Plan était la mesure climatique américaine la plus visible sur le plan international».

Elle insiste, comme d'autres spécialistes, sur le fait que le Clean Power Plan n'est qu'un élément de la politique climatique américaine.

«Ce revers pour une partie de stratégie climatique des Etats-Unis ne va pas briser l'élan mondial phénoménal issu de Paris», prédit Elliot Diringer, du Center for Climate and Energy Solutions.

«De nombreux Etats et groupes énergétiques américains ont d'ores et déjà fait savoir qu'ils continueraient à réduire leurs émissions, malgré la décision de la Cour».

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