Royaume-Uni : les visas accordés aux travailleuses domestiques encourageraient l'esclavage moderne

Royaume-Uni : les visas accordés aux travailleuses domestiques encourageraient l'esclavage moderne© Capture d'écran Twitter
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Introduit en 2012, un visa destiné spécialement aux travailleuses domestiques étrangères leur interdit formellement de changer d'employeur. Selon un rapport cette réglementation augmenterait le risque d'abus envers elles.

Les abus dont sont victimes les travailleuses domestiques au Royaume-Uni commencent à préoccuper le gouvernement britannique pourtant maintes fois interpellé par des associations de Droits de l'Homme à l'instar de Human Rights Watch.

Et pour cause, la réglementation actuelle complique sérieusement la possibilité pour les travailleuses de changer d'emploi en raison du contrat qui les lie à leurs employeurs. Recrutées pour la plupart dans leurs pays d'origine, celles-ci arrivent sur le sol britannique via un visa introduit en 2012 par le Home Office, le ministère de l'Intérieur britannique. Un rapport indépendant commandé ce ministère et rédigé par l'avocat James Ewins s'est montré particulièrement critique face à ce dispositif et qui mentionne qu'il ne fait «qu'augmenter le risque d'abus» auxquels sont exposés les travailleuses domestiques. Le rapport recommande d'accorder le droit aux travailleurs de changer d'employeur et de rester au Royaume-Uni pour un maximum de deux ans et demi. Il a également exhorté le gouvernement à commencer à recueillir des données sur le nombre de femmes ayant déclaré vivre des conditions de travail abusives.

En 2015, environ 17 000 visas ont été émis par les autorités du Royaume-Uni. L'essentiel des visas destinés au personnel domestique proviennent des États du Golfe et la moitié de toutes les demandes de visa ont été émises par des familles saoudiennes et émiraties. Une série d'entretiens avec les travailleuses domestiques victimes d'abus dans le Royaume-Uni a permis de mettre en évidence que ces dernières étaient particulièrement réticentes à porter plainte de peur de passer par la case expulsion. L'expérience de Renera, surnom d'une travailleuse domestique philippine abusée par son employeur vient confirmer ce sentiment de peur qui règne chez les employées domestiques. «Quand j'ai appelé l'ambassade des Philippines et que je leur ai dit que mon employeur me maltraitait, ils m'ont dit qu'avec mon visa me liant à mon employeur, je devais retourner en Arabie saoudite avec lui», a-t-elle rapporté au Guardian. Les cas similaires sont en réalité nombreux. Les femmes interrogées n'avaient été ni informées de leurs droits, ni lu leur contrat lors de la demande de visa comme le stipule pourtant les modalités. De nombreuses d'entre-elles ont avoué avoir été pressées de signer le formulaire de visa sans comprendre ce qu'elles faisaient.

Pour l'heure le Home Office s'est gardé de répondre aux recommandations du rapport mais un porte-parole a fait savoir de la volonté politique du gouvernement à lutter contre les abus dont sont victimes les travailleurs domestiques. «Ce gouvernement est déterminé à arrêter l'esclavage moderne sous toutes ses formes. Nous travaillons pour nous assurer que nous fournissons à toutes les victimes de l'esclavage moderne, la protection et le soutien dont elles ont besoin à travers le mécanisme national d'orientation (NRM), [un processus de gouvernement mis en place pour identifier les victimes de la traite]. Quiconque est emmené au Royaume-Uni contre son gré à des fins de travail doit être concerné par le NRM» a-t-il déclaré.

Lire aussi : En Angleterre, six Lituaniens attaquent une entreprise pour «esclavage moderne»

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