Dubaï soupçonné d'être une plaque tournante pour le financement du Hezbollah
© Getty ImagesL’Iran contourne les restrictions régionales en utilisant Dubaï comme plateforme centrale de financement du Hezbollah via des circuits informels. Ces fonds servent à reconstruire le mouvement, affaibli par la guerre et confronté à des besoins financiers accrus. Washington accentue la pression pour bloquer ces transferts.
Selon des révélations du Wall Street Journal, l’Iran a transféré au Hezbollah des centaines de millions de dollars au cours de l’année écoulée, en utilisant un réseau de bureaux de change, entreprises et courtiers basés à Dubaï. Cette stratégie répond à la fermeture progressive des routes traditionnelles : suspension des vols Téhéran–Beyrouth, surveillance accrue au Liban et effondrement du régime syrien en décembre 2024, qui assurait auparavant le transit logistique du mouvement.
Privé de ces canaux, Téhéran s’appuie désormais sur le système de hawala, un transfert informel fondé sur la confiance, pour acheminer les fonds issus notamment de la vente de pétrole jusque dans les mains du parti chiite.
L'Irak et la Turquie également dans le viseur
Ces financements sont essentiels pour un Hezbollah fragilisé par la guerre de 2023-2024 contre Israël, marqué par la mort de son chef Hassan Nasrallah, des pertes militaires majeures et la destruction de son appareil militaire. Le mouvement doit également assumer des compensations financières envers les sinistrés, tout en reconstruisant son réseau.
Les sanctions américaines et la pression libanaise sur le transport d’argent liquide compliquent davantage ces transferts, poussant l’Iran à multiplier les voyageurs en possession de petites sommes ou de bijoux non déclarés.
Washington affirme que la Force al-Qods a transféré plus d’un milliard de dollars au Hezbollah depuis janvier, souvent via des sociétés de change. Les Émirats, officiellement engagés contre le financement illicite, assurent coopérer avec les partenaires internationaux, en dépit des accusations récurrentes selon lesquelles Dubaï reste un pivot du blanchiment de capitaux iranien.
D’autres flux transiteraient par la Turquie et l’Irak, selon des responsables américains. Les États-Unis exigent aussi la fermeture d’al-Qard al-Hassan, institution financière du Hezbollah opérant en marge de la Banque du Liban.
Dans un contexte post-guerre où le Liban doit théoriquement empêcher tout flux d’armes ou de fonds vers les milices non étatiques, ces circuits parallèles témoignent de la capacité du Hezbollah à réinventer ses financements malgré l’étau sécuritaire et diplomatique.