Au Nigeria, les femmes d'une unité armée de civils combattent Boko Haram mieux que l'armée

Des femmes nigérianes.© Akintunde Akinleye Source: Reuters
Des femmes nigérianes.

A Maiduguri, une unité civile de lutte armée, la Civilian Joint Task Force (CJTF), lutte de manière efficace contre les terroristes de Boko Haram. Parmi ses combattants, plusieurs femmes qui voient dans cette lutte une nécessité.

Dans cette région du Nigéria, plus d’un millier de personnes sont mortes dans des attaques suicides perpétrées par des jeunes filles de moins de 15 ans, depuis que la président Muhammadu Buhari est arrivé au pouvoir en mai 2015.

En six ans de conflit, Boko Haram a forcé plus de deux millions de nigérians à fuir leur foyer, dont près de la moitié dans la région de Maiduguri, selon Médecin Sans Frontières.

Parmi les 10 000 combattants de la CJTF, plusieurs dizaines de femmes. Leur missions sont notamment de fouiller les femmes à l’entrée d’événements publics particulièrement fréquentés, notamment les fêtes religieuses et interpeller les femmes suspectées de soutenir les terroristes. 

Selon Kaka Shehu Lawan, le commissaire de la justice de l'Etat de Borno, dont Maiduguri est la capitale, Le CJTF est apparu en réaction aux actions meurtrières de Boko Haram, mais également de celles de l’armée qui, après une attaque terroriste, arrivait fréquemment en tuant toutes les personnes sur place sans faire de distinction.

Lorsque le gouvernement de l'Etat de Borno a appris la formation de cette unité civile, il a invité ses combattants à une réunion de leur Conseil de sécurité, présidé par le gouverneur. Là, le CTJF a été interrogé sur ses actions afin d'éviter toute confusion et la reproduction éventuelle d'une nouvelle autre milice.

Shehu Lawan a expliqué que les combattants avaient répondu qu'ils voulaient seulement lutter contre les terroristes. Face à une aggravation de la crise dans la région, le Conseil de sécurité a été satisfait de cette explication et a reconnu le groupe comme une «organisation bénévole».

Parmi les membres du CTJF, certains ont des armes, souvent rudimentaires, mais la plupart sont surtout armés de batons, explique Kaka Shehu Lawan.

Le gouvernement leur a donné des véhicules de combat, des uniformes et des affectations officielles qui stipulent qu'ils participent à un programme de formation géré par l'armée.

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Récemment, la brigade a arrêté une soixantaine de personnes suspectées de préparer un attentat sur le site pétrolier de Maiduguri. «Parmi les personnes arrêtées, une partie importante étaient des femmes», explique Fatima Muhammed, une jeune nigériane de 24 ans, propriétaire d’un restaurant et arrivée il y a quelques mois au sein du CJTF car elle voulait combattre Boko Haram.

Les membres du CTJF étant musulmans, les préceptes de l'Islam interdisent aux hommes d'entrer dans les maisons des femmes. C'est pourquoi, Fatima Muhammed est envoyée au nom de la brigade pour intrerpeller les femmes supectées de terrorisme ou de soutien à Boko Haram. 

Fatima est chargée de se rendre dans les familles, entrer dans les maisons et signaler la personne qu'elle est venue chercher.Même lorsque le suspect nie avoir toute affiliation avec des organisations islamistes, il est obligé de suivre Fatima.

La jeune brigadière explique qu'en tant que femme, faire ce travail est difficile et dangereux. Mais bien qu'elle se sente plus vulnérable que les hommes, elle est décidée à continuer et ce, bien que sa famille souhaite qu'elle arrête.

«Je n'ai pas le choix», dit Fatima. «Boko Haram s'est considérablement affaibli depuis que le CJTF a été créé».

L'hiver dernier, l'armée nigériane, appuyée par les troupes tchadiennes, a repris la plupart des villes et villages qui étaient aux mains de Boko Haram, et cette année, l'armée a sauvé des centaines de femmes et d'enfants que le groupe terroriste avait capturé. Désormais, sous la présidence de Buhari, les soldats nigérians semblent être mieux armés et plus enclins à se défendre contre Boko Haram.

Mais en ce qui concerne le CJTF, tout n'est pas parfait. Il y a peu, le gouverneur de l'Etat de Borno, Kashim Shettima a annoncé qu'il craignait que certains de ses membres deviennent des «monstres», une fois leur mission au sein de la brigade achevée.

La plupart d'entre eux étant au chômage et sans perspectives d'avenir, la lutte armée est la seule chose qu'ils connaissent. Le gouverneur craint que leur violence ne se retourne sur les habitants.

C'est pourquoi il compte tout mettre en oeuvre pour qu'à terme, les combattants du CJTF reçoivent une formation afin d'être intégrés dans les forces de sécurité officielles du nigérias, rejoignent les brigades des pompiers ou des fermes agricoles.

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