Cet hiver, skiez en Afghanistan ! (PHOTOS)

© Afghan Ski Challenge

La gouverneure de la province de Bamyan en Afghanistan tente depuis sept ans de rétablir le tourisme dans sa région pour montrer autre chose de son pays que la guerre et pour aider la population à se développer grace à de nouvelles initiatives.

«Cela fait des décennies que notre pays ne connait que la guerre explique Najariba, professeur d’Anglais à l’université de Bamyan. C’est une très bonne initiative car ça rapporte de l’argent et ça montre aux jeunes qu’on peut faire autre chose que la guerre !» 

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Des bruits de bottes en Afghanistan ? A Bamyan, à 230 kilomètres au nord de Kaboul, les moon boots ont remplacé les rangers. Ici, c’est avec le tourisme et le ski que l’on rêve d’une vie meilleure. 

Jadis célèbre pour ses statues géantes de Buddha, Bamyan l’est désormais pour son tourisme de montagne, son club de ski et pour sa course de ski annuels.

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Depuis sept ans, Habiba sarabi, la gouverneure de Bamyan et la fondation Aga Khan œuvrent pour faire de cette région libérée en 2001 du joug Taliban, un laboratoire pour le développement grâce au tourisme et au ski. «L’idée était de mettre à profit les atouts locaux pour assurer un revenu à la population,» explique Amir Foladi, chef de projet pour la fondation Aga Khan.

Grâce à son climat sec et à ses vallées interminables, Bamyan offre à ceux capables de se passer de remontes pentes une poudreuse et un domaine skiable exceptionnels. 

Skier dans un pays en guerre

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Une aubaine, pour les baroudeurs…et pour la population. Car si Bamyan compte comme l’une des plus belles parmi les 34 provinces d’Afghanistan, c’est aussi l’une des plus pauvres : près de 70% de ses habitants y survivent avec moins de 18 euros par mois. La relative sécurité dont elle jouit, la beauté de ses paysages et de ses vestiges gréco bouddhistes lui valent d’être classée par l’UNESCO et en font la région idéale pour se prêter au projet. Pour le bonheur des locaux. 

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Depuis 2010, vingt deux guides et moniteurs de ski ont été formés mais seuls quatre ont persévérés. «Cela peut paraitre dérisoire, mais pour ici c’est déjà énorme car nous partons de rien !» se réjouit Christoph Zuercher, journaliste suisse et organisateur de l’Afghan Ski Challenge, la course de ski qui depuis six ans confronte des participants étrangers à une trentaine de skieurs locaux.

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Sajad Hosseini, 21 ans, est l’un d’entre eux. «En tant qu’électricien, je gagne bien moins qu’en tant que guide et professeur de ski, explique –t-il. L’été, je gagne 23 euros par jour et 15 en hiver !» Des résultats encourageants, mais néanmoins insuffisants pour lui assurer un emploi à plein temps : malgré un afflux croissant de touristes composé principalement d’expatriés ou de riches afghans, le manque de visiteurs le contraint à garder son emploi d’électricien.

Une autre image de l’Afghanistan

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Pourtant, les voyagistes locaux restent optimistes. «Environ 2500 touristes ont visités cette vallée entre 2011 et 2012, dont près de 900 étrangers. C’est de mieux en mieux !» tempère Gull Hussain, propriétaire d’un tour opérateur local. En Afghanistan, le tourisme se développe peu à peu. Depuis 2011, le ministère de l’Information et de la Culture aurait délivré 60 licences à des agences touristiques, pour un total de 470 sociétés de ce type ; la plupart spécialisées dans les voyages religieux.

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Mais le spectre de «l’après», c'est à dire du vide qui risque de suivre le départ des dernières troupes occidentales jette une ombre noire au tableau. «Le problème, c’est qu’on ne sait pas trop ce qu’il adviendra de l’Afghanistan,» s’inquiète Christoph Zuercher.

Les gagnantes de l'équipe féminine de l'Afghan Ski Challenge© Afghan Ski Challenge
Les gagnantes de l'équipe féminine de l'Afghan Ski Challenge

Une incertitude qui ne décourage pour le moment ni les investissements ni certains voyageurs. «Depuis 2008, la capacité d’accueil à Bamyan est passée de 180 à 400 personnes par jour, deux vols par semaine desservent la ville depuis Kaboul et trois hôtels sont en construction» sourit Amir Foladi, confiant.

Quant aux touristes, ils semblent apprécier la dimension périlleuse de la destination : «On vient ici pour une aventure insolite, pas pour le confort ou la sécurité, affirme Ed, un jeune touriste australien. On repart avec une autre image de l’Afghanistan, c’est ça, le plus important.»

Vidéo : l'Afghan Ski Challenge de Bamyan.

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