Au Royaume-Uni, une campagne anti-radicalisation stigmatise toute critique envers le gouvernement

Une manifestation à Londres le 1er décembre 2015 contre les frappes aériennes britanniques en Syrie © Neil Hall Source: Reuters
Une manifestation à Londres le 1er décembre 2015 contre les frappes aériennes britanniques en Syrie

En plein débat sur une intervention du Royaume-Uni en Syrie, la municipalité de Camden Town près de Londres a élaboré un prospectus controversé et critiqué visant à mettre en garde les parents contre les signes de radicalisation de leurs enfants.

Les autorités britanniques tiennent à prévenir les parents : «Si vous voyez vos enfants remettre en question les actions du gouvernement, attention ! Ils pourraient s'être radicalisés».

Des responsables de la protection de l'enfance britannique ont réçu de vives critiques après leur campagne contre l'extrémisme lors de laquelle il ont tout simplement affirmé que si un jeune se montrait trop critique envers les informations officielles que lui fournissaient les médias mainstream, c'est qu'il avait probablement été radicalisé par un mouvement de sympatisants des terroristes. 

Ainsi, un dépliant élaboré au sein du conseil d'administration du quartier de Camden à Londres, prévient les parents que si leur progéniture commence à se mettre en colère lors d'une conversation sur la politique du gouvernement, notamment en ce qui concerne la politique internationale, cela pourrait être un signe sérieux de son passage du côté obscur. 

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Parmi les autres comportements à risques figurent le renfermement sur soi, une attitude secrête, la possession d'appareils électroniques dont les parents ne sont pas les acheteurs, un changement dans le style vestimentaire et la posture, une méfiance vis-à-vis des médias traditionnels, l'apologie de théories conspirationnistes ou carrément la glorification de la violence. 

Malheur aux parents qui verront chez leur enfant une combinaison de tous ces symptômes : ils devront s'attendre à une fugue de ce dernier qui aura alors décidé de rejoindre Daesh en Syrie, affirme le dépliant.

En cas de doute, les familles sont appelées à prendre immédiatement contact avec l'organisme de protection de l'enfance qui pourra leur fournir conseils, aide et prendre les mesures nécessaires. 

Bella Sankey, directrice du pôle politique de Liberty, une organisation de lutte pour les droits de l'Homme et la liberté d'expression a critiqué le dépliant.

Selon elle, cette suspicion généralisée crée plus de mal que de bien. «Les enfants doivent être encouragés à prendre part aux discussions politiques et avoir un sens critique et de réflexion par rapport à ce qu'ils voient dans les médias et non l'inverse».

Pour Bella Sankey, c'est au contraire l'encouragement des familles à la suspicion permanente envers leurs enfants qui va peu à peu «les aliéner» et risque de «marginaliser ceux d'entre eux qui sont les plus sensibles». 

«Si nous voulons garder nos enfants loin de l'extrémisme violent, nous devons les inclure dans une discussion ouverte sur la politique internationale en leur inculquant et enseigner les valeurs des droits de l'Homme, et non les préoccupations sécuritaires du gouvernement», a-t-elle déclaré à The Independant. 

Le quotidien britannique a par ailleurs publié une lettre ouverte rédigée par des écrivains et des intellectuels qui expliquent que le programme anti-terroriste du gouvernement britannique intitulé «Prevent» nuit à la liberté d'expression et à l'ouverture du débat sur les questions internationales et que par conséquent, il rend le pays «moins sûr encore».

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