La tension monte encore d'un cran entre Serbes et Albanais dans le nord de la province du Kosovo

Cliché pris à Mitrovica, le 9 décembre 2022 (image d'illustration).© Visar Kryeziu Source: AP
Cliché pris à Mitrovica, le 9 décembre 2022 (image d'illustration).
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Plusieurs centaines de policiers des autorités autoproclamées du Kosovo sont entrés dans Mitrovica, provoquant l’émoi des autorités serbes. La région fait face à un regain de tensions, alors que Pristina entend y tenir des élections anticipées.

Le 8 décembre au soir, plusieurs centaines de policiers, appartenant aux autorités albanaises autoproclamées de Pristina, ont investi la partie nord de Mitrovica, ville partagée entre Serbes et Albanais. Parmi eux, des membres des «forces spéciales», qui étaient «en tenue de combat militaire et avec des véhicules blindés», selon Petar Petkovic, directeur serbe du Bureau pour le Kosovo-et-Métochie. Ils auraient alors littéralement occupé la ville entière, a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse donnée dans la soirée.

Or, selon Petar Petkovic, citant les accords signés entre Belgrade et Pristina sous l'égide de Bruxelles, les forces non reconnues du Kosovo doivent obtenir l'assentiment des localités à majorité serbes avant de pouvoir intervenir sur leur territoire.

Përparim Kryeziu, le porte-parole du gouvernement non reconnu de Pristina, a assuré de son côté auprès de Radio Free Europe que les personnes sur place appartenaient «uniquement aux forces de l’ordre, pas à toute autre unité».

Cette opération survient dans la foulée d’une intervention des douanes et de la police non reconnues du Kosovo, le 7 décembre, dans le village de Velika Hoca, où elles sont venues saisir 42 000 litres d’une production viticole familiale.

Le même jour, dans la commune de Leposavic, située à vingtaine de kilomètres au nord de Mitrovica, l’intrusion dans la cour d’une maternelle de véhicules de la KFOR (la Force pour le Kosovo, mise en place par l’OTAN), a provoqué un vif émoi. La KFOR s'était même excusée, dans un communiqué de presse cité par le portail d'informations Telegraph.rs, assurant avoir «tourné accidentellement dans la mauvaise rue».

Pour Petar Petkovic, ce déploiement de force viole l’accord de principe signé en 2013 entre Belgrade et Pristina, en vue de normaliser leurs relations. Le responsable serbe accuse Albin Kurti, qui se revendique Premier ministre du Kosovo, de chercher à attiser la violence afin d’«enterrer les accords de Bruxelles». Mettant en avant la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, Petar Petkovic a annoncé que Belgrade allait «reconsidérer» le retour au Kosovo de 1 000 membres de son personnel de sécurité.

«Le président [serbe] Aleksandar Vucic a répété à de nombreuses reprises qu’il ne permettrait pas un pogrom, mais ils ne semblent pas l’avoir bien compris, notamment ceux de l’Ouest qui devraient contenir M. Kurti», a ajouté Petar Petkovic.

Des élections locales décriées

De leur côté, les autorités autoproclamées de Pristina justifient ce déploiement de forces par des «attaques» perpétrées contre des locaux électoraux dans le nord de la province, encore majoritairement peuplée de Serbes. Début novembre, des députés, élus locaux, conseillers, juges, procureurs et policiers serbes avaient démissionné en masse, afin de protester contre la volonté de Pristina d’interdire les plaques minéralogiques serbes.

Une vague de démissions qui a provoqué l’organisation d’élections anticipées, dont les dates ont été fixées aux 18 et 25 décembre par les autorités non reconnues de Pristina. Srpska Lista, principal parti politique des Serbes de la province du Kosovo, s’oppose à ce scrutin et n’a présenté aucun candidat. Le 2 décembre, le seul candidat serbe à la mairie de Mitrovica nord confirmait le retrait de sa candidature. Le 7 décembre, face au regain de tensions, le représentant des Etats-Unis au Kosovo, Jeff Hovenier, a estimé sur Twitter que les conditions n’étaient pas réunies pour la tenue d'élections.

Le Kosovo a proclamé unilatéralement son indépendance en 2008, qui est reconnue par les Etats-Unis et la plupart des pays occidentaux, mais pas par la Serbie, la Russie, la Chine, l’Inde ou encore l’Espagne. Pour autant, Belgrade a perdu le contrôle de ce territoire en 1999, ayant été privée du droit d’y déployer son armée par l’accord de Kumanovo, signé le 9 juin 1999 avec l'OTAN à la suite d'une campagne de bombardements de la Serbie qui aura duré 78 jours.

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