«Effet primaire» : un sondage donnant Pécresse capable de battre Macron agace ses rivaux

«Effet primaire» : un sondage donnant Pécresse capable de battre Macron agace ses rivaux© Eric Gaillard Source: Reuters
Valérie Pecresse et Eric Ciotti à Saint-Martin-Vesubie, le 6 décembre 2021.
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Plusieurs élus de gauche et de droite ont souligné les limites des conclusions tirées d'un sondage qui place Valérie Pécresse à 20% d'intentions de vote au premier tour de la présidentielle 2022. Plusieurs sondeurs pointent aussi un «effet primaire».

«Les sondages, ça va et vient, c'est comme la queue du chien», a coutume de dire Valérie Pécresse. Celle qui vient d'être désignée candidate LR à la présidentielle 2022 ne devrait néanmoins pas bouder la dernière enquête d'opinion en date. La présidente d'Ile-de-France rassemblerait en effet 20% des intentions de vote au premier tour du scrutin et serait donnée gagnante contre Emmanuel Macron au second tour, à en croire un sondage Elabe publié le 7 décembre et abondamment relayé dans les médias.

Emmanuel Macron est pour sa part crédité de 23% d'intentions de vote, en baisse de deux points. En cas de second tour entre ces deux candidats, le président sortant est donné battu, à 48% contre 52% pour Valérie Pécresse. Au premier tour, ces deux candidats devancent largement la candidate du RN Marine Le Pen à 15% (-5) et Eric Zemmour à 14% (+1). 

Cette enquête, réalisée pour BFMTV et L'Express après sa désignation le 4 décembre et les meetings de l'essayiste Eric Zemmour et de l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon le lendemain, montre que la présidente de la région Ile-de-France profiterait à plein de l'effet «primaire» en gagnant 11 points par rapport à la précédente étude de cet institut réalisée les 23 et 24 novembre.

La thèse du porte-parole du RN Julien Odoul, qui considère le sondage comme «totalement bidon», est la suivante : «On fait monter très très haut Valérie Pécresse sans faire baisser Emmanuel Macron, ce qui est assez curieux car c'est sensiblement le même électorat», a-t-il étayé le 7 décembre sur CNews, avant de souligner que l'institut Elabe avait accordé à Benoît Hamon 16% à 17% des intentions de vote en février 2017, juste après sa désignation comme candidat socialiste à la présidentielle qui se déroulait deux mois plus tard. «Il a terminé à 6%», a rappelé Julien Odoul, cinglant, pour qui Pécresse comme Hamon à l'époque ont profité d'un «effet primaire». 

«Benoît Hamon, vainqueur des "primaires citoyennes" organisées par le Parti socialiste et ses alliés de la "Belle alliance populaire", enregistre quant à lui un bond de 10 à 11 points par rapport à début janvier et s'installe en quatrième position, devant Jean-Luc Mélenchon», écrivait effectivement Elabe le 1er février 2017. Mélenchon (19,58% des voix) finira nettement devant Hamon (6,36%) lors du premier tour le 23 avril 2017.

«Gonflette au gaz hilarant», «sondages foireux» : l'opposition tire à boulets rouges

Le leader de la France insoumise a d'ailleurs ironisé lui aussi sur l'enquête Elabe qui fait plaisir au camp de la candidate de droite. «Bravo Pécresse. D'après le sondeur Elabe elle a gagné 4 millions de voix (+11 points) depuis [le 3 décembre]. Dont 2 millions pris à gauche. Il faut y croire ? Quel mépris grossier de notre intelligence !», a-t-il commenté sur Twitter, évoquant même une «gonflette au gaz hilarant chez le sondeur Elabe».

A droite, l'eurodéputé RN Gilbert Collard a mis tout le monde dans le même panier : «IFOP, Harris, Elabe... il y en a marre de cette foire aux sondages foireux : il est grand temps de créer un organisme de contrôle des instituts de sondage !», a-t-il écrit.

Il faut être prudent avec ces chiffres

La majorité présidentielle semble d'ailleurs du même avis, à en croire Libération. «C'est beaucoup trop haut, trop vite et surtout trop tôt», a expliqué au quotidien un député LREM, pour qui ce résultat «ne dit pas grand-chose : 11 points de plus, ce n'est pas sérieux». Même point de vue de la part de l'ex-LR Christian Estrosi. Pour le maire de Nice, ce sondage est «une photo instantanée d'un instant où les Français se préoccupent peu des élections présidentielles», a-t-il estimé ce 8 décembre sur CNews.

Sans remettre en cause la pertinence des résultats (également perçus comme une simple photographie à l'instant T), plusieurs représentants d'instituts de sondage concurrents d'Elabe ont d'ailleurs corroboré l'hypothèse d'un «effet primaire» qui aurait porté médiatiquement Valérie Pécresse. «Il y avait une interrogation sur l'impact de la primaire, avec un corps électoral fortement réduit par rapport à celui de 2016, mais l'effet est là», a expliqué Frédéric Dabi, directeur général de l'Ifop, dans Le Figaro.

Plus critique, Jérôme Sainte-Marie, président de l'institut Pollingvox, a mis en garde contre toute conclusion hâtive : «Peu de gens la connaissaient avant la primaire. Sa victoire au congrès LR lui a donné une vraie notoriété en à peine quelques jours. Forcément, ça la stimule dans les sondages [mais] il faut être prudent avec ces chiffres. On est encore à plus de 4 mois de la présidentielle et les jeux ne sont pas du tout faits», a prévenu le politologue auprès de BFMTV

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