La télévision chinoise accusée d'avoir inventé une journaliste française... qui existe bel et bien

La télévision chinoise accusée d'avoir inventé une journaliste française... qui existe bel et bien© Lam Yik Source: Reuters
Des membres de la garde d'honneur de la police lors d'une cérémonie de lever du drapeau marquant la fête nationale de la Chine sur la place Golden Bauhinia à Hong Kong (Chine), le 1er octobre 2020 (image d'illustration).

Plusieurs médias français ont reprit un article du Monde soutenant qu'une journaliste avait été inventée par le média public chinois CGTN. Mais Le Figaro a retrouvé la journaliste, qui se dit «effarée» qu'on puisse affirmer qu'elle n'existe pas.

En dénonçant une prétendue fake news, Le Monde en a, semble-t-il, créé une vraie (fake news). Le quotidien français a mis en cause le 31 mars dans un article la véracité d'un témoignage publié trois jours plus tôt sur le site français de la télévision publique chinoise CGTN.

Sous le pseudonyme de Laurène Beaumond, une Française qui «a travaillé dans différentes rédactions parisiennes avant de poser ses valises à Pékin où elle a vécu presque sept ans» donne son point de vue sur les accusations de génocide portées contre Pékin concernant les Ouïgours. «Qu'est-ce donc que cette parodie de procès que l'on fait à la Chine à distance, sans aucune preuve concrète, sans aucun témoignage valable, par des individus qui n'ont jamais mis le pied dans cette région du monde», écrit Laurène Beaumond dans cette tribune titrée «"Mon" Xinjiang : halte à la tyrannie des fake news».

Dans une note qui précède la tribune, le site de CGTN-Français la présente comme «une journaliste indépendante basée en France, doublement diplômée d'histoire de l'art et d'archéologie à l'université de la Sorbonne-IV et détentrice d'un Master de journalisme», tout en précisant que «l'article reflète les opinions de l'auteur, et pas nécessairement celles de CGTN-Français». Une seconde tribune signée Laurène Beaumond a également été publiée le 31 mars sur le site de Radio Chine International, autre média public. Le texte fustige cette fois la visite programmée de parlementaires français à Taïwan.

Une accusation trop rapide du Monde

A partir de ce nom, Le Monde a essayé de retrouver la journaliste par une recherche internet et dans les archives de la carte de presse. Une impasse, forcément, puisque «Laurène Beaumond» est un pseudonyme. Pourtant, le quotidien a rapidement conclu que «Laurène Beaumond n’existe pas». «Inconnue, officiellement, au bataillon. Le Monde a pu vérifier qu’aucune personne de ce nom ne figure dans le fichier de la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels français», explique le quotidien français, citant un chercheur de la Fondation pour la recherche stratégique, Antoine Bondaz, qui parle «de faux profils se faisant passer pour des journalistes basés en France».

D'autres médias hexagonaux ont reprit la conclusion du Monde, comme BFMTV, qui parle d'une «journaliste française imaginaire» et «inventée de toute pièce», et France Info, qui évoque «une fausse journaliste française [utilisée par la Chine] pour diffuser sa propagande».

Problème : Laurène Beaumond existe bel et bien. Un correspondant du Figaro en Asie a pu contacter la personne qui se cache sous ce nom d'emprunt, et a publié son témoignage le 2 avril au soir. Quadragénaire originaire de la Sarthe et ancienne traductrice et présentatrice pour la chaîne chinoise à Pékin, elle souligne assumer sa tribune «de A à Z» et l'avoir elle-même proposée le 24 mars à CGTN. «Je suis inquiète pour ma sécurité. Je suis effarée par la bassesse des attaques contre ma signature, et qu'on puisse affirmer que je n'existe pas», ajoute-t-elle. Elle assure n'avoir jamais imaginé que son texte puisse engendrer un tel remous : «Vous allez me prendre pour une ravie de la crèche, mais je me suis laissée dépasser par le truc», précise-t-elle auprès du Figaro, ajoutant qu'elle n'emploiera désormais plus ce pseudonyme.

Je me demande qui produit vraiment des fausses nouvelles ?

Avant le témoignage diffusé par Le Figaro, Libération avait également publié le 2 avril un article sur cette affaire, toutefois bien moins affirmatif que Le Monde, BFMTV et France Info quant à une éventuelle manipulation. Le service CheckNews du journal expliquait au contraire avoir «identifié une personne dont le profil correspond, en partie, à celui de Laurène Beaumond». «Il s’agit d’une journaliste française, diplômée de la Sorbonne dans les matières correspondantes, qui a travaillé dans au moins une rédaction parisienne avant de devenir présentatrice de JT pour une chaîne d’Etat chinoise. On trouve aussi sa signature dans un billet envoyé à un journal local depuis Pékin en 2015», développait Libération.

CGTN avait déjà réagi le 1er avril en expliquant que «l’utilisation d’un autre nom peut souvent permettre une expression plus libre et sans contraintes, et pas seulement dans le domaine journalistique, mais aussi dans des cadres historiques comme la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale». Une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères avait déclaré le même jour que «Le Monde a affirmé, sans vérification rigoureuse, que cette personne "n'existe pas" et a été "inventée" par la chaîne française de CGTN». «Je me demande qui produit vraiment des fausses nouvelles ? Cela reflète la pensée malsaine de certains pays et médias, qui estiment que tout ce qui n'est pas conforme à leur imagination et à leurs supposées valeurs et idéologies doit être faux», a développé la porte-parole, Hua Chunying.

Cette polémique intervient alors que la chaîne CGTN a reçu début mars l'autorisation du régulateur français de l'audiovisuel, le CSA, pour émettre en France. De leur côté, malgré la parution de l'article du Figaro, Le Monde, France Info et BFMTV n'ont pas retiré leurs affirmations.

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