Affaire Karachi : prison avec sursis et amendes requises contre Balladur et Léotard

- Avec AFP

Affaire Karachi : prison avec sursis et amendes requises contre Balladur et Léotard© Alain JOCARD Source: AFP
L'ancien Premier ministre Edouard Balladur.

L'accusation a requis une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis et de 50 000 euros d'amende contre Edouard Balladur, et de deux ans avec sursis et 100 000 euros d'amende contre François Léotard, pour leur implication dans l'affaire Karachi.

Au terme d'un réquisitoire à deux voix de plus de deux heures prononcé en l'absence des prévenus, le procureur général François Molins a estimé ce 2 février qu'Edouard Balladur avait «nécessairement connaissance de l'origine délictueuse des fonds» qui ont alimenté en partie son compte de campagne. L'ancien locataire de Matignon (1993-95) est jugé à Paris pour des soupçons de financement occulte de sa campagne présidentielle de 1995, l'un des volets de la tentaculaire affaire Karachi.

L'accusation a requis une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis et de 50 000 euros d'amende à son encontre. A l'encontre de son ancien ministre de la Défense François Léotard, le ministère public a demandé deux ans de prison avec sursis et 100 000 euros d'amende, estimant qu'il était «beaucoup plus impliqué» qu'Edouard Balladur dans la gestion des rétrocommissions illégales en marge de contrats d'armement.

Commissions «exorbitantes» sur d'importants contrats d'armement avec l'Arabie saoudite et le Pakistan

Dans cette affaire vieille de plus de vingt-cinq ans, Edouard Balladur, aujourd'hui âgé de 91 ans, est accusé d'avoir imposé avec François Léotard un réseau d'intermédiaires «inutiles» et aux commissions «exorbitantes» sur d'importants contrats d'armement avec l'Arabie saoudite et le Pakistan. Selon l'accusation, une partie de l'argent était reversé sous la forme de rétrocommissions illégales sur le compte de campagne du candidat, dans une élection marquée par la guerre fratricide à droite avec Jacques Chirac.

L'ex-Premier ministre, qui comparaît pour «complicité d'abus de biens sociaux» et recel de ce délit, a longuement clamé son innocence face à ses juges, trois magistrats professionnels et douze parlementaires, dénonçant des accusations «mensongères» fondées sur des «rumeurs». «Rien ne m'aura été épargné [dans cette] affaire hors du commun», avait déploré Edouard Balladur à la barre.

Les soupçons de financement occulte de la campagne Balladur n'ont émergé que des années plus tard, au cours de l'enquête sur l'attentat commis en 2002 à Karachi, au Pakistan, dans lequel onze employés français de la Direction des constructions navales (DCN) ont trouvé la mort.

Point de départ d'un dossier aux multiples ramifications, l'enquête sur cet attentat est toujours en cours. Dans le volet financier mais non gouvernemental de l'affaire Karachi, le tribunal correctionnel de Paris a infligé en juin dernier de sévères condamnations à six prévenus, dont l'homme d'affaire franco-libanais Ziad Takieddine et d'anciens proches des deux ministres. Ces six hommes ont fait appel.  

L'avocate de François Léotard a commencé à plaider à l'issue des réquisitions, la défense d'Edouard Balladur plaidera le 3 février. 

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