#JeSuisLibreDoncJeSuis : le policier Alexandre Langlois claque la porte de la police nationale

#JeSuisLibreDoncJeSuis : le policier Alexandre Langlois claque la porte de la police nationale© RT France
Alexandre Langlois devant le siège de la préfecture de police de Paris avant son passage au conseil de discipline le 20 février 2019 (image d'illustration).

Syndicaliste engagé qui avait pris la défense des Gilets jaunes face au gouvernement, Alexandre Langlois annonce sa volonté de quitter la police nationale. Dans un courrier, il explique l'inadéquation de son engagement avec la police actuelle.

«Je quitte la Police nationale pour les mêmes raisons que j’y suis entré : la défense des libertés individuelles et de l’intérêt général». Telle est la conclusion – lapidaire – de la lettre envoyée par Alexandre Langlois au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

Ce 27 novembre, le policier militant syndical et emblématique secrétaire général de VIGI-MI a annoncé dans un courrier sa volonté de négocier une rupture conventionnelle avec l'administration.

Une longue bataille aux côtés des Gilets jaunes mais aussi des policiers : intenable ?

Dans ce long courrier très véhément, celui qui avait souvent pris fait et cause pour les Gilets jaunes sans jamais renier son métier de policier national du renseignement ni son engagement syndical, revient sur les années qui ont précédé et décrit une institution qui ne correspond plus selon lui à celle pour laquelle il s'était engagé : «Aujourd’hui, je constate qu’il n’est plus question pour le peuple d’obéir aux lois auxquelles il a lui-même consenti et que le rôle de sa police n’est plus de protéger ses libertés, mais plutôt de toutes les annihiler, comme le ferait le plus vil des oppresseurs.»

Si vous aviez un tant soit peu de respect pour les femmes et les hommes qui portent l’uniforme, comme moi, vous démissionneriez

Et de questionner : «Qu’est devenue la Police nationale depuis 2014, elle qui se devait d’être la garante des libertés ? Ne mérite-t-elle pas mieux que d’appliquer à la lettre des lois de plus en plus liberticides et autoritaires ? En pareille situation, peut-on encore parler d’une police républicaine ou ne s’agit-il plus que d’une milice au service de votre autoritarisme ?»

Avant de déplorer : «Mon engagement dans la Police nationale ne peut plus se maintenir dans un tel régime sans aucun espoir de réforme telles que vos prises de position récentes le laissent présager.»

Dois-je vous rappeler que la première cause de mortalité des policiers en fonction est le suicide ? Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, c’est quelque 150 vies sacrifiées

Sur les Brigades de répression de l'action violente (les fameuses Brav-M du préfet de police de Paris), le policier militant ne retient pas ses coups et prend ouvertement la défense des causes sociales : «Suite à la mort de Malik Oussekine le 6 décembre 1986, Charles Pasqua, alors ministre de l’intérieur, non seulement présenta ses excuses en personne à la famille, mais, de surcroît, prit la décision de dissoudre les voltigeurs. Depuis le début de ce quinquennat, c’est l’inverse qui est pratiqué : on nie les faits, on ne présente jamais d’excuses et... on recrée les voltigeurs que l’on rebaptise BRAV-M ! Les policiers sont depuis lors au service d’un Président de la République qui les utilise pour réprimer avec violence tout mouvement social contestataire tels que les Gilets jaunes, mais également les infirmières, les pompiers, les médecins, les avocats au lieu de leur permettre de manifester leurs revendications de manière encadrée et sécurisée.»

La rupture conventionnelle accordée aux policiers : talon d'Achille de l'administration ?

Revenant également la question du polémique article 24 de la proposition de loi relative à la Sécurité globale, Alexandre Langlois se remémore le meurtre djihadiste d'un couple de policiers à leur domicile en 2016, dans les Yvelines, à Magnanville : «Ont-ils été assassinés chez eux suite à la diffusion de leur image ? Une énième fois non, mais suite à l’absence de sécurisation des données des ressources humaines, qui se baladaient sur une clé USB non sécurisée par le ministère de l’Intérieur et transmise à un syndicat de police. Des mesures ont-elles été prises depuis ? La réponse est encore une fois et toujours négative. Si vous aviez un tant soit peu de respect pour les femmes et les hommes qui portent l’uniforme, comme moi, vous démissionneriez.»

Et d'enfourcher un des chevaux de bataille du syndicat de VIGI-MI : «Dois-je encore vous rappeler que la première cause de mortalité des policiers en fonction est le suicide ? Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, c’est quelque 150 vies sacrifiées.»

Il est à noter qu'Alexandre Langlois ne démissionne pas de la police nationale, mais demande une rupture conventionnelle, une possibilité qui a récemment été ouverte aux fonctionnaires de police, mais dont l'administration peine à s'accommoder, selon plusieurs sources policières contactées par RT France. L'une d'entre elles a expliqué à cet égard : «La boîte a peur que ça leur coûte trop cher ! Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir partir.»

Antoine Boitel

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