Largement en situation d'épuisement professionnel, 40% des soignants veulent changer de métier

Largement en situation d'épuisement professionnel, 40% des soignants veulent changer de métier© PHILIPPE HUGUEN Source: AFP
Un assistant de santé déplace un patient le 20 septembre 2013 au centre hospitalier de Lens (Nord) (image d'illustration).

Une enquête de l'Ordre national des infirmiers, réalisée auprès de 60 000 soignants, alerte sur les détériorations des conditions de travail dans la profession. Une situation particulièrement exacerbées depuis la crise sanitaire du Covid-19.

Dans un contexte de résurgence de la pandémie de Covid-19 en France, où plusieurs métropoles et zones sont classées en «alerte renforcée» voire «maximale», l'Ordre national des infirmiers a publié le 11 octobre 2020 les résultats d'une consultation, réalisée du deux au sept octobre 2020, à laquelle ont répondu 59 368 infirmiers. Si le travail des blouses blanches a été applaudi, reconnu et salué jusqu'aux membres du gouvernement, leur situation en France semble pourtant s'être nettement détériorée depuis le début de la crise sanitaire.

Ainsi, une large majorité des 59 368 infirmiers ayant répondu à l'enquête de l'Ordre national des infirmiers décrit «une organisation fragilisée, parfois même en risque de rupture, et un état de fatigue et de découragement avancés».

Manque d'effectifs et conditions de travail dégradées

Si les infirmiers jouent un rôle névralgique au sein de l'organisation des soins prodigués aux Français, «certains points de fragilité inquiétants pour notre capacité collective à remporter ce marathon sanitaire» contre le Covid-19, et pour les années à venir, sont mis en lumière par cette consultation.

Par exemple, 33% des infirmiers exerçant en établissements considèrent «être moins nombreux que d'habitude», créant de fait un risque de rupture des établissements médicaux. 

Avec 34 000 postes d'infirmiers vacants à la rentrée 2020 sur les 700 000, ce manque d'effectifs a pour conséquence directe que 57% des infirmiers exerçant en établissement estiment «ne pas disposer du temps nécessaire pour prendre en charge les patients», soulevant par la même occasion la question de la qualité de la prise en charge et des soins des patients.

En effet, près des 2/3 des soignants déclarent que «leurs conditions de travail se sont détériorées depuis le début de la crise», et 59% ont vu «leur charge de travail augmenter depuis le début de la crise» (75% pour les infirmiers salariés exerçant en établissement). Pire encore, 30% des infirmiers «exercent des tâches qui sortent de leur champ de compétences réglementaire pour faire face au surcroît d'activité général lié au Covid».

«On manque à nouveau de gants, les masques arrivent toujours au compte-gouttes, le personnel est épuisé donc beaucoup sont en arrêt, les infirmières se retrouvent seules à gérer un étage de 15 patients lourds avec un seul aide-soignant», a confié pour Le Parisien Christina, une infirmière âgée de 46 ans qui exerce dans le Territoire de Belfort.

57% des infirmiers sont «en situation d'épuisement professionnel depuis le début de la crise»

Au regard de ces conditions de travail dégradées et des fragilités organisationnelles au sein des structures sanitaires, l'Ordre national des infirmiers met en garde sur les conséquences graves concernant l'état de fatigue et de santé des infirmiers. De quoi engendrer un risque de voir un nombre croissant d'infirmiers démissionner.

La peur immédiate a laissé place à la peur de l'avenir

Toujours selon les résultats de cette consultation, si 33% des infirmiers indiquent «qu'ils étaient [déjà] en situation d'épuisement professionnel avant la crise», ils sont désormais 57% à affirmer «être en situation d'épuisement professionnel depuis le début de la crise», avec «un fort risque d'impact sur la qualité des soins pour près de la moitié d'entre eux» (48%).

Par ailleurs, 37% des soignants estiment que «la crise que nous traversons leur a donné l'envie de changer de métier» et 43% «ne savent pas s'ils seront toujours infirmiers dans 5 ans».

Le coronavirus a mis en lumière une souffrance qui existait déjà, il a révélé le ras-le-bol

«La peur immédiate a laissé place à la peur de l'avenir», a témoigné la directrice des actions de l'association Soins aux professionnels de santé, Catherine Cornibert, pour Le Parisien. «En mars, les soignants parlaient de l'absence de protection, de la crainte d'être contaminé, aujourd'hui, ils sont anxieux pour la suite. Même si cela reste une minorité, certains disent : "J'arrête, j'en peux plus." Ces témoignages, on ne les entendait pas avant l'épidémie», a-t-elle ajouté, avant de déclarer : «Le coronavirus a mis en lumière une souffrance qui existait déjà, il a révélé le ras-le-bol.»

«Les infirmiers doivent aujourd'hui de nouveau faire face à la recrudescence des cas de Covid-19 et se sentent désarmés pour y parvenir, au point de se demander s'ils vont continuer à exercer leurs fonctions à l'avenir. Nous ne pouvons pas accepter cela. Les infirmiers sont indispensables au fonctionnement du système de soins», a souligné le président de l'Ordre national des infirmiers, Patrick Chamboredon.

«Au-delà des considérations de court terme et de gestion de crise, nous devons à tout prix revaloriser la profession infirmière, certes financièrement, mais aussi et surtout la rendre plus attractive, par exemple en permettant aux infirmiers d'évoluer tout au long de leur carrière, en reconnaissant leur contribution réelle à l'offre de soins, en leur permettant d'avancer vers davantage d'autonomie…», en appelle-t-il en conclusion de la consultation auprès des infirmiers.

Une «journée de mobilisation et de grève nationale» prévue le 15 octobre

Le 8 octobre, plusieurs syndicats hospitaliers et collectifs de soignants ont appelé à une «journée de mobilisation et de grève nationale» le 15 octobre, pour réclamer «des embauches massives immédiates» et une «revalorisation significative des salaires».

«Sans signal fort, la deuxième vague de Covid-19 risque de faire s'écrouler notre système de santé et d'action sociale», ont affirmé dans un communiqué ces organisations syndicales, parmi lesquelles figurent notamment la CGT-Santé, SUD-Santé, les urgentistes de l'Amuf, les infirmiers du SNPI, ainsi que les collectifs Inter-Urgences et Inter-Blocs. Celles-ci exigent également «l'ouverture massive de lits» et «300 euros par mois minimum» de hausse de salaires.

Le «Ségur de la santé», signé en juillet par d'autres syndicats (FO, CFDT, Unsa), prévoit une augmentation générale de 183 euros net pour les agents hospitaliers (hors médecins). Toutefois, ces organisations syndicales ont estimé dans ce même communiqué que «ces protocoles d'accord [...] ne sont pas satisfaisants du tout, voire inadaptés aux demandes et revendications des personnels».

Et de poursuivre : «Les professionnels du secteur médico-social, du social et du handicap [qui n'ont pas été inclus dans le Ségur] doivent être reconnus au même titre que tous les acteurs du soin et obtenir de suite les augmentations salariales comme les autres.»

Depuis plus d'un an, les médecins, urgentistes, infirmiers, aides-soignants et autres personnels hospitaliers protestent dans la rue et font grève contre le manque d'effectifs, la tension des services d'urgences, la bassesse des salaires, le manque de reconnaissance et la fermeture de lits. Une crise d'autant plus visible depuis le printemps 2020, les hôpitaux ayant été saturés et ayant difficilement fait face à l'afflux de patients atteints du coronavirus.

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