Nîmes : 130 policiers pour un coup de filet contre les barons locaux de la drogue

Nîmes : 130 policiers pour un coup de filet contre les barons locaux de la drogue© Loïc Venance Source: AFP
Des policiers sécurisent les abords du tribunal de Nantes, mars 2017 (image d'illustration)

Nîmes a été le théâtre d'une opération policière d'envergure le 28 septembre avec plus d'une centaine de fonctionnaires mobilisés contre une guerre des gangs qui s'est déclenchée en début d'année. Un nouvel épisode de la lutte antistup de Darmanin ?

Ecoutes, filatures, surveillance et coup de filet : selon les informations du journal Midi Libre, les enquêteurs travaillaient depuis des mois pour aboutir à la série d'interpellations et de perquisitions qui ont eu lieu à Nîmes, dans les Bouches-du-Rhône et à proximité de Lille à l'aube du 28 septembre.

Cette même source précise que le service régional de police judiciaire (SRPJ) de Montpellier, l'antenne de Nîmes de la police judiciaire (PJ), le Raid et la brigade de recherche et d'intervention (BRI) ont mené conjointement l'opération. C'est le parquet de Marseille qui pilote cette enquête judiciaire qui a pour le moment mené à la saisie de trois armes de poing, d'un fusil à pompe et de sept kilogrammes de cannabis dans le milieu du narcobanditisme nîmois en relation avec des tentatives de meurtre.

Un journaliste de Midi Libre a pu suivre la BRI au cours de cette intervention :

Cette opération a vu 130 fonctionnaires de police être déployés à travers Nîmes pour un dispositif sous haute protection impliquant des armes lourdes afin de parvenir à une quinzaine d'interpellations, selon la même source, qui précise qu'elles sont intervenues également à Paris et dans le nord du pays, mais «principalement à Nîmes».

La ville antique d'Occitanie a connu depuis le mois de février de mauvais faits-divers impliquant des tirs récurrents à l'arme lourde sur fond de trafic de drogue, règlements de comptes et guerres de territoires.

Ce sont ces fusillades qui ont mené, selon le procureur de la République de Marseille, à ce dispositif de grande envergure, puisque les suspects interpellés l'ont été pour participation présumée à «deux fusillades commises avec des armes lourdes les 12 et 26 janvier puis à une tentative d'homicide le 10 février 2020.»

Selon un communiqué du parquet, «ces faits commis au sein de la cité Wagner dans le quartier de Pissevin s'inscrivent dans la lutte que se livrent certains clans pour le contrôle du trafic de stupéfiants dans ce quartier.»

Le quotidien régional précise que l'affaire porterait sur un des barons locaux du trafic de drogue emprisonné qui aurait essayé de reconquérir son territoire avec des complicités et des hommes de main et essayé de tuer les nouveaux trafiquants pour le «juteux» marché de la drogue de Nîmes.

Gérald Darmanin a salué l'opération sur son compte Twitter et a souligné qu'il avait «réuni la semaine dernière les élus Nîmois pour faire un point sur la sécurité dans la ville.» 

L'opération s'inscrit également dans une vaste communication du ministère de l'Intérieur sur le front de la lutte contre le trafic de stupéfiants, au début du mois de septembre, Gérald Darmanin avait promis ainsi des interventions de ce type «chaque semaine» dans les cités difficiles, «partout sur le territoire», avait précisé Beauvau dans un communiqué.

A la mi-septembre, des résultats délétères à ces belles intentions du jeune ministre ont cependant été observés par les syndicats de police qui ont dénoncé le retour des «démons de la politique du chiffre». Selon des sources policières contactées par RT France à cette période, des pressions auraient notamment été appliquées dans certains commissariats par la hiérarchie pour faire remonter des statistiques tendant à démontrer une agitation manifeste autour du cheval de bataille de Gérald Darmanin : la lutte antistup.

Additionner des chiffres artificiellement pour présenter de bonnes statistiques ?

Une source policière contactée le 28 septembre par RT France a notamment expliqué comment la hiérarchie policière s'accommodait de ce besoin de fournir des données favorables à la paix des commissariats : «En ce moment, il y a des directives au niveau de la DSPAP [direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne] pour faire entrer tout ce qu'on peut dans la case antistup en termes de statistiques : dès qu'un collègue chope un mec dans la rue pour telle ou telle infraction, s'il a le malheur d'avoir du shit dans la poche, ça va dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. Ensuite, lorsqu'il y a une grosse opération dans le secteur, on additionne tous ces grammes de cannabis et on présente un beau résultat chiffré. C'est artificiel, mais ce n'est pas nouveau, on faisait déjà ça à l'époque de Sarkozy, quand on nous demandait de faire des statistiques sur les étrangers en situation irrégulière. Alors, quand les commissariats font état d'un certain nombre d'interpellations sur une intervention en lien avec le trafic de drogue dans leur ville, il faut juste bien garder à l'esprit que tous les interpellés ne l'ont pas forcément été dans cette opération précise. Il s'agit d'une demande expresse de l'état-major. On escamote gentiment les chiffres.»

Et la source de déplorer : «On retombe dans les travers de l'époque Sarko... espérons simplement que cela ne dégrade pas davantage les rapports police/population dans les villes concernées, pendant que les caïds, eux, ne se laissent pas impressionner et continuent leur business.»

On escamote gentiment les chiffres

Opposant les «shiteux de base» et «les gangs qui font leur loi», la source policière contactée par RT France souligne que ce sont les opérations similaires à celle qui a été menée à Nîmes qui permettront d'avancer dans le bon sens : «Il y a plusieurs niveaux de lutte contre le stup. Si on veut s'attaquer au vrai trafic, ça prend des semaines et des semaines de boulot. Malheureusement, on a souvent vu que ce rapport coût/bénéfice, entre le temps passé par les fonctionnaires à mener l'enquête et les résultats rapportés, n'intéressait pas grand monde. Alors, annoncer des chiffres "toutes les semaines", c'est forcément bidon. C'est sur le long terme qu'on déconstruit un gros trafic.»

Antoine Boitel

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