Eric Dupond-Moretti plaide pour une justice filmée et diffusée d'ici 2022

Eric Dupond-Moretti plaide pour une justice filmée et diffusée d'ici 2022© Alain Jocard Source: AFP
Eric Dupond-Moretti, le 24 septembre 2020, à Pontoise (image d'illustration).

Le garde des Sceaux rappelle que la justice est difficile à rendre et voudrait qu'elle soit «totalement filmée et diffusée» d'ici 2022. Une proposition qui peine à convaincre Jean-Pierre Colombiès, ancien commandant de police.

Le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, s'est livré au jeu des questions/réponses avec les lecteurs du journal Le Parisien dans son édition du 27 septembre, un exercice de style au cours duquel le garde des Sceaux, qui irrite les syndicats de la magistrature, a notamment expliqué que les procureurs ont «des comptes à rendre, comme tous les Français.» Le ministre répondait à une question concernant l'enquête administrative qu'il a demandée à l'encontre d'une magistrate, ancien procureur national financier.

Et de conclure : «On est dans une grande démocratie, les syndicats ont leur expression et je le respecte. Mais moi je dis ce que j'ai à dire et en tant que ministre, je n'étoufferai aucune affaire.»

Une manière de voir les choses qui ne comblera peut-être pas d'aise les magistrats, de même que la position d'Eric Dupond-Moretti concernant les débats dans les juridictions, dont il a estimé qu'ils devraient être filmés et diffusés : «On a un vrai sujet sur la perception de la justice par les citoyens et je vais vous dire pourquoi je suis attaché à la cour d'assises. Tous les jurés que j'ai rencontrés m'ont dit : mais qu'est-ce que c'est difficile de juger ! Quand on est au café du commerce, entre l'anisette et le café, on fait rouler des têtes, on est certain que, "vas-y c'est pas assez", c'est trop, la justice ci, la justice ça… Mais quand on rentre au palais de justice et qu'on prête serment, on se rend compte à quel point c'est compliqué. D'ailleurs, je suis pour que la justice soit désormais totalement filmée et diffusée. La justice doit se montrer aux Français. La publicité des débats est une garantie démocratique. On y réfléchit avec mes services. J'aimerais porter cela avant la fin du quinquennat.»

Enfin interrogé sur le thème d'une justice à deux vitesses et sur la petite danse de Patrick Balkany lors de la fête de la musique, alors qu'il avait été libéré pour raisons de santé, le ministre de la Justice a préféré botter en touche : «Je ne peux pas parler de mes anciens clients, au nom du secret professionnel. Et en tant que garde des Sceaux, je ne peux pas faire de commentaires sur des affaires jugées.»

«De l'enfumage», selon Jean-Pierre Colombiès

Interrogé par RT France, l'ancien commandant de police et porte-parole de l'association de policiers en colère UPNI, Jean-Pierre Colombiès, a sévèrement critiqué l'intervention d'Eric Dupond-Moretti dans les colonnes du quotidien d'Ile-de-France : «D'une part, le ministre utilise visiblement la voie administrative pour amoindrir l'indépendance du parquet national financier, alors que ce garde-fou a justement été mis en place à la suite de l'affaire Cahuzac au bénéfice de la justice, contre la criminalité en col blanc... Il apparaît donc comme quelqu'un qui va utiliser l'institution non pas pour la défendre, mais pour régler ses comptes. »

On ne contrôle déjà pas les réseaux sociaux et il veut diffuser les débats... Comment va-t-il protéger les témoins ?

L'ancien policier-enquêteur enchaîne : «Mais d'autre part, quelle est la pensée de ce ministre de la Justice ? Où va-t-il ? Il y a une absence de discours de politique générale et c'est triste pour cette institution qui mérite mieux que de la politique spectacle. Monsieur Dupond-Moretti veut filmer les audiences et les diffuser ? Comment va-t-il mettre en place ce genre de propositions sur le plan légal ? Les jurés et les témoins d'assises n'ont sûrement pas besoin de ça ! Et avec quel budget ? Il va faire équiper tous les tribunaux en caméras et matériel de diffusion ? On ne contrôle déjà pas les réseaux sociaux et il veut diffuser les débats... Comment va-t-il protéger les témoins ? Il faut savoir qu'en France, on a déjà le plus grand mal à assurer leur protection. Et les greffiers, tout l'appareil judiciaire, les personnels de justice qui seraient livrés en pâture aux réseaux sociaux, il y a pensé aussi ? Il leur a demandé leur avis ? Ces propositions sont démagogiques, inopérantes et ne vont nulle part. C'est de l'enfumage.»

Antoine Boitel

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