Gestion de l'épidémie : un syndicat de police entendu après sa plainte contre des ministres

Gestion de l'épidémie : un syndicat de police entendu après sa plainte contre des ministres© ALAIN JOCARD Source: AFP
Un policier en faction devant le siège de l'AP-HP à Paris le 28 mai 2020 alors que des manifestants se rassemblent (image d'illustration).

Le syndicat de policiers VIGI-MI, minoritaire dans la profession, est la seule organisation professionnelle du secteur a avoir porté plainte à la Cour de justice de la République contre des ministres pour la gestion de l'épidémie. Le dossier avance.

Comme l'avait annoncé RT France le 3 avril 2020, le syndicat de police VIGI-MI a décidé de porter plainte auprès de la Cour de justice de la République contre Edouard Philippe (ancien Premier ministre), Christophe Castaner (ancien ministre de l'Intérieur) et Laurent Nunez (ancien secrétaire d'Etat à l'Intérieur) pour «mise en danger délibérée de la vie d'autrui» et «entrave aux mesures d'assistance». 

Les magistrats ont finalement joint cette demande du syndicat à huit autres dans le cadre d'une information judiciaire à l'encontre d'Edouard Philippe, Agnès Buzyn et Olivier Véran, pour «abstention de combattre un sinistre», mais pas de Christophe Castaner, ni de Laurent Nunez.

Le 15 septembre, le syndicat VIGI-MI a été entendu en tant que témoin par la Cour de justice de la République, la seule à pouvoir juger des ministres en exercice, en la personne de son secrétaire général, le policier militant Alexandre Langlois.

Contacté par RT France, ce dernier a rappelé que les policiers nationaux avaient été dépourvus des moyens prophylactiques les plus élémentaires en pleine épidémie et notamment pendant le confinement pour réaliser les contrôles sur la voie publique, les stocks de masques, de gants et de gel hydroalcoolique qui étaient encore disponibles en population générale étant rapidement rapidement venus à manquer pour les fonctionnaires.

Nous savons qu'il y en aura pour au moins 18 mois et que la cour spécialement formée sera composée de parlementaires... Les condamnations sont rares

Cette situation avait mené à un sentiment de colère au sein des effectifs de la police de terrain, dont certains syndicats, à l'instar de l'Unsa-Police, avaient alerté très en amont des mesures de confinement sur le risque que couraient les agents dépourvus de protections sanitaires.

Le ton s'était ensuite durci entre les organisations des corps intermédiaires et le gouvernement lorsque les policiers avaient été formellement interdits de masques sur la voie publique, selon plusieurs notes internes et annonces sur les ondes radio auxquelles RT France a eu accès en mars.

Les injonctions faites aux fonctionnaires de ne pas porter de masques pendant leurs heures de service paraissent d'autant plus paradoxales avec le recul, puisque les policiers sont à présent tenus d'en être équipés depuis un télégramme émanant de la direction générale de la police nationale auquel RT France a eu accès.

Gestion de l'épidémie : un syndicat de police entendu après sa plainte contre des ministres

Alexandre Langlois n'est pas étonné : «Avec notre syndicat, nous avions ironisé au mois de mars sur le port du masque dont nous avions prédit qu'il nous serait interdit tant qu'il y aurait pénurie et qu'il deviendrait obligatoire dès qu'il y aurait des stocks et ça se vérifie aujourd'hui.»

Une incongruité qui pourrait prêter à sourire, mais qui est prise très au sérieux par le syndicaliste qui n'a pas manqué de comparer les réactions face à la pandémie au niveau international : «Le port du masque avait été fortement recommandé par le conseil scientifique pour les particuliers, tandis qu'on le prohibait aux policiers alors qu'ils voient beaucoup plus de monde chaque jour... Dans d'autres pays, on voyait des policiers avec des tenues NRBC [pour les situations de risques bactériologiques ou nucléaires] au tout début de l'épidémie, mais en France, on l'interdisait !»

Objectif : faire condamner tous les responsables

Comme il l'explique à RT France, les attentes d'Alexandre Langlois sont à présent multiples : «Nous savons qu'il y en aura pour au moins 18 mois avec cette procédure et que la cour spécialement formée pour juger cette demande sera composée de 12 parlementaires. Les condamnations sont rares, comme chacun sait. Mais nous nous sommes aussi constitués partie civile dans une plainte contre les tous les directeurs de police qui ont contribué à cette situation. Nous voulons la condamnation de tous les responsables, pas seulement des politiques.»

Chacun s'est couvert aux échelons hiérarchiques supérieurs en appliquant des consignes délétères pour les fonctionnaires

«Chacun s'est couvert aux échelons hiérarchiques supérieurs en appliquant des consignes délétères pour les fonctionnaires. Le ministre s'est même prononcé contre le droit de retrait et le service de communication de la police [SICOP] a assuré que le virus ne se déplaçait pas dans l'air ! Finalement, il y a quand même eu quatre morts dans nos rangs», poursuit le syndicaliste.

Pour la plainte déposée contre la hiérarchie policière par le syndicat VIGI-MI auprès du parquet de Paris, un juge d'instruction devrait être nommé d'ici la fin du mois de septembre.

N'oubliant jamais d'adresser un petit clin d’œil à l'humour aigre-doux à destination des autres syndicats de police, Alexandre Langlois relate enfin une petite anecdote d'audience : «Les magistrats en charge du dossier m'ont demandé pourquoi les autres organisations syndicales n'avaient pas porté plainte devant la Cour de justice de la République. J'ai répondu qu'apparemment ils préféraient organiser des manifestations illégales dans les rues de Paris [allusion à celle du 12 juin 2020 de la place de l'Etoile à la place Beauvau à Paris], mais j'ai précisé : "Nous préférons nous exprimer auprès de votre cour, car nous sommes respectueux des institutions."»

Antoine Boitel

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