Nomination de Jean Castex : mal à l'aise, la droite est-elle torpillée ?

Nomination de Jean Castex : mal à l'aise, la droite est-elle torpillée ?© POOL New Source: Reuters
Christian Jacob et Les Républicains vont devoir resserrer les rangs pour 2022 (image d'illustration).
Suivez RT France surTelegram

Tournant technocratique ou choix audacieux d'Emmanuel Macron ? La droite classique se divise sur le cas Jean Castex. La preuve qu'en dépouillant la droite, le chef de l'Etat a réussi un coup politique pour 2022. Sera-t-il payant ?

Jean Castex a été nommé Premier ministre par Emmanuel Macron le 3 juillet. Après avoir nommé avec Edouard Philippe un Premier ministre de la droite juppéiste, Emmanuel Macron touche de nouveau en plein cœur Les Républicains en choisissant à Matignon un «sarkozyste», encarté jusqu'au 3 juillet au sein du parti LR. Jean Castex est un proche de Nicolas Sarkozy, ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée de celui-ci, soutien de François Fillon lors de la primaire de la droite en 2016, Le Monde rappelant, par ailleurs, qu'à la fin des années 2000, il assumait son mantra :«Politiquement, je suis de droite et je l'assume parfaitement.»

La droite dans une colère démonstrative

A lire et écouter les premières réactions des élus de la droite, on ressent logiquement un malaise. Certains sont amers et pilonnent notamment sur l'image de «technocrate» que semble incarner le nouveau chef du gouvernement. Le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti n'hésite pas à critiquer le nouveau Premier ministre en ce sens, allant jusqu'à reconnaître que l'ancien locataire de Matignon, Edouard Philippe, était pour sa part «populaire» : «En nommant Jean Castex, dont la seule légitimité est technocratique, Emmanuel Macron dissout Matignon. Menacé par la popularité d’Edouard Philippe, il dérive désormais de plus en plus vers un pouvoir totalement personnel et autoritaire.»

Dans une argumentation identique, le patron du parti LR, Christian Jacob, estime que «le changement de Premier ministre marque un virage technocratique pour gérer les affaires courantes d’une fin de quinquennat».

Le député du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont juge que cette décision «consacre définitivement la mainmise de la technocratie sur notre pays et l’absence d’ambition, de convictions et de vision politique du Président de la République pour la France».

Le député de la Moselle Fabien Di Filippo identifie Jean Castex à un «directeur de cabinet» d'Emmanuel Macron : «Maintenant qu'Emmanuel Macron choisit d'assumer directement la fonction de chef du gouvernement avec un directeur de cabinet comme Premier ministre, il n'aura plus de paravent pour masquer des errements qui sont toujours et avant tout les siens.»

Dans la même veine, le parlementaire des Vosges Stéphane Viry note que «le président Macron nomme un secrétaire général à Matignon plutôt qu’un Premier ministre !»

La droite aux sentiments plus contenus

Moins féroces, d'autres LR jouent la carte de la prudence, vantant les mérites de leur ancien compagnon de route politique. Ils n'oublient pas, sans doute, que Jean Castex a fait sa carrière politique avec l'UMP (ex-LR) et a été soutenu par le parti pour briguer avec succès un troisième mandat dans la petite commune de Prades. 

Le sénateur de la Meuse Gérard Longuet tourne en dérision le fait que «le Président Macron décide de tout faire par lui-même en nommant un collaborateur», tout en épargnant légèrement Jean Castex, qualifié d'«excellent».

En ménageant Jean Castex, tentent-ils d'éviter de froisser les nombreux cadres de la droite partis dans la macronie et qui pourraient demain revenir dans le giron de cette droite classique ? Le sénateur Philippe Bas loue de fait les «grandes qualités» de Jean Castex et lui «souhaite bonne chance».

Le tenant de la ligne gaulliste au sein de LR, Julien Aubert, concède qu'Emmanuel Macron «fait un choix audacieux», tout en avouant sa tristesse : «[Jean Castex] est un homme que je connais et que je respecte pour ses qualités humaines et son expertise politique et technique. Je suis cependant triste qu’il quitte les rangs des Républicains pour brouiller les clivages.»

La droite qui félicite

Si elle n'est plus LR, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, compte bien peser sur la droite libérale en se présentant comme l'une des incarnations du centre-droit. Dans cette optique, elle «félicite» Jean Castex «alors que notre pays traverse une crise inédite économique et sociale mais aussi d’autorité». «Souhaitons qu’elle traduise un virage politique d’Emmanuel Macron vers plus de fermeté, de lutte contre les fractures et de décentralisation», ajoute-t-elle.

Candidat quasi déclaré pour la présidentielle, Xavier Bertrand dit «apprécier les qualités de serviteur de l’Etat de Jean Castex». «Elles seront indispensables dans les moments difficiles que nous allons connaître… Puissent-elles corriger les mauvais choix du président de la République», poursuit-il.

Le chef de l'Etat ne coupe-t-il pas ainsi l'herbe sous le pied aux présidentiables de la droite ? La nomination de Jean Castex risque effectivement d'affaiblir la reconstruction des Républicains et des postulants de la droite dite «modérée» en vue de 2022. Une chose est certaine, Emmanuel Macron semble davantage s'inquiéter d'une menace venant de ce bord-là pour la présidentielle.

BG

Raconter l'actualité

Suivez RT France surTelegram

En cliquant sur "Tout Accepter" vous consentez au traitement par RT France de certaines données personnelles stockées sur votre terminal (telles que les adresses IP, les données de navigation, les données d'utilisation ou de géolocalisation ou bien encore les interactions avec les réseaux sociaux ainsi que les données nécessaires pour pouvoir utiliser les espaces commentaires de notre service).

En cliquant sur "Tout Refuser", seuls les cookies/traceurs techniques (strictement limités au fonctionnement du site ou à la mesure d’audiences) seront déposés et lus sur votre terminal. "Tout Refuser" ne vous permet pas d’activer l’option commentaires de nos services.

Pour activer l’option vous permettant de laisser des commentaires sur notre service, veuillez accepter le dépôt des cookies/traceurs « réseaux sociaux », soit en cliquant sur « Tout accepter », soit via la rubrique «Paramétrer vos choix».

Le bandeau de couleur indique si le dépôt de cookies et la création de profils sont autorisés (vert) ou refusés (rouge). Vous pouvez modifier vos choix via la rubrique «Paramétrer vos choix».

OK

RT France utilise des cookies pour exploiter et améliorer ses services.

Vous pouvez exprimer vos choix en cliquant sur «Tout accepter», «Tout refuser» , et/ou les modifier à tout moment via la rubrique «Paramétrer vos choix».

Pour en savoir plus sur vos droits et nos pratiques en matière de cookies, consultez notre «Politique de Confidentialité»

Tout AccepterTout refuserParamétrer vos choix