Engagé dans la Résistance française à l'âge de 7 ans, un vétéran russe a été décoré

Le 15 juin à Gainneville, le vétéran russe de la Résistance française, Igor Lopatinsky, a été décoré d'une médaille à l'occasion du 75e anniversaire de la Victoire contre l'Allemagne nazie. L'ambassadeur de Russie a salué son courage et son héroïsme.

Le 75e anniversaire de la Victoire sur l’Allemagne nazi, célébré cette année, se déroule dans des conditions que personne ne pouvait imaginer auparavant, presque à huis clos. La succession des jours austères du confinement avait empêché la tenue de plusieurs événements officiels, et des rencontres avec les vétérans avaient été annulées. Figée, la France attendait avec impatience sa libération, comme pendant la guerre contre l’ennemi envahisseur. Mais avec le déconfinement progressif et un retour à la normale tant espéré, l’agenda a enfin repris ses droits.

La célébration de l’anniversaire de la Victoire permet de revenir une fois encore sur ces pages de l’Histoire qui gardent les souvenirs de l’époque, quand les destins des peuples français et russe se croisaient, entraînés dans un même combat contre la barbarie dévastatrice de l’armée hitlérienne. Mais les témoignages vivants sont de plus en plus rares et de plus en plus précieux. C’est pourquoi chaque rencontre avec les vétérans procure un sentiment de privilège. Le 15 juin 2020, la mairie de la petite ville normande de Gainneville a été l'hôte d'une cérémonie officielle. L’ambassadeur de la Fédération de Russie en France, Alexeï Mechkov, a remis une médaille à l’occasion du 75e anniversaire de la Victoire au vétéran russe de la Résistance française, Igor Alexandrovitch Lopatinsky, membre de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance.

Cette guerre a réuni tous les Russes, elle a permis de nous rendre compte à quel point il est important d’aimer sa patrie, de la défendre, peu importe où on se trouve

Igor Lopatinsky est né à Paris en 1932 au sein d'une famille d’immigrés russes qui, malgré leurs divergences politiques avec les communistes, ont su cultiver un sentiment d'amour pour leur pays lointain. «Cette guerre a réuni tous les Russes, elle a permis de nous rendre compte à quel point il est important d’aimer sa patrie, de la défendre, peu importe où on se trouve», a déclaré l’ambassadeur. Les parents d'Igor Alexandrovitch ont quitté le pays en 1920, «mais ils sont restés Russes», a-t-il précisé.  

Lorsque la guerre éclate en 1939, Igor n’a que 7 ans. En 1942, son père, ancien officier blanc de l’armée tsariste, commence à travailler comme chauffeur ambulancier pour les Allemands dans la région de Saint-Malo. Ce travail sert alors de couverture et lui permet de soutenir des prisonniers soviétiques placés dans les camps de travaux forcés au nord de la France. Jusqu’à la Libération, il va les aider à s'évader et à rejoindre Paris où un important réseau de la Résistance est en place. Mais quel rôle a pu jouer un petit garçon au milieu de cette guerre ?

Etant né à Paris, j’ai servi l’armée soviétique

Igor Alexandrovitch raconte que son parrain et son frère aîné ont également été impliqués dans la Résistance et qu'il n’a pas hésité à suivre l’exemple de ses proches. Il explique qu’au début, ses parents n'ont pas voulu que leur fils soit engagé dans les affaires des adultes. Mais progressivement, à force de côtoyer des «vieux résistants», Igor commence à recevoir des petites missions. Agé de 9 ans seulement, en 1941, il se voit ainsi confier une mission de très haute responsabilité : accompagner à travers Paris des prisonniers russes évadés et rejoindre un autre agent de liaison. «Etant né à Paris, j’ai servi l’armée soviétique», déclarera-t-il plus tard avec fierté.

«Les Allemands ont occupé la moitié de la France, et puis deux ans plus tard, ils ont occupé la seconde moitié, le sud de la France. C’était l’occupation, et moi j’étais dans la Résistance. A l'époque, je n’ai pas réfléchi sur l’occupation, j’ai réfléchi sur la Résistance, c’est ça qui était important», précise le vétéran. Durant l'occupation allemande, plusieurs fugitifs se sont réfugiés dans le petit appartement de deux pièces de sa famille, au sud-ouest de Paris, non loin des stations de métro Vaugirard et Plaisance. «On les a cachés, il y en avait parfois deux ou trois à la maison», se souvient-il. Igor, qui connaît déjà très bien la capitale, les accompagne pour rejoindre le nord de la ville, les quartiers près de Montmartre, où les Soviétiques sont accueillis par d'autres membres de la Résistance. Aujourd’hui, le vétéran se souvient qu’il n’a jamais eu peur lors de ces opérations. Au contraire, avec toute son abnégation enfantine, il a porté cette lourde responsabilité de combattant : «Je faisais seulement mon boulot», explique le vétéran.

Engagé dans la Résistance française à l'âge de 7 ans, un vétéran russe a été décoré© Service de presse de l'ambassade de Russie en France Source: RT France
Vétéran Igor Lopatinsky

Désormais, les médailles françaises et soviétiques accrochées à la veste d’Igor Alexandrovitch témoignent de son courage infaillible et renvoient à la Victoire qui n'aurait pas été possible sans les peuples russe et soviétique. 75 ans après la guerre, la Russie reconnaissante n’oublie pas ses héros, car «aujourd’hui, il est particulièrement important de connaître l’histoire, parce qu'il est parfois douloureux de voir et de lire comment elle est réécrite. […] Bien sûr, ce sont le peuple soviétique, le peuple russe qui ont subi le plus de cette guerre, quel que soit le front sur lequel ils ont combattu. 27 millions de nos concitoyens ont donné leurs vies pendant ces terribles années. Mais ils ont gagné, c’était notre drapeau sur le Reichstag !», a déclaré l’ambassadeur Alexeï Mechkov en s’adressant au vétéran. En signe de cette reconnaissance officielle, il lui a remis une médaille commémorative.

«Selon le décret du président de la Fédération de Russie, Igor Lopatinsky reçoit la médaille commémorant les «75 ans de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique de 1941-1945», a solennellement déclaré Alexeï Mechkov. «J'ai l’honneur, au nom du Président de la Fédération de Russie, aujourd'hui le 15 juin, de vous remettre cette médaille. Nous n'oublierons pas cette journée, car pour nous tous réunis ici, c'est une grande joie. Nous nous souvenons, nous sommes fiers, nous aimons chacun de nos vétérans. Nous sommes très heureux que vous soyez ici en bonne santé», a-t-il poursuivi. Ému, portant une nouvelle médaille sur sa veste, le vieil homme a retenu ses larmes, sans doute envahi par des souvenirs lointains de la guerre. «Pour moi, c’est quelque chose de très particulier», a-t-il avoué d’une voix tremblante aux journalistes présents.  

C’était extraordinaire parce que nous avons gagné

Mais si la guerre a laissé une trace profonde et terrible dans la mémoire de ces soldats, elle est marquée également par le triomphe de la Victoire et la promesse de la paix. Interrogé sur son souvenir le plus marquant de la guerre, Igor Alexandrovitch répond, sans hésitation et souriant : la fin de celle-ci. «On m'a promis alors beaucoup de choses : on m'a dit, tu iras en Russie. Et effectivement, après la guerre, on m’a invité du temps de Staline [vers 1950-1952]. Et c’était formidable […] On buvait à la santé de Staline», se souvient-il. «C’était extraordinaire parce que nous avons gagné. Et comme j’ai connu l’occupation allemande en France, c’était vraiment quelque chose de grand.»

Après le conflit mondial, Igor Lopatinsky a continué à maintenir des liens avec sa patrie historique. Au début des années 1990, il prend les rênes de l'Association interrégionale des vétérans russes de la Résistance française, ayant même reçu le passeport soviétique. Dans sa maison près du Havre, le vétéran garde de vastes archives qui contiennent des documents sur l'histoire de l'émigration russe et la Résistance. S’adressant à la jeune génération, Igor Alexandrovitch a juste rappelé une vérité simple : «Il faut toujours éviter la guerre.»

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