L'opposition réagit à chaud au plan gouvernemental de déconfinement présenté par Edouard Philippe

L'opposition réagit à chaud au plan gouvernemental de déconfinement présenté par Edouard Philippe© David NIVIERE Source: AFP
L'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 28 avril 2020.

Après s'être vue refuser un report du vote sur le plan de déconfinement présenté par le Premier ministre, l'opposition politique n'a pas manqué de réagir aux mesures annoncées par le chef du gouvernement.

Edouard Philippe s'est livré le 28 avril à un oral très attendu devant les députés, durant lequel il a présenté «la stratégie nationale de déconfinement». Après avoir refusé de reporter le vote parlementaire à ce sujet, le chef du gouvernement a soumis le plan gouvernemental à l'approbation des députés, qui l'ont validé par 368 voix contre 100, sans oublier 103 abstentions. 

Dans un contexte d'appréhension face à une deuxième vague de contamination par le virus, les paroles du Premier ministre ont d'ores et déjà fait l'objet de nombreux commentaires de part et d'autre de l'échiquier politique.

A gauche par exemple, les présidents des groupes France insoumise et PS se sont montrés très critiques face à la stratégie gouvernementale.

Pendant la Grande guerre, ils ont décidé qu'il y aurait un impôt sur les profiteurs de guerre : faites-le !

Dénonçant «une gestion calamiteuse» de l'épidémie, le chef de file des insoumis, Jean-Luc Mélenchon, a affirmé ne partager «ni [les] diagnostics, ni le système d'action choisi» par le gouvernement. «Voici venu le moment des injonctions odieuses», a-t-il déploré. 

«Vous avez évoqué sur tous les tons la Grande guerre, mais pendant la Grande guerre, ils ont décidé qu'il y aurait un moratoire des loyers : faites-le ! Pendant la Grande guerre, ils ont décidé qu'il y aurait un impôt sur les profiteurs de guerre : faites-le !», a encore déclaré Jean-Luc Mélenchon.

tout est encore loin d'être prêt

Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure a pour sa part affirmé que son groupe politique reprochait au président de la République son «pari» avec la date du 11 mai pour débuter le déconfinement. «Le bon moment pour déconfiner, c'est le moment où l'on est prêt ! Et à l'évidence, ce que nous rapportent les maires, les enseignants, les salariés, c'est que tout est encore loin d'être prêt», a dénoncé le député de Seine-et-Marne. Comme le rapporte l'AFP, les socialistes ont par ailleurs réclamé au gouvernement «un geste fort de solidarité» en proposant notamment de «compenser les salaires à 100% jusqu'à 2,5 Smic».

A droite aussi, les réactions ont été virulentes.

injonctions contradictoires permanentes

Président du groupe Les Républicains de l'Assemblée nationale, Damien Abad a expliqué ne plus faire «confiance» au gouvernement. «Sans masques et sans tests suffisants, vous serez pris dans l'impasse d'un déconfinement impossible», a-t-il estimé, reprochant à l'exécutif des «injonctions contradictoires permanentes», en particulier sur la réouverture des écoles. En outre, Damien Abad a réclamé d'«accélérer la reprise économique dans les départements les moins touchés, en rouvrant dès le 11 mai les commerces, cafés, hôtels et restaurants». Après le discours d'Edouard Philippe, le chef de file des députés LR s'est exprimé au micro de RT France, tout comme ses camarades Sébastien Chenu et Olivier Marleix.

Nous refusons d'être pris en otage

Membre du bureau national du RN et député non-inscrit des Pyrénées-Orientales, Louis Aliot a pour sa part considéré qu'il existait «encore trop de questions restées sans réponse». «Nous sommes tous engagés pour que l'opération de déconfinement soit un succès. [...] Nous comprenons bien l'urgence d'agir, mais nous refusons toutefois d'être pris en otage», a-t-il déclaré.

On va rassembler des millions d'enfants dans les classes pour faire bouillon de culture

«Au début ça commençait bien [...] et puis patatras», a pour sa part regretté Nicolas Dupont-Aignan au micro de RT France. «On nous explique que les Français doivent être raisonnables, on leur met d'énormes contraintes et en même temps on va rassembler des millions d'enfants dans les classes pour faire bouillon de culture», commente-t-il par exemple en référence au domaine biologique où le bouillon de culture est un liquide propice au développement des microbes.

Accueil mitigé chez les centristes

Cité par l'AFP, Jean-Christophe Lagarde, chef des députés UDI-Agir, a déclaré que les élus centristes étaient partagés face aux «contradictions» et «incertitudes» sur le déconfinement. «Le suivi sanitaire laisse encore beaucoup d'interrogations dans la tête des Français», selon le député de Seine-Saint-Denis. Il a en outre pointé le risque d'un «régime d'exception en permanence».

Encore chez les centristes, le co-président du groupe Libertés et territoires, Bertrand Pancher, a fustigé les «dysfonctionnements désastreux de l'Etat central», avec la pénurie de «masques, de respirateurs et de tests». «Les Français ne vous suivent plus M. le Premier ministre, ils ne sont pas dupes», a-t-il par exemple déclaré dans l'Hémicycle.

Au MoDem, le député Patrick Mignola soutient les «réponses» du gouvernement sur les tests et les masques. «La France est en rémission, nous devrons aller vers sa guérison. La France est en récession, nous devrons éviter toutes les régressions», a-t-il prévenu.

Président du groupe LREM à l'Assemblée, Gilles Le Gendre a estimé que le succès du déconfinement reposait sur la responsabilité individuelle. «Le second défi [sera] un défi pour notre démocratie : celui de la concorde et du dépassement. Nous n'accomplirons le déconfinement que rassemblés et unis et en sachant recréer l'indispensable confiance dans l’action publique», a prôné le député de Paris. 

Le plan de déconfinement national a été présenté par Edouard Philippe comme fondé sur trois principes : «Vivre avec le virus, agir progressivement, adapter localement». Avant de préciser que sur cette base, un «travail de concertation et d’adaptation du plan aux réalités de terrain» serait mis en place avec «les associations d'élus locaux, les préfets et les partenaires sociaux» les 29 et 30 avril.

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