Affaire Griveaux et fin de l'anonymat sur les réseaux sociaux : un parallèle douteux ?

Affaire Griveaux et fin de l'anonymat sur les réseaux sociaux : un parallèle douteux ?© Dado Ruvic Source: Reuters
Logo de Twitter (image d'illustration).

Titres de presse et bandeaux d'information en continu à la télévision : le débat au sujet de la fin de l'anonymat sur les réseaux sociaux a gagné en intensité dans le sillage de l'affaire Griveaux. Non sans inquiéter certains internautes...

La récente fuite d'images à caractère sexuel attribuées à Benjamin Griveaux, ouvertement revendiquée par l'opposant russe Piotr Pavlensky puis relayée non moins ouvertement par des personnalités du paysage politique français sur les réseaux sociaux, a fait l'effet d'une bombe médiatique. Pourtant, sur les plateaux et dans les gros titres, une partie du débat politique s'est rapidement cristallisée autour de... la fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux.

«Le débat sur la fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux relancé par le #GriveauxGate», titrait le quotidien 20 Minutes le 16 février ; «Réseaux sociaux et anonymat, les coupables idéaux épinglés par la Macronie», pointe le Huffington Post sur le même sujet ; «les réseaux sociaux ont bon dos», note pour sa part l'Opinion, entre autres exemples. La même thématique est évidemment abordée sur les plateaux télévisés, à l'instar d'un sujet proposé ce 17 février par BFMTV et intitulé «Affaire Griveaux : l'anonymat sur Internet en question».

Des internautes qui s'inquiètent

Certains internautes ayant de longue date opté pour l'anonymat ou des noms d'emprunt n'ont pas tardé à s'inquiéter du phénomène médiatique les visant. Estimant que l'anonymat sur Twitter avait participé à rendre virales certaines images qui auraient pu passer à la trappe sans les réseaux sociaux, ces utilisateurs ont décidé de repartager d'anciennes vidéos pour étayer leur point de vue.

«Sans Twitter, personne n’aurait vu ces images donc rien n’empêcherait les pires éléments de la police de dicter la doctrine du maintien de l’ordre au pays des droits de l’homme. On se demande comment ça peut être pire mais ça peut», commente par exemple un certain «Marcel Aiphan», très actif sur les relais d'images dans le cadre de mouvements sociaux. «Les fake news sont débunkées presque instantanément sur Twitter», estime-t-il auprès de RT France, a contrario du discours selon lequel l'anonymat favoriserait leur diffusion. Dans son tweet, il met en avant une vidéo tournée par l'utilisateur anonyme «A.D», filmée ce 15 février à Rennes lors de l'acte 66 des Gilets jaunes. La scène montre le matraquage d'un manifestant par plusieurs fonctionnaires de police.

Contacté par RT France, un autre utilisateur de Twitter proche des Gilets jaunes souhaitant également rester anonyme explique son ressenti au sujet du débat sur la fin de l'anonymat. «On a déjà un arsenal de lois pour protéger les citoyens contre le racisme, l'antisémitisme, les appels à la violence [...] Même un anonyme qui tient ce genre de propos peut être poursuivi avec adresse IP», explique notre interlocuteur avant d'ajouter : «Il faut assumer. Sous prétexte anonyme, c'est pas normal de raconter n'importe quoi.»

Tout le monde a son smartphone et tout le monde peut poster ce qu'il filme, c'est ça qui permet de révéler

En outre, ce citoyen défend ardemment la possibilité de continuer à utiliser les réseaux sociaux tout en restant anonyme : «Tout le monde a son smartphone et tout le monde peut poster ce qu'il filme, c'est ça qui permet de révéler», considère-t-il, avant de revenir sur un élément récent : «Il y a une semaine, lors du procès d'un Gilet jaune accusé de violence contre les forces de l'ordre, des vidéos d'anonymes postées sur les réseaux sociaux ont participé à débusquer des fausses allégations contre lui, il a été relaxé.»

Après avoir pris connaissance du dossier, RT France a en outre contacté le Gilet jaune Jérôme Rodrigues, qui a accepté de revenir sur le procès, auquel il a assisté, d'un manifestant accusé de violences envers les forces de l'ordre.

«[Ce manifestant] était accusé d'une part d'avoir lancé un pavé sur un flic [...] et d'autre part d'avoir fait tomber un policier», explique Jérôme Rodrigues. «La partie adverse de la police a mis en avant des vidéos de surveillance qui ne montraient rien en soi, à part un Gilet jaune qui tient un drapeau tricolore avec ses deux mains. Au final il a été dédouané grâce à des vidéos prises par des manifestants sur place», poursuit-il : «Les vidéos montrent que le policier, en attrapant le manifestant, se tord la cheville tout seul [...] Personnellement, j'ai vu circuler ces vidéos sur les réseaux sociaux.»

Anonymat ou pas anonymat, ils ne se sont pas souciés de la vie privée des uns et des autres

Jérôme Rodrigues évoque par ailleurs l'actuel débat découlant de l'affaire Griveaux : «Que tu t'appelles Griveaux, Pierre, Paul ou Jacques, une vidéo comme celle-là qui te tombe dessus, c'est dégueulasse», estime-t-il, ajoutant : «Quand t'as Le Parisien qui fait sortir mon casier judiciaire en paraphrasant ce pour quoi j'ai été arrêté par le passé [...] et que ma mère apprend par voie de presse que j'ai déjà fumé du cannabis, anonymat ou pas anonymat, ils ne se sont pas souciés de la vie privée des uns et des autres», constate-t-il.

Même son de cloche chez un autre internaute volontairement anonyme interrogé par RT France. «Personnellement je suis assez inquiet de la fin de l'anonymat sur les réseaux, car cela permet de protéger sa vie privée. De plus, étant donné un certain engagement, les menaces de mort et insultes me touchent mais me font moins peur que si les gens connaissent mon nom, prénom etc», confie-t-il.

Jérôme Rodrigues, lui, se désole : «Je me fais insulter en direct sur les plateaux de télévision mais le coût pour une attaque en justice pour diffamation c'est 2 000 euros ! Contrairement à Griveaux, je ne peux strictement rien faire.» Et le Gilet jaune de conclure : «Ils vont encore faire des lois qui vont les arranger eux, mais pas forcément le citoyen qui se fait tous les jours déglinguer.»

Fabien Rives

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