Chokri Wakrim aurait impliqué deux proches de l'Elysée dans l'affaire des coffres de Benalla

Chokri Wakrim aurait impliqué deux proches de l'Elysée dans l'affaire des coffres de Benalla© LUDOVIC MARIN Source: AFP
Alexandre Benalla et Christian Guédon encadrent la sécurité du président de la République au dîner annuel du CRIF, le Louvre, 7 mars 2018 (image d'illustration).

Ancien proche d'Alexandre Benalla, le militaire Chokri Wakrim a pris ses distances avec l'ancien chargé de mission de l'Elysée, mais il peut enfin témoigner dans l'affaire de la disparition des coffres et faire de nouvelles révélations sur l'Elysée.

Selon les informations de Mediapart, l'ancien sous-officier au Commandement des opérations spéciales, Chokri Wakrim, aurait impliqué lors d'une audition de 12 heures à la brigade criminelle plusieurs membres de la présidence dans la disparition des deux coffres-forts appartenant à Alexandre Benalla. La disparition d'un des coffres de l'ancien chargé de mission de son domicile d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) demeure un des sujets les plus opaques de l'affaire Benalla qui a fait trembler la présidence de la République à l'été 2018.

Le Monde avait révélé l'affaire des violences de la place de la Contrescarpe le 18 juillet 2018 et selon le site d'investigation, Chokri Wakrim a affirmé aux enquêteurs avoir vu deux proches du président en présence du coffre-fort le lendemain (19 juillet) dans l'appartement parisien de la femme d'affaire Pascale Perez qui avait offert le gîte à la famille Benalla pour la protéger de l'intense pression médiatique.

Ces deux personnes sont l'homme de l'ombre Ludovic Chaker qui était à l'époque conseiller du chef d'état-major particulier d'Emmanuel Macron et Christian Guédon, ancien gendarme et membre du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR). Selon Mediapart, celui-ci aurait été intégré au groupe de sécurité selon des conditions dérogatoires par l'entremise d'Alexandre Benalla lui-même. Les spécialités du garde du corps : «domaines [...] de l’effraction et de l’infiltration» et «des techniques d’ouverture discrète des serrures de bâtiments et véhicules» à des fins judiciaires. Il avait démenti toute implication dans l'affaire auprès de l'émission Envoyé spécial.

Toujours selon la même source, Chokri Wakrim a aussi relaté une discussion à laquelle il a assisté entre Alexandre Benalla et Christian Guédon : l'ancien chargé de mission de 26 ans aurait demandé au garde du corps d'Emmanuel Macron de vider «dans la plus grande discrétion» (selon Mediapart qui évoque un «procès verbal») le contenu d'un autre coffre-fort dans son bureau au palais de l'Elysée avant une perquisition de la police qui interviendra le 25 juillet 2018. Selon ce même témoignage, le contenu du coffre aurait fini dans un sac de sport que Chokri Wakrim aurait vu à l'appartement de la femme d'affaires, situé avenue Foch à Paris.

Alexandre Benalla charge Mediapart

Alexandre Benalla aurait fait état de «données sensibles» à propos de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron, de «relevés bancaires», mais le témoin concède n'avoir pas pu le vérifier par lui-même. Interrogé par Mediapart, Alexandre Benalla a répondu par des emojis et des provocations : il a d'ailleurs publié des captures d'écran sur son compte Twitter. 

L'ancien chargé de mission de l'Elysée reconverti dans la sécurité privée a continué à charger Mediapart.

Il a également mis en cause le témoignage de Chokri Wakrim et ajouté des informations à propos de l'affaire ce 23 janvier.

Chokri Wakrim a pour sa part fait savoir lors de son audition qu'il avait «attendu ce moment depuis des mois, quasiment un an aujourd'hui» et a ajouté : «Cette situation m’a plongé dans un état de détresse morale, provoquant mon premier arrêt maladie de ma carrière militaire».

Lorsque les policiers ont perquisitionné l'appartement d'Alexandre Benalla à Issy-les-Moulineaux le 20 juillet 2018, mais n'y sont pas parvenu, faute de détenir des clés, ils sont revenus le lendemain pour constater l'absence du coffre-fort.

Alexandre Benalla a alors fait savoir aux policiers à propos de cette pièce à conviction : «Elle a dû être emmenée dans un lieu sûr par une personne, mais ce n’est pas moi qui me suis occupé de cela.» Il aurait également affirmé que le coffre contenait des armes, mais comme le soulève Mediapart, la taille de ce coffre ne permettait d'abriter certaines armes restituées par la suite par l'intéressé.

Selon Mediapart, «il semble établi que le coffre-fort de Benalla a été déménagé de l’appartement de Pascale Perez début septembre 2018» vers une autre destination. Interrogée par le site d'investigation, la femme d'affaires aurait confirmé que des «hommes de main» seraient venus chercher le coffre, mais elle n'aurait pas été en mesure de dire pour qui ils travaillaient.

Lire aussi : Nouvelles révélations dans l'affaire Benalla, l'enquête confiée à un juge d'instruction

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