Le refus historique de Jacques Chirac sur la guerre en Irak

Le refus historique de Jacques Chirac sur la guerre en Irak© CHARLES PLATIAU Source: Reuters
Jacques Chirac sur le perron de l'Elysée le 4 octobre 2004 (image d'illustration)

En 2003, alors que l'Irak était la cible d'une coalition menée par les Etats-Unis, l'ancien président de la République s'était élevé contre la guerre qui s'annonçait.

Cela aura été l'un des moments les plus forts de la carrière de Jacques Chirac, décédé ce 26 septembre. En 2003, alors que les Etats-Unis s'apprêtaient à intervenir en Irak, la France s'était catégoriquement opposée à une invasion sans l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU.

Le 18 mars 2003, dans une déclaration, Jacques Chirac était revenu sur l'ultimatum posé la veille par le président américain George W. Bush au dirigeant irakien Saddam Hussein.

«La France considère que le recours à la force est le dernier recours, quand toutes les autres options ont été épuisées», expliqua Jacques Chirac, dénonçant également la décision unilatérale des Etats-Unis d'envahir l'Irak en dehors du cadre des Nations unies : «Le Conseil de sécurité n'était pas disposé, dans les circonstances présentes, à cautionner une marche précipitée vers la guerre.»

Il n'y a pas [eu] de justificatif à une décision unilatérale du recours la guerre

Les Etats-Unis, dans leur volonté de mettre à bas le gouvernement de Saddam Hussein, étaient, pour l'ancien président français, en dehors du cadre légal des relations entre Etats et, en l'absence de «justificatif à une décision unilatérale du recours la guerre», menaçaient la stabilité de la région, et par conséquent du monde.

Il concluait par un avertissement : «Privilégier la force sur le droit, ce serait prendre une lourde responsabilité.» La position de Jacques Chirac avait été déjà exprimée le 14 février 2003 à l'ONU par son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, dans un discours resté célèbre.

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Hostilité américaine à l'égard de Jacques Chirac

Ce «non» de la France fut très mal perçu à Washington et les tensions diplomatiques immédiates. L'ancien candidat à la présidentielle américaine de 2008, John McCain, affirma en février 2003 sur Fox News que «la France [était] comme une vieille actrice des années 1940, essayant toujours de se faire inviter à dîner pour son look, mais qui n'[avait] plus la tête pour ça». Les Français furent traités dans les médias de «singes capitulards bouffeurs de fromages». Les pressions américaines sur l'Etat français conduisirent la France de Jacques Chirac à annuler, avec d'autres Etats européens, la totalité de la dette irakienne en 2005.

Le ressentiment anti-français fut également très fort chez les autres membres de la coalition menée par les Etats-Unis, et tout particulièrement au Royaume-Uni. Le tabloïd The Sun attaqua la nation française en mettant en cause sa duplicité. Ainsi pouvait-on lire dans l'édition spéciale en français du 20 février 2003 : «Vous n'étiez que trop heureux d'accueillir les Américains quand la France était écrasée sous la botte d'Hitler. Mais aujourd'hui vous regardez les Américains et leur président de haut, et vous oubliez combien de soldats, de pilotes, de marins américains donnèrent leur vie, comme on peut le voir dans les cimetières militaires de France, pour la liberté de votre pays.» Le média n'hésita pas à s'attaquer directement à Jacques Chirac : «Votre président est devenu la honte de l’Europe.» L’Elysée estima de son côté que «les insultes en dis[aient] souvent plus long sur ceux qui les profèr[aient] que sur ceux qu’elles prétend[aient] décrire.»

Le refus historique de Jacques Chirac sur la guerre en Irak© The Sun
Couverture du tabloid The Sun du 20 février 2003. En une, titrée « Chirac est un ver » en français, la tête du Président apparaît au bout d’un ver de terre surgissant du centre de la France.

Désaccord avec ses adversaires politiques

Grâce à Wikileaks, on apprit que des cadres du parti socialiste avaient également regretté la position de Jacques Chirac sur l'Irak. Alors que certains d'entre eux s’étaient rendus à l’ambassade américaine à Paris pour exprimer leurs désaccords avec la position officielle de la France, Pierre Moscovici, chargé à l'époque des relations internationales du PS, affirmait le 29 mai 2006 qu'un gouvernement socialiste aurait été plus aligné sur la position américaine que celui de Dominique de Villepin. Une semaine plus tard, le 8 juin, François Hollande, à l'époque premier secrétaire du PS, regrettait devant l'ambassadeur des Etats-Unis que Jacques Chirac eût fait de «l'obstruction gratuite» face au président américain. 

Nicolas Sarkozy, lui, alors candidat à la présidentielle de 2007, avait tellement envie de se démarquer de Jacques Chirac qu'il avait évoqué l'envoi de troupes françaises en Irak en soutien à l'occupation américaine.

«L'Histoire nous a donné raison»

Dans une interview à Paris match publiée le 14 décembre 2018, Dominique de Villepin est revenu sur les événements ayant conduit à l'invasion de l'Irak par les troupes américaines en mars 2003. «Malheureusement, l’Histoire nous a donné raison. Elle a montré que la voie tracée par George Bush et les néoconservateurs était un chemin dangereux qui conduisait à la confrontation […] Or, tous les éléments étaient réunis pour que ces Etats, reposant souvent sur des bases fragiles, dans la main d’un pouvoir autoritaire nourrissant le sentiment d’injustice de leur peuple, puissent être tentés par d’autres aventures. Dans ce contexte, l’islamisme, force de résistance à la mondialisation, force de résistance à l’Occident, est devenu le fer de lance d’un combat jugé légitime par une partie importante des peuples de la région», expliquait l'ancien chef de la diplomatie de Jacques Chirac.

Aujourd'hui, l'idée selon laquelle l'invasion américaine de l'Irak a mené à la création de Daesh et l'émergence de son «califat» en juin 2014 est largement acceptée. L'ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, allié des Etats-Unis en 2003, reconnaissait sur cette question le 25 octobre 2015 sur CNN «des éléments de vérité».

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