Google présente-t-il un danger d'ingérence sur les élections ? D'après Trump, la réponse est oui

Google présente-t-il un danger d'ingérence sur les élections ? D'après Trump, la réponse est oui© Philippe HUGUEN Source: AFP
Pour Donald Trump, Google et les réseaux sociaux «cherchent à manipuler les élections» (image d'illustration).
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Dans des propos enregistrés en caméra caché par Project Veritas, une cadre de Google assure que l'entreprise travaille sur ses algorithmes afin d'éviter que le scénario de l'élection de 2016 – qui a porté Donald Trump au pouvoir – ne se répète.

«Ils essaient de manipuler les élections» : pour le président américain Donald Trump la cause est entendue, les géants de l'internet présentent une réelle menace d'ingérence sur les élections à venir dans son pays, en 2020. Le chef de l'Etat a fait part de ses vives inquiétudes dans un entretien accordée à Fox Business le 26 juin, soit deux jours après la diffusion des propos d'une cadre de Google – enregistrés en caméra caché – qui ont fait scandale.

Spécialiste du procédé, c'est l'organisation Project Veritas, qui a donné du nouveau grain à moudre au président américain sur un sujet qu'il aborde désormais de façon récurrente. L'organisation a en effet enregistré à son insu Jen Gennai, responsable innovation de Google, qui est notamment en charge de l'implémentation des technologies d'intelligence artificielle (IA). Dans ce qu'elle pensait être une conversation privée au restaurant, celle-ci s'est ainsi attaquée aux appels au démantèlement de Google, arguant que la multinationale était la seule à pouvoir empêcher «la prochaine situation "à la Trump"». «Toutes ces petites entreprises qui ne disposent pas des mêmes ressources que nous seront chargées d’empêcher "la prochaine situation à la Trump". Elles ne peuvent pas le faire», a-t-elle expliqué à son interlocuteur, un journaliste infiltré de Project Veritas.

Et Jen Gennai d'affirmer que le sujet était au cœur des réflexions de Google, qui travaille sur ses algorithmes afin d'éviter que le scénario de l'élection de 2016 ne se répète : «Nous nous sommes tous fait avoir en 2016 [avec l'élection de Donald Trump], pas seulement nous, les gens se sont fait avoir, les médias se sont fait avoir, tout le monde s'est fait avoir. Rapidement, nous nous sommes dit, "que s'est-il passé et comment empêcher que cela se reproduise ?".»

Définir un «unique point de vérité»

Une version appuyée par le témoignage anonyme d'un employé de Google, qui a livré plusieurs documents internes qui montrent comment l'entreprise et ses filiales promeuvent selon lui un véritable agenda politique. D'après un de ces documents divulgué par Project Veritas, Google viserait par exemple à définir un «unique point de vérité», et s'attacherait ainsi à hiérarchiser sur ses plateformes les contenus en fonction des médias dont ils proviennent. Dans la même idée, un autre document fait état de «directives éditoriales» qui semblent être définies et gérées de manière interne par Google, et qui influeraient sur la manière dont les contenus sont diffusés et mis en avant sur ses différentes plateformes.

Dans ses propos enregistrés en caméra caché, Jen Gennai n'avait pas fait mystère de cette pratique. Interrogée sur le traitement des médias conservateurs par l'entreprise, jugé injuste par certains, elle avait expliqué : «Nous choisissons ce que nous pensons être des sources d'informations crédibles, et ces sources ne sont pas forcément des sources de médias conservateurs.»

La multinationale ne se limiterait par ailleurs pas à un travail éditorial concernant les contenus qu'elle met en avant, mais chercherait aussi à résoudre ce qu'elle considère comme de l'«injustice algorithmique». Dans un échange interne, des cadres de l'entreprise expliquent ainsi le raisonnement : «Imaginons une recherche Google Images pour "chef d'entreprise (CEO)"; elle montrerait majoritairement des hommes. Même si c'est une représentation factuellement correcte du monde, cela serait injuste parce que cela renforcerait le stéréotype sur le rôle des femmes à tenir des postes à responsabilités.» Autrement dit, les résultats mis en avant par Google sont modifiés non pas pour coller à une réalité objective du monde, mais à un idéal que l'entreprise considère comme valable. «Ils vont redéfinir une réalité basée sur ce qu'ils pensent être juste, sur ce qu'ils souhaitent et ce qui fait partie de leur agenda politique», prévient en ce sens l'employé de Google interrogé par Project Veritas.

Les gens ne traçaient pas cette ligne dans le sable, définissant ce qui est juste et équitable. Nous sommes une grande entreprise, nous allons le dire.

Là encore, Jen Gennai n'a rien dit de différent dans ses propos filmés en caméra cachée : «La raison pour laquelle nous avons lancé l'IA "principles" c'est parce que les gens ne traçaient pas cette ligne dans le sable, définissant ce qui est juste et équitable. Nous sommes une grande entreprise, nous allons le dire.» Face à la polémique suscitée par ses propos, cette cadre de Google n'a pas cherché à les renier, reconnaissant simplement quelques imprécisions. «Je tenais une conversation avec quelqu'un dans un restaurant et j'ai utilisé un langage imprécis. Project Veritas m'a eu, bien joué», a-t-elle déclaré dans un message publié sur Medium.

Pas de quoi rassurer les nombreuses voix qui s'élèvent outre-Atlantique, des élus américains qui ont passé Google au grill de leurs questions à Donald Trump lui-même, qui a menacé d'intenter un procès à l'entreprise (ainsi qu'à Twitter et Facebook), en raison de leur supposé biais idéologique.

Diffusée sur Youtube, la vidéo de Project veritas a rapidement été supprimée par le réseau social, qui a évoqué une réclamation concernant une atteinte à la vie privée. Si l'histoire fait grand bruit dans les milieux politiques aux Etats-Unis et surtout sur internet, elle ne fait pourtant pas les grands titres de la presse. Dans un tweet dont l'ironie lui a visiblement échappé, le journaliste star de CNN Brian Stelter a expliqué ne pas avoir trouvé de «sources fiables» en provenance des médias traditionnels lors de sa recherche Google sur cette affaire...

Frédéric Aigouy

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