Colonialisme présenté comme une «œuvre civilisatrice» : un devoir de CM2 créé la polémique

Colonialisme présenté comme une «œuvre civilisatrice» : un devoir de CM2 créé la polémique © PASCAL PAVANI Source: AFP
Classe de primaire (image d'illustration).

La divulgation d'un exercice de CM2 reprenant des arguments sur la dimension «civilisatrice» de la colonisation a provoqué une polémique après que la presse s'en est emparé. L'académie a évoqué de son côté un texte «sorti de son contexte».

Cela n'aurait pu être qu'un banal exercice de CM2. Pourtant, sa révélation par un élu nantais relance la polémique nationale sur les très controversés bienfaits de la colonisation.

Le 27 février, le CEMEA pays de la Loire, une association reconnue d'utilité publique dont la mission affichée est de «faire évoluer les pratiques éducatives», a publié sur Facebook la photo d'un texte à trous proposés à des écoliers dans un établissement dont le nom n'a pas été dévoilé. 

Une «œuvre civilisatrice»

L'«instruction», des «soins médicaux», des «trains et des routes» : voici les mots soigneusement recopiés dans un cahier d'écolière pour combler un texte à trous titré «Le colonialisme, une œuvre civilisatrice», à l'argumentaire rappelant la IIIe République, sur les bienfaits apportés par la colonisation. 

Découvert et dévoilé au public par son père, Alassane Guisse, élu écologiste à la marie de Nantes et par ailleurs impliqué dans la sensibilisation sur l'esclavage, la photo de l'exercice a été relayée par de nombreux titres de presse et a rapidement engendré surprise et indignation. 


«Je pense qu'on ne peut pas parler comme ça à une enfant. Il ne faut plus que ça se reproduise», s'est indigné le père de famille auprès du quotidien Ouest-France, non sans rappeler par ailleurs que l'enseignante avait aussi fait visiter le Mémorial de l'abolition de l'esclavage et qu'elle avait «expliqué cette réalité historique terrible» à ses élèves. 

Dans un communiqué incendiaire, le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) a demandé le 1er mars des explications au recteur de l’Académie de Nantes et au ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer. «Sauf à vouloir faire œuvre de révisionnisme ou de négationnisme, on ne cherche pas à démontrer les aspects positifs d’un crime contre l’humanité», s'est indigné Ghyslain Vedeux, le président de l'organisation antiraciste, en dénonçant au passage qu'«une propagande coloniale est tout à fait insupportable» au sein de l'Education nationale.

Un exercice «sorti de son contexte»

Interrogé par Ouest-France sur le sujet, le directeur académique a évoqué un texte «sorti de son contexte» et faisant partie d'une série de cinq leçons sur les différents points de vue sur l'esclavage selon les époques. L’enseignante a par ailleurs, selon le quotidien, expliqué en classe qu'il s'agissait d'une vision du XIXe siècle qui n'a plus court aujourd'hui, même si l'écrit collé par les écoliers sur leurs cahiers ne comporte aucune explication de ce type. 

Une explication qui ne convainc pas le CEMEA : «Faut-il pour étudier le nazisme faire travailler les enfants sur "Mein Kampf"? [...] Sommes-nous obligé-e-s de faire travailler des enfants autour des horreurs, des écrits horribles pour appréhender l'horreur ?», s'est interrogée l'association sur Facebook. 

Le CEMEA dédouane l'enseignante

L'organisation a par ailleurs publié un communiqué dans lequel elle indique ne pas souhaiter «stigmatiser l’enseignante», qui serait victime des recommandations de l'Education nationale.

Reprenant les propos de Yannick Le Marec, un maître de conférences à la retraite de l'École supérieure du professorat et de l'éducation de l'Université de Nantes, le CEMEA attribue ce faux pas aux «recommandations pédagogiques» transmises par l'Education nationale aux enseignants, jugées dangereuses.  

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