François Cocq (LFI) : «La stratégie de rassemblement de la gauche est inefficace»

François Cocq (LFI) :  «La stratégie de rassemblement de la gauche est inefficace»© Charles Platiau Source: Reuters
La France insoumise traverse-t-elle une crise interne ?

Evincé de la liste des candidats pour les européennes de 2019 pour avoir émis des critiques sur la stratégie au sein de La France insoumise, François Cocq réagit pour RT France. Il maintient sa confiance envers Jean-Luc Mélenchon. Entretien.

RT France : François Cocq, vous avez été écarté, comme Djordje Kuzmanovic, des listes pour les européennes par le comité électoral de La France insoumise (LFI). Vous incarniez tous deux la ligne souverainiste du mouvement. Que se passe-t-il au sein de La France insoumise, comment expliquez-vous votre éviction ?

 

François Cocq (F. C.) : Je ne l’explique pas. C’est assez incompréhensible pour ne pas dire absurde au sens «camusien» du terme. Depuis le début de l’été, je fais partie de celles et ceux qui ont critiqué et alerté d’un possible changement stratégique de La France insoumise, celui d’un retour à la stratégie du rassemblement à gauche. Cette stratégie n’est pas la mienne et, à mon sens, n’est pas efficace politiquement. Je plaide ainsi pour que l’on reste sur la stratégie initiale, le contrat fondateur de La France insoumise, qui est la stratégie de fédérer le peuple et la stratégie de révolution citoyenne.

Dans les mois qui ont suivi, je remarque que mes alertes m’ont donné raison puisqu’on a vu qu’il y avait pas mal d’atermoiements. On a la sensation que La France insoumise naviguait un peu à vue entre deux stratégies.

En outre, je constate que Jean-Luc Mélenchon a été le premier après la législative partielle le 25 novembre en Essonne [la candidate de La France insoumise Farida Amrani a perdu au second tour face à un candidat Macron-compatible Francis Chouat, malgré les appels de plusieurs partis à gauche à voter en faveur de l'insoumise] à clarifier les choses de manière extrêmement forte et limpide en disant qu’il fallait revenir à une stratégie «dégagiste» et que la stratégie de rassemblement de la gauche et de l’assemblement des étiquettes était inefficace.

Or, c’est au moment même où La France insoumise revient sur une logique, que je n’ai jamais quittée, et sa stratégie initiale qu’on me met dehors. C’est un peu surprenant.

 

RT France : Même si Jean-Luc Mélenchon a adopté une ligne qui vous correspondait, il est difficilement imaginable que le comité électoral agisse de façon indépendante, afin d'écarter des élections deux membres aux positions proches. Pour vous, Jean-Luc Mélenchon n'a aucune responsabilité dans cette décision ?

 

F. C. : Je juge les gens sur leurs actes. Je prends Jean-Luc Mélenchon au pied de la lettre. Quand il a eu des propos aussi clairs que ceux de dimanche, je trouve que l’on va dans le bon sens.

Je ne pense pas que mon éviction soit du fait de Jean-Luc Mélenchon

Après que le comité électoral soit institué en tant que seule instance politique et qu'il soit devenu le bras armé de la direction avec, à sa tête, celui qui dirige le mouvement, Manuel Bompard, c’est une autre question. Je ne pense pas que mon éviction soit du fait de Jean-Luc Mélenchon. Ce comité électoral s’arroge des prérogatives qu’il n’est pas censé avoir.

 

RT France : En Espagne, on a vu le mouvement Podemos être dans la logique populiste, comme La France insoumise, pour ensuite basculer vers une stratégie d'union des gauches. A l'image de Podemos, ne craignez-vous pas un changement de ligne qui s’instituerait au sein de LFI, en privilégiant l’union des gauches ?

 

F. C. : Chat échaudé craint l'eau froide. Je continue à regarder cela avec beaucoup d’attention. De ce que j’ai entendu de Jean-Luc Mélenchon ces dernières semaines, je trouve qu’on revient à une ligne plus conforme à la ligne fondatrice de La France insoumise. Le contrat politique initial a été fait sur trois choses :

  • L’adhésion au programme «L’avenir en commun», dans lequel je me reconnais totalement
  • La stratégie de la révolution citoyenne qui passe par le fait de fédérer le peuple
  • La fonction tribunitienne incarnée par celui qui fait un pas en avant là-dessus, Jean-Luc Mélenchon.

 

RT France : Malgré tout, si Jean-Luc Mélenchon semble publiquement défendre votre ligne, il ne vous a pas apporté son soutien. Pis, sur les réseaux sociaux, il a préféré éluder cela en disant qu'il en avait «ras-le-bol [de] commenter les déclarations personnelles de tel ou tel des 500 000 insoumis»... N'est-ce pas étrange ?

 

F. C. : Oui c’est étrange. Mais j’entends qu'il est compliqué de se prononcer ou faire des commentaires contre le comité électoral. Moi, je fais de la politique, je mets des idées et des analyses sur la table. Je suis déjà reparti à ce que j’essaie de faire modestement, c'est à dire produire des analyses et essayer d’irriguer le débat public de la pensée de mon camp, qui est celle de l’humanisme radical. Je laisse aux autres le soin de faire leurs petites histoires dans leur coin.

 

RT France :Djordje Kuzmanovic a annoncé son départ de La France insoumise, et vous ?

 

F. C. : Je resterai au sein de La France insoumise. Ce qui la fonde à la base, je n’en ai jamais dérogé. Je n’ai pas bougé d’un iota à quelque moment que ce soit. Je me retrouve toujours pleinement dans le projet de La France insoumise qui reste l’outil, à mon sens, le plus pertinent pour construire et redonner de la confiance aux gens. A un moment politique où tous les cadres sont en train de s’effondrer, Monsieur Macron s’effondre, les cadres institutionnels, organisationnels et les corps intermédiaires également.

Il faut redonner des gages, avoir plus de cohérence sur le long terme, ne pas jouer au yoyo stratégique, redonner de la confiance aux gens en leur expliquant ce que l’on va faire.

C’est quand même un monde que La France insoumise, qui a fait de cette analyse le cœur de sa conception, ne soit pas aujourd’hui en capacité d’en tirer des bénéfices. C’est bien qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Il faut recréer ce chaînon manquant démocratique entre les gens et la représentation. Ça a été la grande force de La France insoumise durant la présidentielle.

On l'a vu dans l’Essonne [lors de l'élection législative partielle avec près de 83% d'abstention] : tout le monde finalement est passé à la trappe, La France insoumise comprise. Sans doute, c’est qu’il faut redonner des gages, avoir plus de cohérence sur le long terme, ne pas jouer au yoyo stratégique, redonner de la confiance aux gens en leur expliquant ce que l’on va faire.

 

RT France :N'avez-vous pas l'impression que la ligne souverainiste, que vous incarnez au sein de LFI, fait peur à des militants et qu'elle a perdu la bataille idéologique face à la ligne Clémentine Autain/Danièle Obono ?

    

F. C. : Je ne l'espère pas. Je ne réduis pas mon engagement à la ligne souverainiste, la souveraineté populaire est le moteur de tout ce qui permet d’impulser la question sociale notamment. La question démocratique, de reconquête de la souveraineté est souvent un préalable pour aller ensuite vers des conquêtes dans le champ social. Je continue à aspirer à créer des majorités populaires et construire une majorité populaire. Cela passe d’abord par cette question démocratique.

 

RT France :Tout de même, ne redoutez-vous pas que votre ligne idéologique soit minoritaire au sein de La France insoumise?

 

F. C. : Non. Qu’elle soit minoritaire au sein de La France insoumise, je n’y crois pas. Je suis persuadé que cette ligne est majoritaire au sein de LFI. Je suis même persuadé  qu’elle est beaucoup plus puissante dans le pays que l’on veut bien nous laisser croire. Mais que, dans l’affichage, de ce qui peut ressortir des jeux d’influence d’untel ou untel, une autre ligne soit survalorisée, c’est sans doute vrai.

Je suis gascon, j’ai la tête dure, je n’ai jamais dérogé aux combat et aux idéaux qui sont les miens. J’entends les porter demain avec force.

Ce qu’il y a dans le cœur et dans l’âme de celles et ceux qui sont nos compatriotes dans le pays, c’est leur attachement profond à la liberté et à la volonté de choisir ce qui est bon pour eux et bon pour  tous. C’est le contrat social français.

Propos recueillis par Bastien Gouly

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