«Tel Aviv sur Seine» divise, Anne Hidalgo et le coordinateur du Parti de gauche s’affrontent

Paris Plages© Charles Platiau Source: Reuters
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La maire de Paris, Anne Hidalgo, et Eric Coquerel, le coordinateur politique du Parti de gauche, se sont exprimés à plusieurs reprises dans la presse, la première justifiant, le second fustigeant, l'événement «Tel Aviv sur Seine».

Une idée «banale pour qui aime les villes au bord de l'eau». C'est ainsi que la maire de Paris Anne Hidalgo définit «Tel Aviv sur Seine», dans une lettre ouverte adressée à nos confrères du Monde, parue le 11 août.

Vivement controversé, cet événement qui doit se tenir sur les berges de Paris-Plage le 13 août, suscite une vive opposition provenant différents bords politiques. Eric Coquerel, le chef de file du Parti de gauche aux élections régionales, a répondu aux questions de RT France et le moins qu’on puisse dire, c’est que ces propos tranchent avec ceux, relatés dans la presse, d’Anne Hidalgo.

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«Rendre une ville ou une population comptable de la politique de son gouvernement»

Boycotter Tel Aviv au nom de la politique du gouvernement israélien ? Un argument auquel Anne Hidalgo a répondu en affirmant que «Tel Aviv reste une ville ouverte à toutes les minorités, y compris sexuelles, créative, inclusive, en un mot, une ville progressiste». Faisant référence à l'affaire sordide du bébé brûlé vif en Cisjordanie par des extrémistes israéliens, la maire de Paris rappelle que «c'est à Tel Aviv qu'ont eu lieu les manifestations de solidarité les plus impressionnantes avec la famille [et que] c'est là-bas que, le 1er août, son oncle a pris la parole pour s'adresser à la foule venue partager sa douleur».

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Mais pour Eric Coquerel, on ne peut pas désolidariser une ville de la politique de son pays. «Dire que Tel Aviv est une ville progressiste, ça me fait penser à l'apartheid en Afrique du Sud», affirme-t-il. «Certaines personnes soutenaient que les sanctions occidentales affectaient les Sud-Africains libéraux, alors qu'ils étaient opposés aux politiques gouvernementales». Sur la base de cette comparaison, le politicien va plus loin : «On ne peut pas, un an après le massacre de Gaza, après les nouvelles annonces de colonisation et au regard de la manière dont le pays contourne le droit international, faire comme si nous avions des rapports normaux avec Tel Aviv».

«On peut condamner la politique du gouvernement Netanyahou sans punir la population israélienne», répond Anne Hidalgo alors que le coordinateur estime qu’«il faut envoyer un message au peuple israélien : quand on contourne le droit international, quand on fait de Jérusalem sa capitale, il y a des conséquences».

«Des valeurs d'échange et de tolérance»

La politique israélienne reste au cœur du débat, et sert les deux argumentaires. Pour la maire de Paris, un tel événement positionne, de fait, la ville en faveur de la paix. «En invitant Tel Aviv sur les berges de la Seine […] notre ville contribue ainsi à une culture de paix et à dépasser les préjugés». Pour elle, agir dans le sens de la paix et mettre Tel Aviv à l'honneur ne sont pas des notions contradictoires. Elle rappelle que Paris avait reconnu la Palestine «avant l’Etat français» et témoigné de sa solidarité avec Gaza «en mobilisant des aides d'urgence après les destructions de l'été dernier».

Un point de vue qu’Eric Coquerel conteste vigoureusement, estimant que «la notion de paix n'est même pas évoquée». Il s’agit pour lui d’un «argument mascarade» et il attristé par l’aspect strictement divertissant d’un événement qui surfe sur un sujet aussi sensible : «Pourquoi ne pas parler de Ramallah ? Pourquoi ne pas inviter des associations qui militent pour la paix ?», s'interroge-t-il. «S'il y a une volonté de mettre en avant des idées progressistes, où est le message anti-raciste ? Où le message de paix ?», déplore le candidat aux régionales.

«La ville qui ne dort jamais»

Au-delà des questions éthiques, c'est sur le bon sens du projet que le débat se focalise. La polémique qui entoure la mise à l'honneur de l’ancienne capitale de l’Etat hébreu laisse craindre une journée mouvementée, des associations de défense de la Palestine ayant d'ores-et-déjà annoncé des actions de protestation. Une pétition, lancée sur internet et relayée par l'association France-Palestine, avait déjà recueilli 12 000 signatures le 10 août.

Malgré une sérénité de façade, Paris prend ses précautions : la mairie prévoit de déployer 300 policiers pour faire face aux risques. Pour Eric Coquerel, la sentence est sans appel : «Tel Aviv sur Seine» est un «mauvais message de com' de la Mairie» et l'événement «donne vraiment une mauvaise image».

Des reproches dont se défend Anne Hidalgo, pour qui le débat est disproportionné. La maire de Paris rappelle que mettre une ville à l'honneur dans le cadre de Paris-Plage est une pratique commune, Tel Aviv arrivant «après Athènes, des villes du Brésil ou de Polynésie». La politicienne justifie le choix de Tel Aviv, «une idée banale», en expliquant que la seconde ville israélienne est «une ville balnéaire appréciée des noctambules du monde entier». Elle rappelle en outre que Tel Aviv «organise une déclinaison locale de [l'événement parisien] la Nuit Blanche» et que «nous échangeons régulièrement dans les domaines de la culture et de la haute technologie».

Quelle que soit l'issue du débat, «Tel Aviv sur Seine» aura bel et bien lieu, le 13 août. Une journée que certains attendent avec impatience et d'autres avec appréhension, mais à laquelle la ville de Paris «invite les Parisiennes et les Parisiens à venir nombreux».

«Encore temps d'éviter une faute politique»

Ce matin, Eric Coquerel et Danielle Simonnet dans une lettre ouverte à l'adresse de la maire de Paris Anne Hidalgo, publiée sur le blog de Mediapart ont assuré qu'il était «encore temps d'éviter une faute politique» en annulant le projet.

Sur les ondes de France-Info, Eric Coquerel a déclaré «On ne peut pas penser qu’il y a une bulle à Tel Aviv où on célèbrerait une dolce vita, la plage, des DJ, le mojito, sans se préoccuper de ce qui se passe». 

«Le mouvement de la paix en Israël est malheureusement aujourd’hui essoufflé, alors que le gouvernement Netanyahou lui-même accroît sa politique de colonisation et de répression», a-t-il ajouté.

«Mme Hidalgo ou M. Julliard (premier adjoint) aujourd’hui reconnaissent que nous avons raison sur le gouvernement israélien, reconnaissent qu’il faut faire quelque chose et expliquent que cette initiative est faite pour la paix», a-t-il poursuivi. «Et bien nous disons chiche. Qu’on en fasse une belle journée pour la paix et non pas une opération de propagande pour, in fine, le gouvernement israélien», a-t-il conclu.

 

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