Interdits de course-poursuite, les policiers vont-ils lancer leur mouvement #PasDeVague ?

Interdits de course-poursuite, les policiers vont-ils lancer leur mouvement #PasDeVague ? © PHILIPPE LAURENSON Source: Reuters
Policiers en faction dans le port de Marseille (image d'illustration).

Les policiers devront-ils lancer une opération #PasdeVague pour se faire entendre ? Plusieurs sources policières ont en tout cas confié à RT France déplorer l'impossibilité de mener à bien leur mission.

Une voiture qui refuse d'obtempérer à un contrôle, un conducteur de deux-roues qui commet un vol à l'arrachée, un véhicule qui circule sans plaque minéralogique : les policiers peuvent-ils encore mener une course-poursuite ? Non ! C'est l'étonnant paradoxe auquel sont confrontés tous les policiers français. Plusieurs d'entre eux, joints par RT France, affirment même que cette situation dure depuis plusieurs années et pas seulement depuis la course-poursuite qui a eu lieu à Paris le 14 août et qui avait abouti à la mort du mis en cause.

Selon les documents émanant de la Préfecture de police et destinés aux gardiens de la paix qu'un policier lanceur d'alerte a transmis à RT France, la doctrine est même très claire : «Les faits qui motivent la poursuite doivent être d'une certaine gravité : fuite ou évasion d'un individu armé ayant l'intention d'attenter à la vie d'un tiers ; auteurs, armés ou non, d'un crime de sang ; auteurs non-identifiés d'autres crimes ou délits aggravés entraînant un préjudice corporel. Dans les autres situations, toute poursuite systématique est exclue, notamment pour ce qui est des refus d'obtempérer.»

Interdits de course-poursuite, les policiers vont-ils lancer leur mouvement #PasDeVague ?

«Aujourd'hui, on prend plus soin des mis en cause que des victimes, c'est le monde à l'envers», enrage Gérald Rivière, porte-parole de l'association policière UPNI. Nathalie, cadre de cette organisation renchérit : «Imaginez-vous à la place des policiers qui doivent expliquer à la femme qui vient de se faire arracher son sac ou son téléphone par un scooter qu'on ne va pas poursuivre les malfaiteurs, qu'on n'en a pas le droit... Qu'on va se contenter de relever la plaque.»

Aujourd'hui, on prend plus soin des mis en cause que des victimes, c'est le monde à l'envers

Nathalie a même un exemple très concret à faire valoir : «La semaine dernière dans mon secteur, un équipage de police a commencé à poursuivre un véhicule sur l'autoroute qui avait déjà percuté quatre autres véhicules. Les fonctionnaires ont fait remonter l'information à la station directrice qui leur a intimé l'ordre de cesser la poursuite. Ils ont malgré tout continué et sont parvenus à interpeller les deux mis en cause à bord du véhicule suspect... Et ce sont les policiers vont probablement devoir répondre de leurs actes !»

Eviter que les banlieues ne s'embrasent

La raison invoquée pour expliquer ce paradoxe par l'association UPNI et le policier lanceur d'alerte est la même : «Acheter la paix sociale» et «éviter que les banlieues ne s'embrasent». C'en est trop pour la Mobilisation des Policiers en Colère (MPC), une association policière, qui affirme sur Twitter ce 30 octobre : «Le #PasDeVagues s'applique depuis bien longtemps dans la Police», en réponse à une publication de RTL sur le sujet. Une référence au mouvement lancé sur les réseaux sociaux par des professeurs dénonçant les efforts de leur hiérarchie pour taire sur les problèmes qu'ils rencontrent.

Au mois de juillet, la Direction départementale de sécurité publique des Bouches-du-Rhône rappelait également la doctrine en vigueur à ses policiers dans un document similaire à celui transmis à RT France. «Ils nous prennent pour des gosses», déplore Nathalie de l'UPNI, qui précise : «Ils nous expliquent comment faire notre travail et vont jusqu'à nous dire qu'il faut allumer nos avertisseurs sonores et lumineux...»

Interdits de course-poursuite, les policiers vont-ils lancer leur mouvement #PasDeVague ?

Peut-être pire pour les policiers sur le terrain qui doivent faire les frais de cette politique du silence instaurée par la hiérarchie : «Les mis en cause connaissent très bien les limites qu'on nous impose et ils en jouent», assure la porte-parole de l'UPNI.

Une opération #PasdeVague à la police... pourquoi pas ? Si cela permet d'éviter qu'il y ait d'autres blessés, d'autres morts

D'autres sources, notamment syndicales, tempèrent et, contactées par RT France, expliquent que la formation à la conduite rapide sur circuit est nécessaire pour assurer une course-poursuite. Mais à en croire l'UPNI, ces formations n'ont plus cours et elles n'ont été dispensées par le passé qu'à très peu de policiers de terrain. Quant à l'explication selon laquelle les renseignements concernant un véhicule mis en cause permettraient aux policiers de savoir si la course-poursuite se justifierait ou pas, là encore, l'UPNI coupe court : «L'état major nous dit d'interrompre la course-poursuite avant même d'avoir la plaque minéralogique... et encore faut-il que le véhicule soit plaqué, ce n'est pas toujours le cas. Par ailleurs on a de plus en plus de refus d'obtempérer.»

Lorsqu'on demande à la porte-parole de l'UPNI si une opération #PasdeVague lui semblerait opportune pour les policiers, elle répond : «Pourquoi pas ? Si cela permet d'éviter qu'il y ait d'autres blessés, d'autres morts.»

En tout état de cause, la plainte déposée par le nouveau ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, à l'encontre du jeune homme qui a lancé sur les réseaux sociaux les rumeurs de purges policières ne suffira peut-être pas à calmer la grogne des forces de l'ordre qui enfle depuis plusieurs mois en France.

Antoine Boitel

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