Des travailleurs marocains réduits en esclavage dans des exploitations agricoles en France ?

Des travailleurs marocains réduits en esclavage dans des exploitations agricoles en France ?© DESIREE MARTIN Source: AFP
Un travailleur marocain dans une exploitation agricole située à Tenerife aux Canaries, le 19 août 2013 (image d'illustration).

Employés via une société espagnole dans des exploitations agricoles du sud de la France, cinq travailleurs détachés marocains ont dénoncé le 4 octobre devant la justice leurs conditions de travail qui s’apparentaient selon eux à de l’esclavagisme.

Cinq travailleurs marocains employés par le biais d’une société d’intérim espagnole dans des exploitations agricoles du sud de la France, ont attaqué le 4 octobre devant les prud'hommes d’Arles la société d'intérim espagnole Laboral Terra et huit de ses sociétés utilisatrices, spécialisées dans le conditionnement de fruits et légumes. Entre 2012 et 2017, elles n’auraient pas indemnisé les heures supplémentaires, les primes de précarité et les congés. 

Ce n'est plus du travail détaché mais de l'esclavage

Présents à l’ouverture de l’audience, deux employées ont décrit leur travail précaire. «Certains mois d'été, on a travaillé 260 heures, puis d'autres mois, plus du tout et notre contrat s'arrêtait sans préavis», a ainsi affirmé une certaine Yasmine. «Ce n'est plus du travail détaché mais de l'esclavage» s’est-elle les travailleurs marocains en question étant détachés en France depuis l'Espagne.

Rien n'est respecté

De son côté, une femme du nom de Soumia a raconté avoir été subitement licenciée à l'issue d'une visite médicale révélant sa grossesse. «On portait des cagettes de 12 kilos, c'était très dur. On s'arrêtait de travailler uniquement quand il n'y avait plus de commandes», a-t-elle par ailleurs rapporté. «Rien n'est respecté. On a profité de la situation précaire de salariés démunis dont la seule volonté est de travailler», a plaidé Bernard Petit, l'avocat des cinq travailleurs détachés marocains.

Les travailleurs détachés marocains exigent la requalification de leurs contrats de travail en contrats à durée indéterminée (CDI) ainsi que le versement de 13 800 et 37 000 euros. Ces sommes intègrent les rappels sur salaires ainsi que les indemnités pour «licenciement sans causes réelles et sérieuses ». Ils demandent en outre 6 500 euros de dommages et intérêts pour «marchandage» et «prêt illicite de main-d’œuvre».

De son côté, la société Laboral Terra s’est défendue d’avoir enfreint le code du travail français et de s'être livrée à des pratiques esclavagistes. «L'adresse des salariés était en Espagne, leur contrat de travail rédigé en langue espagnole et régi selon des textes de loi espagnols», a souligné l'avocate de la société d'intérim, Charlène Martane.

Egalement dans le collimateur des travailleurs détachés marocains, les sociétés utilisatrices ont rejeté toute accusation d'esclavagisme. «On se trompe de cible. Les sociétés utilisatrices apparaissent pour des esclavagistes, alors que ce sont des sociétés familiales [qui] au pic de la saison ont des difficultés à recruter suffisamment de personnel sur une période courte et intense», a défendu Gilles Guiguet, avocat de deux exploitants agricoles. Le tribunal rendra son verdict le 7 février 2019.

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