Travailleurs détachés : les routiers bloquent les autoroutes pour dénoncer un «dumping social»

Travailleurs détachés : les routiers bloquent les autoroutes pour dénoncer un «dumping social»© Jean-Pierre Clatot Source: AFP
Routiers manifestant devant le tunnel de Fréjus, près de la frontière italienne, le 21 novembre 2017.

Opérations escargots ou barrages filtrants : les routiers se sont mobilisés dans plusieurs endroits en France pour protester contre la décision de les exclure de la directive révisée du travail détaché en Europe.

Le 21 novembre, au petit matin, une cinquantaine de routiers se sont mobilisés en bloquant la sortie du tunnel de Fréjus (Savoie) à l’appel de l’intersyndicale des routiers (CFDT, CGT, FO, CFTC, CGE-CGC). Ils ont retenu plusieurs centaines de camions en empêchant tout transport de marchandises. Ils entendent dénoncer la révision de la directive européenne sur les travailleurs détachés obtenue par Emmanuel Macron et présentée comme une victoire, mais qui ne s'appliquera pas à leur secteur.

200 routiers français et belges ont également manifesté à la frontière franco-belge et ont organisé une opération escargot sur l’A22, l’autoroute Lille-Gand.

Les employeurs des routiers européens venant travailler en France pourront donc toujours payer les charges appliquées dans leurs pays d'origine, créant donc une situation de concurrence jugée déloyale et qualifiée par les routiers de dumping social. «On ne veut pas que les routiers soient les esclavagistes de la route. Quand les gens sont sur le sol français, ils doivent avoir les mêmes droits. Quand ils viennent travailler ici pour deux fois moins cher que nous, on a du mal à garder son boulot», a expliqué à l'AFP le syndicaliste Antoine Fatiga, de la CGT.

La Fédération européenne des travailleurs des transports a prévu une semaine entière de mobilisation. D'autres blocages sont attendus dans la journée aux frontières françaises. 

La révision controversée d'un dispositif contesté

Les ministres du Travail et des Affaires sociales de l'Union européenne s’étaient entendus le 23 octobre sur un accord sur la révision de la directive de 1996 sur les travailleurs détachés.

Souhaitée par la France et l’Allemagne, elle était redoutée par les pays d’Europe de l’Est, qui profitent le plus du système de travail détaché. Pour obtenir un compromis avec ces pays opposés à la réforme, comme la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, qui craignaient notamment pour leurs chauffeurs, la France a donc accepté d’exclure le transport routier de la nouvelle directive sur le travail détaché.

Ce dispositif qui permet au travailleur de cotiser dans son pays d’origine tout en travaillant dans un autre pays d'Europe, ne pourra désormais plus excéder les 12 mois, sauf dérogation permettant de prolonger la période de travail de 6 mois. Néanmoins, seul un faible nombre de travailleurs détachés effectuent des missions excédant cette durée.

En 2016, pour la deuxième année consécutive, le nombre de travailleurs détachés en France a progressé de 23,8%, atteignant un total de 354.151 salariés, selon des chiffres de la Direction générale du Travail.

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