Rouvrir les maisons closes ? «Pas question», «inenvisageable», alertent les associations

Rouvrir les maisons closes ? «Pas question», «inenvisageable», alertent les associations© Christian Charisius Source: Reuters
Deux prostituées posent sur un lit dans une maison close d'Hambourg en Allemagne en 2009 (image d'illustration).

Valérie Gomez-Bassac, députée LREM du Var, a déclaré être favorable à la réouverture des maisons closes. Interrogées par RT France, les associations venant en aide aux prostituées repoussent catégoriquement cette idée.

Lors d'une réunion avec la gendarmerie de Roquebrussane (Var), Valérie Gomez-Bassac, députée LREM du Var, a annoncé être favorable au retour des maisons closes et dit «assumer cette position», propos repris dans le quotidien Var Matin le 1er septembre. Une annonce qui a fait bondir le milieu associatif qui œuvre aux côtés des travailleuses du sexe. 

Le récent meurtre d'une prostituée le 17 août au bois de Boulogne en région parisienne avait témoigné de la violence dont sont victimes les prostituées en France. Dans sa circonscription du Var, la députée déplorait la forte présence de la prostitution, dénonçant des «conditions d’hygiène et de sécurité intolérables». Pour y remédier, elle avait estimé sur France Bleu le 4 septembre qu'il faudrait «un contrôle au niveau des déclarations pour que les femmes puissent déclarer leur activité et être suivies pour s'assurer qu'elles exercent dans de bonnes conditions».

Les associations contactées par RT France n'ont pas trouvé ces idées à leur goût. «Les maisons closes : c’est un grand classique. Personne ne connaît vraiment la prostitution, que ce soit les politiques ou les journalistes. Mais s'ils écoutent les femmes, il n’est pas pas question de faire un bond en arrière», s'insurge Françoise Gil, présidente de l'association le Bus des femmes, une association travaillant avec des prostituées en Ile-de-France.

Même écho au Mouvement du nid, une association d'accompagnement et de sensibilisation, favorable à l'abolition de la prostitution. «En 2006, nous contestions déjà la réouverture des maisons closes, l’éternelle tentation des gouvernements… ce n’est pas juste une mauvaise idée, c’est totalement inenvisageable», explique Sandrine Goldschmidt, sa chargée de communication.

«Je connais des femmes qui ont vécu en maison close, et qui ne veulent plus de ce genre de cadrage. Elles ne veulent pas qu'on établisse un contrôle sur leur corps. Elles sont libres et réclament leur liberté individuelle et collective», affirme Françoise Gil. 

«L'expérience du passé et des pays qui institutionnalisent la prostitution montrent que ça n'a pas limité la traite des êtres et pas davantage assuré leur sécurité», assure Sandrine Goldschmidt. 

Le drame des bordels en Europe

Quel enseignement peut-on tirer de l'expérience des maisons closes ? «Ouvrir un bordel en Allemagne est plus simple qu’ouvrir une baraque à frites, il n'y a aucun contrôle», estime Sandrine Goldschmidt. «En Allemagne il faut mettre un préservatif désormais, mais qui va forcer le client ? Ni la prostituée, ni le patron pour qui le client est roi. De plus, il y aurait entre 200 000 et 400 000 prostituées dans leurs 3 000 établissements : il est impossible d'obtenir un chiffre : pourquoi ?», poursuit-elle. En comparaison, la France en compterait 10 fois moins. La chargée de communication du Mouvement du nid s'interroge sur les chiffres allemands, imaginant que les maisons closes y ont accru le phénomène de prostitution de manière exponentielle. «Et la majorité sont des étrangères. Donc cela développe la traite des êtres humains. Au Pays-bas c'est la même chose, 90% des prostituées sont victimes de la traite», poursuit-elle.

Faciliter les activités des travailleurs du sexe ou interdire la prostitution ?

Mais que faire face à la recrudescence des agressions envers les prostituées ? «Une femme a failli être brûlée vive il y a 16 mois, une autre a été braquée avec une arme à feu», dénonce François Gil, remarquant de plus en plus de comportements déplorables de la part des clients qui marchandent les prix ou refusent le préservatif. Selon elle, une partie de ces violences sont dues à la pénalisation du client, «une idée stupide» de «personnes qui ne connaissent rien au terrain». Les clients les plus standards fuiraient les ennuis avec la police, laissant place à des hommes plus violents et marginaux.

Pour lutter contre ces phénomènes, Sandrine Goldschmidt, abolitionniste, envisagerait de durcir encore la loi actuelle : «Il faut continuer à décourager la demande et appliquer la loi en punissant plus fortement les hommes qui s'attaquent à des prostituées. Il faudrait lutter contre le proxénétisme et responsabiliser, dire qu’on n’achète pas le sexe d’un autre être humain. Les femmes qui souhaitent quitter la prostitution doivent être accompagnées.» Selon elle, la Suède a obtenu des résultats avec sa loi répressive contre les clients au bout de dix ans.  

A l'opposé de la chargée de communication de Mouvement du nid, Françoise Gil souhaite que les prostituées puissent avoir un statut d'auto-entrepreneur, avec des salaires, quitte à partager un appartement à plusieurs sans proxénète, mais sans que l'une d'entre elles puisse être taxée de l'être. Elle recommande de lutter contre les réseaux mafieux de prostitution transnationales, comme les filières nigérianes, pointant qu'il s'agit d'une «compétence de l'Etat», tout en reconnaissant que les équipes de police n'ont pas les moyens nécessaires pour le faire. 

Mais sur le sujet des maisons closes, elle a décidé de réagir. «L'opinion publique est pour. Tous les gens qui ne connaissent pas le sujet ont cette idée. J'ai contacté la députée pour lui expliquer», conclut Françoise Gil.

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