Rapport appelant à marginaliser RT : «Nous avons toujours la même tête de turc» (ENTRETIENS)

Rapport appelant à marginaliser RT : «Nous avons toujours la même tête de turc» (ENTRETIENS)
Les locaux de RT France à Boulogne-Billancourt (image d'illustration).

Interviewés par RT France, plusieurs politiques ont dénoncé le rapport présenté à la ministre des Armées le 4 septembre, visant notamment RT France. Va-t-on vers une «une police de la pensée», comme le craint l'eurodéputé insoumis Younous Omarjee ?

Le rapport officiel du 4 septembre intitulé «Les manipulations de l'information, un défi pour nos démocraties», qui décrit notamment RT et Sputnik comme des organes de propagande et appelle Etats, société civile et acteurs privés à prendre des mesures à leur encontre, a fait bondir plusieurs personnalités politiques de l’opposition.

Younous Omarjee (La France insoumise) : «Il y a un contexte global pour faire rentrer l'information dans un moule»

Sur le plateau de RT France ce 5 septembre, l'eurodéputé de La France insoumise (LFI) Younous Omarjee, regrette ainsi que «sous couvert de chasse aux fake news, on veuille exercer au fond une police de la pensée». Alors que les auteurs du rapport recommandent aux Etats de «marginaliser», entre autres, RT France, Younous Omarjee s'interroge sur un «traitement» inégal, par le pouvoir, de RT et des autres médias : «Il ne faut pas croire qu'il n'y a pas de ligne rédactionnelle au sein des médias. Il y a des partis pris. Vous prenez [la chaîne américaine privée] Fox news, que l'on peut voir en Europe, Fox news a un parti pris pour l'information et cela est accepté parceque chacun a un peu de recul sur ce qu'il voit.»

L'eurodéputé insoumis ajoute : «Je crois qu'il y a un contexte global pour faire rentrer l'information dans un moule et il faut agir si on est un démocrate».

Damien Lempereur (Debout la France) : «On oublie  systématiquement de regarder la manipulation de l'information par l'UE»

Egalement interrogé par RT France ce 5 septembre, Damien Lempereur, porte-parole de Debout la France (DLF), estime que la publication du document survient à «un timing très approprié [...] au moment où la loi anti-fake news, que le gouvernement a essayé de faire passer, a été justement combattu à l'Assemblée nationale». Les propositions de loi anti-fake news, rejetées massivement par le Sénat fin juillet après leur vote à l'Assemblée nationale, doivent repasser en deuxième lecture devant la chambre basse du Parlement. Les élus de l'opposition, à l'Assemblée comme au Sénat, ont dénoncé le caractère liberticide de ces propositions de loi.

Damien Lempereur note en outre qu'«il y a une volonté du pouvoir [...] de choisir [ce qu'est] une information que l'on peut diffuser et [ce qu'est une information] qui, selon le gouvernement, ne pourrait pas être diffusée.» Pour le souverainiste, «[le] gouvernement viendrait [ainsi] se substituer aux journalistes et plus largement à l'expression [et] à la pluralité démocratiques».

[On] oublie [aussi] systématiquement de regarder la manipulation de l'information par l'Union européenne 

Damien Lempereur dénonce, par conséquent, un rapport «particulièrement orienté», qui vise RT. Il y voit ainsi «un deux poids, deux mesures», la France oubliant «systématiquement de regarder, par exemple, vers les Etats-Unis». «[On] oublie [aussi] systématiquement de regarder la manipulation de l'information par l'Union européenne [...] et [par] d'autres pays comme l'Arabie Saoudite, le Qatar, dont on ne parle jamais», ajoute-t-il.

«Nous sommes faibles avec les forts et nous avons toujours la même tête de turc», estime ce cadre du parti DLF, présidé par Nicolas Dupont-Aignan.

Jean-Frédéric Poisson : «Rien, à mes yeux, ne justifie ce traitement différencié en fonction des organes de presse»

Enfin, Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate, réagissant à la publication du rapport pour RT France, estime qu'«on ne combat la désinformation, par l'interdiction, mais par la vérité». L'ex-candidat à la primaire de la droite dénonce d'ailleurs la responsabilité, selon lui, de l'exécutif, dans la diffusion de rumeurs à l'occasion de l'affaire Benalla : «Quand vous êtes en situation de délivrer des informations [lorsque] vous exercez le pouvoir, et que vous refusez de le faire [...] vous ouvrez la porte à la diffusion de toutes les rumeurs, de toutes les fausses informations.»

Pour l'ancien député, l'Elysée n'a pas à choisir les médias à ostraciser ou non, comme le préconise le rapport, car «nous sommes dans une tradition dans laquelle la presse est libre» en France. «Rien, à mes yeux, ne justifie ce traitement différencié en fonction des organes de presse, de ceux qu'on aime et de ceux qu'on n'aime pas, sinon ça s'apparente clairement à de la censure», argumente-t-il.

Le rapport intitulé «Les manipulations de l'information, un défi pour nos démocraties»  a été réalisé par quatre experts issus du Centre d'analyse, de prévision et de stratégie du ministère des Affaires étrangères (CAPS) et l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire (IRSEM), rattachés à des ministères, et présenté le 4 septembre au ministre des Armées Florence Parly.

En 214 pages, les auteurs du document évoquent les dangers que représentent la propagande des groupes djihadistes comme Daesh, ainsi que l'influence grandissante de la Chine. Mais l'écrasante majorité du texte est consacrée à la Russie et, à travers elle, notamment RT.

Lire aussi : «Fake news» ? De l'Elysée au gouvernement, ces cinq fois où l'exécutif français a malmené la réalité

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