Salafisme: des sénateurs pointent des «zones ghettoïsées» et préconisent la déchéance de nationalité

- Avec AFP

Salafisme: des sénateurs pointent des «zones ghettoïsées» et préconisent la déchéance de nationalité© Eric Gaillard
Des membres du service d'intervention du RAID en mars 2017 à Grasse, illustration

Dans un rapport rendu public ce 10 juillet, deux sénateurs étrillent le laisser-faire des pouvoirs publics face à «l'enracinement du salafisme en France» et s'inquiètent de la multiplication de «zones ghettoïsées» sur le territoire.

Le 10 juillet, soit trois jours avant la présentation d'un nouveau plan de lutte contre le terrorisme par Matignon, un rapport du Sénat s'inquiète des «réelles insuffisances» dans le traitement de la menace intérieure et cible tout particulièrement le danger du salafisme. Pilotée par les sénateurs Bernard Cazeau (LREM) et Sylvie Goy-Chavent (Union centriste), la commission d'enquête brosse le tableau d'une menace terroriste devenue essentiellement intérieure.

Recourir plus régulièrement à la déchéance de nationalité

«La menace qui au départ pouvait nous paraître inquiétante, celle des "returnees" [les revenants de la zone irako-syrienne], paraît maîtrisée», résume Sylvie Goy-Chavent. Selon le rapport, 278 adultes sont revenus en France et tous les majeurs y compris les femmes sont systématiquement judiciarisés.

«Aujourd'hui la menace est endogène avec des individus un peu frustrés de ne pas avoir pu partir en zone irako-syrienne et qui du jour au lendemain, peuvent être motivés par des actions sur le territoire», complète la sénatrice.

Le manque de courage conduit trop souvent à fermer les yeux sur la place du salafisme en France, tandis que certains individus surveillés ne sont pas toujours empêchés de passer à l'acte

La commission d'enquête sénatoriale sur «l'organisation et les moyens des services de l'Etat pour faire face à l'évolution de la menace terroriste après la chute de l'Etat islamique», reconnaît l'effort des chantiers mis en œuvre par les pouvoirs publics depuis 2015, mais fait part de «fortes inquiétudes pour l'avenir» face à l'évolution de la menace.

Les deux sénateurs fustigent les «tâtonnements» de l'administration pénitentiaire en matière de prise en charge des détenus radicalisés. Ils critiquent également une lutte contre la propagande islamiste sur internet et les réseaux sociaux «pas à la hauteur des enjeux». Ils formulent 63 propositions dans les domaines de l'éducation, du renseignement ou encore de la coopération extérieure parmi lesquelles : encourager l'expulsion des fichés S (pour sûreté de l'Etat) radicalisés de nationalité étrangère, suivre à long terme des mineurs revenants, créer des pôles de lutte contre l'islam radical dans chaque département ou encore appliquer aux détenus binationaux condamnés pour terrorisme la déchéance de nationalité.  

Les sénateurs dénoncent l'enracinement du salafisme en France

Surtout, les sénateurs adressent une violente charge contre «l'enracinement du salafisme en France», courant rigoriste de l'islam qui, selon les estimations rapportées par la commission, réunirait de 40 000 à 60 000 adeptes dans l'Hexagone. Selon eux, il «constitue le terreau idéologique du djihadisme dans un contexte propice au terrorisme "inspiré"».

Le rapport accumule les griefs contre les «zones ghettoïsées» sans que celles-ci ne soient explicitement désignées. Les sénateurs plaident pour un «retour de la République», «davantage de mixité» et préconisent une mobilisation de l'arsenal juridique. Ils se montrent également en faveur de l'inscription du salafisme sur la liste des dérives sectaires de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

L'«inaction coupable des pouvoirs publics» est également fustigée : «le manque de courage conduit trop souvent à fermer les yeux sur la place du salafisme en France, tandis que certains individus surveillés ne sont pas toujours empêchés de passer à l'acte», expliquent ainsi les séntateurs.

Ils recommandent à ce sujet «de faire des maires des acteurs à part entière du renseignement et de les convier, en conséquence, aux groupes d’évaluation départementaux, pour leur permettre d’accéder aux personnes signalées inscrites au FSPRT [fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste]», qui contient environ 20 000 noms. Le rapport égratigne par ailleurs un fichage jugé «massif et peu différencié des "cibles"» ou encore la création auprès d'Emmanuel Macron de la coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT), une évolution considérée comme «cosmétique».

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