Prévention contre l'abus d'alcool : une conseillère d'Emmanuel Macron accusée de conflit d'intérêts

Prévention contre l'abus d'alcool : une conseillère d'Emmanuel Macron accusée de conflit d'intérêts© Ludovic Marin Source: AFP
Le président français Emmanuel Macron au dîner du Crif le 7 mars 2018. (image d'illustration)

Y a-t-il un conflit d'intérêts à l'Elysée ? Mediapart révèle que la conseillère d'Emmanuel Macron sur le plan de prévention contre l'alcool est une ancienne lobbyiste... de la filière viticole. Elle n'a pas jugé utile de se dessaisir du dossier.

Les producteurs et les distributeurs de vin sont considérés comme des interlocuteurs de choix sur les questions de prévention de l'abus d'alcool et captent à ce titre l'attention des décideurs. Cependant, il semblerait qu'une conseillère du président de la République sur ce dossier soit juge et partie, elle est en tout cas accusée de conflit d'intérêts par Mediapart.

L'association Vin & Société, qui est officiellement référencée comme un lobby et représente plus de 500 000 acteurs de la filière, doit remettre dans les prochains jours un rapport public sur ses préconisations de prévention contre l'abus d'alcool. Une approche nouvelle au sommet de l'Etat : certains acteurs de la prévention considèrent en effet que la filière vin n'est pas la plus à même de s'occuper de la prévention.

Or, Audrey Boulloreau, la conseillère présidentielle sur le sujet, a elle-même été déléguée générale de Vin & Société de 2012 à mai 2017. Elle a également travaillé dans plusieurs sociétés ou organismes du secteur tels que la maison Baron Philippe de Rothschild, France Boissons ou le syndicat de l’Union des Côtes de Bordeaux.

Conseillère «agriculture, pêche, forêt et développement rural» de l'Elysée, elle n'a, selon les informations de Mediapart, pas jugé utile de se retirer de ce dossier.

Audrey Bourolleau a même reçu début 2018 une délégation de Vin & Société, son ancien employeur. Selon la loi, un conseiller est tenu de se déporter d'un dossier afin de prévenir les situations de conflit d'intérêts dans lesquelles il se trouve ou pourrait se trouver. Le site d'information en ligne rappelle par exemple le cas de Thierry Aulagnon, recruté au poste de directeur de cabinet du ministre de l’Economie et des Finances Michel Sapin à l'été 2016. Précédemment employé de la Société générale, il avait décidé de s'écarter de tous les sujets relatifs à la banque française. 

Plusieurs professionnels de la santé avaient désapprouvé sa nomination en mai 2017

Michel Sapin avait même à l'époque écrit aux membres de son cabinet pour leur demander d'«ignorer» Thierry Aulagnon pour toute question relevant de la Société générale mais aussi d'autres groupes avec lesquels il avait un lien.

Vin & Société n’est pas une structure de représentation d’un intérêt particulier. Il s’agit d’une structure associative non lucrative qui concerne l’ensemble du secteur viti-vinicole

Audrey Bourolleau assure à Mediapart «ne [s'être] jamais trouvée dans une position de conflit d’intérêts» depuis sa prise de fonctions car l'association Vin & Société regroupe «toutes les interprofessions viticoles françaises, c’est-à-dire tous les vignerons et tous les négociants de toute la France». Un point de vue partagé par le secrétariat général de l’Elysée : «Vin & Société n’est pas une structure de représentation d’un intérêt particulier. Il s’agit d’une structure associative non lucrative qui concerne l’ensemble du secteur viti-vinicole.»

En mai 2017, déplorant que le choix des conseillers du président ne reflète pas sa promesse de campagne de moraliser la vie politique, des associations et des experts avaient déjà mis en garde quant à la nomination d'Audrey Bourolleau. Onze associations d’addictologues et six experts en santé publique pointaient alors du doigt le risque que «la politique agricole et viticole se fasse au détriment d'une politique efficace de lutte contre les consommations nocives d'alcool».

Ce 27 juin, les producteurs et négociants français de vins, bières et spiritueux ont proposé près de cinq millions d'euros afin de financer pendant quatre ans des actions de prévention contre la dépendance à l'alcool.

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