Un plan banlieue à 48 milliards d'euros ? Macron «ne croit pas» à des propositions de «mâles blancs»

- Avec AFP

Un plan banlieue à 48 milliards d'euros ? Macron «ne croit pas» à des propositions de «mâles blancs»
Photo ©Ludovic MARIN / POOL / AFP

Après avoir étudié le rapport remis par l'ex-ministre de la Ville Jean-Louis Borloo en avril, Emmanuel Macron a livré le fruit de ses réflexions. Le président a rejeté toute idée de plan pour les banlieues, lui préférant un changement de «méthode».

Emmanuel Macron a prévenu ce 22 mai 2018 qu'il n'allait «pas annoncer un plan ville, un plan banlieues». Le président a en outre estimé que le plan présenté par Jean-Louis Borloo en avril dernier était trop cher. Au cours d'un long discours, le chef d'Etat a plutôt fait valoir les mesures prises par son gouvernement : police de sécurité du quotidien, dédoublement des classes de CP, emplois francs (aides aux employeurs sous conditions géographiques), aides pour que les jeunes de banlieue trouvent stages et apprentissages.

Cela n'aurait aucun sens que deux mâles blancs, qui ne viennent pas de ces quartiers proposent un plan

Emmanuel Macron a jugé qu'une telle stratégie était «aussi âgée que [lui]» et appelé à «changer de méthode» pour sortir de l'«assignation à résidence» dans les quartiers défavorisés.

«Aujourd'hui poursuivre dans cette logique est poursuivre dans l'assignation à résidence, la politique spécialisée», a-t-il estimé avant de marteler : «Je n'y crois pas.» «Cela n'aurait aucun sens que deux mâles blancs, qui ne viennent pas de ces quartiers proposent un plan», a-t-il encore lancé, taclant au passage Jean-Louis Borloo.

«Loin des idées reçues sur les banlieues et des annonces sans effets, on change de méthode», reprenait pour sa part le fil Twitter de l'Elysée.

Une «agence nationale de cohésions des territoires»

S'inscrivant dans un projet de rénovation urbaine, Emmanuel Macron a également évoqué une «agence nationale de cohésions des territoires». «Nombre de nos territoires ont un problème d'équipements», a-t-il noté. «[Il faut] qu'on réfléchisse à avoir cet opérateur de rattrapage qui permette, dans les quartiers comme dans les  zones rurales de mobiliser les financements publics», a ajouté Emmanuel Macron. «Arrêtons d'opposer les territoires entre eux», a-t-il martelé, appelant à une «société de la mobilisation». Dans le cadre de la lutte contre la discrimination à l'embauche, Emmanuel Macron a annoncé le déploiement d'un «testing» (tests anonymes pour détecter les cas de discrimination à l'embauche, au rythme de 40 par an pendant trois ans) dans les 120 plus grandes entreprises.

Discours racistes en banlieue : «C'est en train d'empirer» pour Macron

Sur les copropriétés dégradées dans les quartiers dits difficiles, le président a souhaité accompagner les établissements fonciers et définir d'ici à juillet 2018 une dizaine d'opérations d'intérêt national qui permettraient d'accélérer le travail de requalification. Emmanuel Macron a en outre annoncé un plan de lutte contre le trafic de drogue dans les cités «d'ici juillet».

S'exprimant longuement, le chef de l'Etat a également déploré une augmentation des discours racistes et antisémites dans les quartiers, et appelé à la «lutte» contre ce phénomène. «Il faut regarder les choses en face : c'est en train d'empirer», a-t-il assuré, promettant que les pouvoirs publics allaient «faire appliquer la loi sur les discours racistes».

Jean-Louis Borloo malgré tout satisfait des annonces présidentielles

Malgré la fin de non-recevoir donnée à son plan banlieue de grande ampleur et doté d'un budget initialement estimé à 48 milliards, l'ex-ministre de la Ville Jean-Louis Borloo a salué les déclarations d'intentions d'Emmanuel Macron. Selon lui, les préconisations de son rapport «Vivre ensemble - vivre en grand», remis au chef de l'Etat le 26 avril dernier, ont été reprises par le président de la République. «Les 19 points du rapport y sont tous [...] Je n'en vois pas un qui manque, sauf peut-être le programme "A la rencontre de l'autre"», a-t-il déclaré à l'AFP à l'issue du discours du chef de l'Etat. «Après c'est un art de l'exécution», a-t-il conclu.

Alexandre Keller

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