«Je n'ai plus rien, je ne suis plus rien, je suis mort» : Cahuzac victime d’une «fatwa» ?

«Je n'ai plus rien, je ne suis plus rien, je suis mort» : Cahuzac victime d’une «fatwa» ?© Eric FEFERBERG Source: AFP
Photo d'illustration : Jérôme Cahuzac à la sortie du tribunal, le 21 février 2018

Condamné en première instance à 3 ans de prison ferme pour fraude fiscale et blanchiment, Jérôme Cahuzac sera fixé sur son sort le 15 mai. En amont, le magazine Paris Match s’applique à décrire la «descente aux enfers» de l’ancien ministre.

Quelques jours avant que la cour d'appel ne rende son verdict, le 15 mai, Jérôme Cahuzac patiente en Corse. Pour décrire l'attente de l'accusé, le magazine Paris Match s'est livré à un récit particulièrement lyrique, reprenant à l'envi les témoignages de son entourage.

«Paria de la République», «banni de la société» ou encore «ermite [...] éradiqué» : l'hebdomadaire rapporte les propos des «rares amis» de Jérôme Cahuzac. Ici anonymes, là à visages découverts, les proches de l'accusé semblent consternés. Entre compassion et apitoiement, les témoignages s'enchaînent. Voici par exemple comment le lobbyiste Paul Boury aurait décrit sa rencontre avec Jérôme Cahuzac, alors que ce dernier partait pour la Corse, où il réside actuellement : «L’année dernière, j'ai croisé [Jérôme Cahuzac] dans une salle d’attente de l’aéroport de Paris. Il était dans un coin, recroquevillé, avec des lunettes pour ne pas être reconnu. Comme un animal qui se terre.»

En attendant le verdict, c'est donc sur l'île de Beauté que l'accusé «purge une tout autre peine», selon les mots de Paris Match. «Il [y] vit avec son chien, tout seul comme un malheureux», affirme le sénateur François Patriat, «un des seuls socialistes à ne pas lui avoir tourné le dos», précise l'hebdomadaire. Et le parlementaire de s'attendrir sur le quotidien de l'accusé en le citant : «Il me dit qu’il court, qu’il lit, qu’il fait de la pêche sous-marine et du vélo.» Quelques lignes plus tard, François Patriat s'applique à retranscrire les propos de Jérôme Cahuzac : «Il me dit : "Je n’ai plus rien, je ne suis plus rien, je suis mort... Je suis mort socialement"». Au fil de la lecture de cette «descente aux enfers» dépeinte par Paris Match, certains pourront s'émouvoir d'un nouveau témoignage du lobbyiste Paul Boury : « Il avait une telle énergie, une puissance intérieure, une volonté. Aujourd’hui, il est vidé de l’intérieur. »

On apprend bientôt que dans son malheur, l'accusé n'est pas seul : un médecin anesthésiste, resté anonyme, ou encore la Financière Pinault (société appartenant à la famille Pinault), telles sont les personnes (physiques ou morales) qui tentent d'aider Jérôme Cahuzac à remonter la pente. Mais aider un «paria de la République» n'est pas sans danger, affirme Paris Match, rapportant les propos d'un proche du dossier : «On est quelques-uns à lui avoir confié des missions pour l’aider. Mais dès que vous le faites travailler, vous êtes dans le collimateur de la police. Comme si une espèce de fatwa pesait sur lui.»

Dans l'attente du verdict de la cour d'appel, on se souviendra des propos de l'accusé, tenus en février alors qu'il était au tribunal, le jour de son jugement : « Je ne souhaite pas que ma mère et mes enfants me voient aller en prison. J’éprouve un sentiment assez banal, la peur. La peur d’aller en prison, j’imagine comme tout le monde.» Verdict le 15 mai.

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