Maintien en détention jusqu'à son procès d'Ahed Tamimi, ado pasionaria de la cause palestinienne

- Avec AFP

Maintien en détention jusqu'à son procès d'Ahed Tamimi, ado pasionaria de la cause palestinienne © Thomas Coex Source: AFP
La blonde Ahed Tamimi lors d'une audience au tribunal militaire d'Ofer, dans le village de Betunia le 15 janvier 2018.

Ses coups de poing à des soldats de Tsahal l'ont conduite en prison. Symbole de la lutte contre l'occupation israélienne, Ahed Tamimi, 16 ans, restera en détention jusqu'à son procès, selon la volonté d'un tribunal militaire israélien.

Un tribunal militaire israélien a décidé le 17 janvier de maintenir en détention jusqu'à son procès, malgré son âge, l'adolescente Ahed Tamimi, devenue pour les Palestiniens une icône de l'engagement contre l'occupation israélienne.

La décision rendue par un juge militaire à la prison d'Ofer, en Cisjordanie occupée, signifie potentiellement qu'Ahed Tamimi, âgée de 16 ans et arrêtée en décembre à la suite d'une vidéo devenue virale la montrant frapper des soldats israéliens, pourrait rester en détention pendant des mois.

«La gravité des faits dont elle est accusée n'offre pas d'alternative à [sa] détention [jusqu'à la fin de la procédure]», a déclaré le juge militaire, en présence d'Ahed Tamimi, impassible dans un blouson de détenue. L'armée a également fait savoir que le tribunal avait ordonné que la mère d'Ahed Tamimi, Nariman, reste en détention jusqu'à son procès.

L'altercation qui a eu raison de la liberté de l'adolescente militante

Ahed Tamimi, sa mère et sa cousine Nour, 20 ans, ont été arrêtées les 19 et 20 décembre.

Elles sont les protagonistes d'une vidéo devenue virale filmée le 15 décembre, qui montre Ahed et Nour Tamimi bousculer deux soldats, puis leur donner des coups de pieds et de poings en Cisjordanie, territoire occupé par l'armée israélienne depuis plus de 50 ans. La mère apparaît dans la vidéo avec l'apparente volonté initiale de s'interposer. La scène se déroule à proximité de la maison des Tamimi.

Les soldats demeurent impassibles face à ce qui semble relever davantage de la provocation que de la volonté de faire mal. Parmi les 12 charges retenues contre l'adolescente, beaucoup concernent des insultes dirigées contre les soldats qu'elle aurait selon le tribunal, traités d'«assassins d'enfants», de «nazis» et de «voleurs». 

Profonde inquiétude

Les images ont été tournées dans le village de Nabi Saleh devant la maison des Tamimi dans le contexte des protestations palestiniennes alors quasiment quotidiennes contre la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël. Depuis cette annonce le 6 décembre, 17 Palestiniens ont été tués dans des violences.

Les Palestiniens, dont le président Mahmoud Abbas, se sont répandus en louanges sur Ahed Tamimi, comme un exemple de courage et de dénonciation des abus israéliens. L'affaire Tamimi a aussi trouvé un large écho chez les Israéliens. Ils ont vu dans l'impassibilité des soldats l'expression des valeurs de leur armée, tout en ressentant une vive amertume devant ce qui a été fortement perçu comme une humiliation.

Ahed Tamimi, issue d'une famille connue pour son engagement contre l'occupation et qui a commencé à se faire un nom lors des protestations fréquentes à Nabi Saleh, est volontiers considérée par les Israéliens comme une agitatrice ne reculant pas devant les provocations.

Le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman a salué la décision du tribunal. «Notre message est clair : celui qui s'en prend aux soldats de Tsahal [l'armée israélienne] le paiera cher», a-t-il tweeté.

Les organisations de défense des droits de l'Homme et l'Union européenne ont exprimé leur préoccupation. Le bureau du Haut Commissaire de l'ONU pour les droits de l'Homme a exprimé sa «profonde inquiétude», soulignant dans un communiqué que, selon les normes internationales, un enfant ne devait être détenu qu'en dernier recours. «Des aspects du traitement dont cette enfant fait l'objet reflètent celui de centaines d'autres enfants palestiniens arrêtés et détenus par les forces de sécurité israéliennes dans le territoire occupé», a-t-il déclaré.

Des ONG ont appelé à la libération immédiate de la nouvelle icône de la cause palestinienne, dont Amnesty, qui estime que la jeune fille n'a rien fait pour «justifier sa détention».

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