Edwy Plenel, Danièle Obono et Marwan Muhammad se mobilisent contre l’éviction de Rokhaya Diallo

Edwy Plenel, Danièle Obono et Marwan Muhammad se mobilisent contre l’éviction de Rokhaya Diallo© Leon Bennett, GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP Source: AFP
Rokhaya Diallo aux BET Awards le 23 juin 2017 à Los Angeles

Dans une tribune signée, des journalistes, des universitaires et des militants s’indignent de l’éviction de Rokhaya Diallo du Conseil national du numérique et alertent sur les restrictions de la liberté d’expression que cela impliquerait.

Les auteurs d'une tribune parue dans Libération le 20 décembre s’insurgent contre l’éviction de la militante féministe et antiraciste Rokhaya Diallo du Conseil national du numérique (CNNum), à la suite notamment d'une petite polémique sur les réseaux sociaux. Elle est signée par des figures des associations et collectifs féministes et anti-racistes, par le fameux fondateur de Mediapart Edwy Plenel, l'ex-dirigeant du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) Marwan Muhammad, la cinéaste Céline Sciamma ou encore la députée insoumise Danièle Obono… Ils mettent en exergue la nécessité de conserver vivant le débat démocratique et de respecterla liberté d’opinion.

Edwy Plenel a relayé l'information sur Twitter, dénonçant au passage une «chasse aux sorcières» menaçant la liberté d'opinion.

Les signataires reprochent au secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, d’être intervenu pour demander à Marie Ekeland, présidente du CNNum (depuis démissionnaire comme la quasi-totalité de ses membres), de proposer une nouvelle composition du conseil. En cause : la présence dans cette liste de bénévoles et de la militante et journaliste Rokhaya Diallo, dont certaines prises de position crisperaient des membres du gouvernement.

Les auteurs de la tribune estiment que cette éviction s’est faite sous l’influence de groupes «d’extrême droite» et du Printemps Républicain (mouvement politique défendant tout particulièrement la laïcité), «frange réactionnaire de nos élites». Ils disent avoir régulièrement observé «des membres du gouvernement ou représentant·e·s d’institutions céder à ces pressions».

Le rôle du gouvernement n’est pas de limiter, voire censurer les opinions divergentes, mais bien d’encourager le débat démocratique qui fait la richesse de notre population

Alors que Mounir Mahjoubi avait évoqué la nécessité de disposer de «sérénité pour travailler», ils rétorquent que le débat doit s’accompagner de la liberté de critiquer les institutions. «Le rôle du gouvernement n’est pas de limiter, voire censurer les opinions divergentes, mais bien d’encourager le débat démocratique qui fait la richesse de notre population», ajoutent-ils.

Le Conseil national du numérique censé être une commission consultative indépendante du gouvernement, sa présidente Marie Ekeland devait avoir toute latitude pour composer ses effectifs. Mounir Mahjoubi avait en outre initialement validé sa liste, comme on peut le voir sur son compte Twitter.

Mais le secrétaire d'Etat lui a demandé de revenir sur son choix deux jours après la publication de la liste, quand la polémique a commencé à enfler.

Rokhaya Diallo, une figure médiatique aux prises de position tranchées

Pourquoi autant de bruit autour de Rokhaya Diallo ? Entre autres pour sa dénonciation du «racisme d'Etat» ou pour ses propos controversés, mis en cause par la députée Les Républicains (LR) Valérie Boyer dans une lettre adressée à Edouard Philippe, publiée sur son compte Twitter. L'élue des Bouches-du-Rhône y appellait le Premier ministre à reconnaître ses «contradictions» : «Vous mettez en avant Rokhaya Diallo qui parle de "femmes racisées".»

Elle faisait aussi référence à une phrase prononcée par Rokhaya Diallo lors d'une interview datant du 30 novembre : «Je ne vois pas en quoi le fait de marquer la féminité par un voile, c'est plus sexiste que de le marquer par des talons aiguilles ou minijupe.»

Le 12 décembre, alors que des internautes s'émouvaient sur Twitter de la nomination de la militante, Rokhaya Diallo répondait à ses contempteurs : «Je n’ai pas le droit de collaborer avec les instituons de mon propre pays parce que j’ose dire publiquement qu’elles sont imparfaites ? Quelle étrange conception de la démocratie.»

Lire aussi : A peine arrivée au Conseil national du numérique, la militante Rokhaya Diallo est sur la sellette

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