Juppé «en marche» vers Macron pour les européennes de 2019, une position qui divise à droite

Juppé «en marche» vers Macron pour les européennes de 2019, une position qui divise à droite© PATRICK KOVARIK Source: AFP
En 2016, lors de l'Eurosatory, la poignée de main fut déjà chaleureuse entre Emmanuel Macron et Alain Juppé

Les propos du maire de Bordeaux, cités par le journal Sud-Ouest, laissent supposer une future alliance avec le parti présidentiel pour les élections européennes de 2019. De quoi faire jaser à droite.

L'un a perdu les primaires de la droite et du centre, l'autre a remporté l'élection présidentielle de 2017. Alain Juppé, Emmanuel Macron, deux personnalités qui ont développé un programme politique quasi-identique. Toutefois, peu de signes laissaient supposer une prochaine union entre les deux hommes. Depuis sa défaite, Alain Juppé se fait en effet très rare sur la scène médiatique. Mais ses récentes déclarations, publiées le 11 novembre par le journal Sud-Ouest, ne font plus de doute sur une convergence idéologique.

Dans le train qui emmenait l'ancien Premier ministre vers Paris, ce 10 novembre, à l'occasion des commémorations du 11 novembre, Alain Juppé a relu, par plaisir, le discours sur l'Europe d'Emmanuel Macron, prononcé à la Sorbonne au début du mois d'octobre. Accompagné de journalistes, il s'est livré à quelques confidences. «Il n'y a rien à redire. J’ai bien aimé l’expression "bien commun" utilisée par Emmanuel Macron pour parler des valeurs européennes. Je l’avais d’ailleurs utilisée pendant ma campagne», a confié le maire de Bordeaux aux journalistes présents. Elogieux envers Emmanuel Macron, Alain Juppé a fait un pas vers l'actuel président de la République.

«En marche» vers un grand centre, pro-européen

Si Macron reste dans la ligne de son discours à la Sorbonne, je ne vois pas d’incompatibilité

Un peu plus tard, lors d'un déjeuner avec l'Association de la presse diplomatique, il s'est livré à quelques hypothèses futures. En vue des élections européennes de 2019, Alain Juppé a fait le vœu d'un «grand mouvement central» : «La question est de savoir qui en prendra le leadership. Mais si Macron reste dans la ligne de son discours à la Sorbonne, je ne vois pas d’incompatibilité.»

Difficile effectivement de voir les incompatibilités entre Alain Juppé et Emmanuel Macron. A bien y penser, le président de la République n'a-t-il pas placé Edouard Philippe, qui n'est autre que l'ancien porte-parole du candidat malheureux à la primaire de la droite, au poste de Premier ministre ?

Toujours membre du Parti Les Républicains (LR), Alain Juppé peut aussi compter sur des alliés de poids dans la dynamique de rassemblement. A commencer par Thierry Solère, membre du groupe «Les constructifs» (proche d'Emmanuel Macron) à l'Assemblée nationale. «Je partage ce que dit Alain Juppé. C'est la démarche que nous, les parlementaires, avons entreprise à l'Assemblée nationale», a confié le député LR à BFMTV

Ce grand mouvement centriste regrouperait donc tous les «Macron-compatibles», des ex-socialistes, appartenant désormais à La République en marche (LREM), aux ex-LR, tendance centristes, en passant par l'UDI et le Modem. Selon Le Figaro, ce projet est ambitionné par Emmanuel Macron pour les européennes de 2019, avec la création d'une liste pro-européenne face aux partis euro-critiques, eurosceptiques et souverainistes.

A droite, Alain Juppé se pose en adversaire de Laurent Wauquiez

En affichant sa volonté de recomposer le paysage politique, Alain Juppé s'attaque, de fait et indirectement, à l'évolution de son parti, Les Républicains : «Je suis inquiet, car j’entends se développer le discours populiste.» Une charge à peine voilée contre Laurent Wauquiez, grand favori pour remporter la présidence du parti LR, le 10 et 17 décembre prochains. Une insinuation qui laisse l'actuel président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes de marbre. «Je pense que cette proposition [de grand mouvement central] est une erreur [...], Emmanuel Macron propose que l’Europe s’étende aux pays des Balkans. Mais c’est justement cette stratégie d’élargissement qui a tué l’Europe», a rétorqué Laurent Wauquiez dans l'émission Dimanche en politique sur France 3. 

Valérie Pécresse, présidente LR de la région Ile-de-France, a elle aussi pris ses distances avec Alain Juppé, qu'elle soutenait pourtant à la primaire de la droite en 2016.

«Des pro-européens, il y en a toujours eu à gauche et à droite. François Mitterrand était pro-européen, je n'ai jamais voté pour une liste socialiste aux européennes», a-t-elle souligné au Grand Rendez-vous CNews-Europe 1-Les Echos.

«Pour moi, Emmanuel Macron n'est pas un objet politique non-identifié, c'est un descendant de Dominique Strauss-Kahn en ligne directe, c'est un blairiste, un social-libéral européen», a détaillé Valérie Pécresse.

Elle se dit toutefois «très vigilante sur la ligne européenne de [son] parti», en particulier si Laurent Wauquiez en devenait président au mois de décembre.

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