Le gouvernement irrite jusqu'aux CRS: l'Intérieur reçoit les syndicats pour tenter de gérer la crise

Le gouvernement irrite jusqu'aux CRS: l'Intérieur reçoit les syndicats pour tenter de gérer la crise© Philippe Lopez Source: AFP
CRS à la manifestation nationale du 1er mai 2017

Le souhait du gouvernement de réformer l'octroi de la prime d’éloignement des CRS a provoqué leur colère et des arrêts maladie par milliers. La réunion des syndicats policiers Place Beauvau permettra-t-elle de sortir de la crise ?

Manque de matériel et de véhicules, surmenage, non application de la directive européenne stipulant qu’il faut 11h entre deux vacations : les conditions de travail des compagnies républicaines de sécurité (CRS) laissent à désirer. Mais si la colère gronde aujourd’hui, c’est parce qu’en plus de ces problèmes structurels, le gouvernement a décidé cet été, en catimini, de réformer leur indemnité journalière d'absence temporaire (Ijat), aussi connue sous le nom de prime d'éloignement, leur indemnité emblématique. L’exécutif a réussi à provoquer la colère jusque dans les rangs des forces de sécurité qui ne s’étaient jusqu’ici jamais autant mobilisées, et sur lesquelles il doit pouvoir compter. Dans un contexte particulièrement tendu, une délégation intersyndicale sera reçue place Beauvau à 14h30.

Suite à l’annonce de réforme de l’Ijat, un millier de CRS, qui n’ont pas le droit de faire grève, se sont fait porter pâle le 12 septembre, journée de mobilisation contre la réforme du Code du travail. Camouflet encore plus visible : pour la visite d'Emmanuel Macron à Marseille, le 21 septembre dernier, ils étaient 2 000 en congé maladie ou en consultation chez le médecin, démontrant qu’ils pouvaient remettre en question la sécurité du président. «Pour la visite de Monsieur Macron à Marseille, 81% des CRS étaient indisponibles», confie à RT France Johann Cavallero, délégué national CRS du syndicat Alliance. Les autorités ont dû faire appel aux gendarmes pour compenser ce manque de ressources.

L'indemnité de déplacement: un sujet qui fâche les CRS

Alors que d’ordinaire, les CRS montrent peu de signes mécontentement, ce manque de tact gouvernemental a provoqué une opposition inédite de leur part. Début juillet, Matignon avait déjà ulcéré le ministère des Armées, avec l'annonce d'une coupe de 850 millions d'euros de crédits. Cette décision avait entraîné la démission du chef d'état-major des armées, Pierre de Villiers. Le 21 juillet 2017, nouveau choc pour les CRS, un corps de métier qui doit être acquis au gouvernement : le ministère de l'Intérieur déclare qu'il souhaite réformer l’Ijat. Il souhaite apporter des changements à cette indemnité journalière d'absence temporaire, instaurée en 1961, de 39 euros nets par jour, la fiscaliser et la soumettre à des prélèvements sociaux dès 2018. Cela signifie que ce paiement, qui permet d'indemniser un CRS en déplacement, sera reporté sur la fiche de salaire. Le gouvernement a promis d’en compenser le montant pour que les déductions fiscales n’en réduisent pas le montant net. Mais l'Ijat ne sera plus payée à part comme auparavant, par le biais des régies d’avance, un système fiable et rapide.

l’Ijat est le symbole des forces mobiles

«Le changement obligerait à subir un retard de paiement d’un mois ou deux selon les cas. Un décalage qui n'a jamais existé jusqu'ici !», s’insurge Grégory Joron délégué national du syndicat Force ouvrière (FO) qui s’est confié à RT France. «Cela peut paraître un non sujet, mais l’Ijat est le symbole des forces mobiles. En 2015, elle a enfin été augmentée, en avril 2017 on a terminé le protocole et en août on la remet déjà en question !» proteste le syndicaliste. «Certains CRS sont en déplacement 150 jours par an, cela peut équivaloir à plus de 6 000 euros sur une année, c’est loin d’être un détail», explique pour sa part Johann Cavallero.

Soucieux face à l’étendue de la grogne, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait proposé aux syndicats policiers de les recevoir dès le matin du 21 septembre. «Il nous a appelé à 11h pour midi, mais on a refusé : on ne règle pas ces problèmes en deux minutes», a poursuivi Johann Cavallero. Et d'ajouter : «Notre action montre qu'il fallait que [Gérard Collomb] nous écoute dès le départ.» La délégation intersyndicale sera donc reçue place Beauvau le 9 octobre à 14h30 pour une tentative de conciliation.

 

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