Couacs à tire-larigot après l'annonce des investitures de La République en marche

Couacs à tire-larigot après l'annonce des investitures de La République en marche© POOL New Source: Reuters

Alors que La République en marche a dévoilé la majorité des candidats que le parti investit pour les législatives, certains soutiens d'Emmanuel Macron semblent déçus assurant n'avoir rien demandé. Retour sur une déferlante de couacs post-électoraux.

Jeudi 11 mai, le parti du nouveau président publiait une liste de 428 noms de candidats qu'il a investi pour les élections législatives. Des compromis semblent avoir été réalisés. Aucun candidat n'a été présenté dans la circonscription de l’ancien Premier ministre Manuel Valls, alors que ce n'était pas le cas pour Najat Belkacem. Plusieurs ténors des Républicains, comme Thierry Solère ou Bruno Le Maire ont aussi été épargnés par le parti présidentiel.

Mais cette stratégie est loin de ne faire que des heureux et heure après heure, les mécontents se font entendre.

Jean-Yves Le Drian mécontent de l'investiture de Gaspard Gantzer

Le conseiller communication de François Hollande, Gaspard Gantzer, qui avait été investi, a annoncé à l’AFP qu'il avait renoncé à se présenter sous l'étiquette LREM dans la deuxième circonscription d'Ille-et-Vilaine (Rennes). Il a fait valoir que ses attaches étaient à Paris.

Selon Ouest France, son parachutage dans la deuxième circonscription d'Ille-et-Vilaine avait mis en colère l'entourage du ministre sortant de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui n'était pas au courant de l'investiture du camarade de promotion d'Emmanuel Macron à l'ENA.

Ainsi, Loïg Chesnais-Girard, premier vice-président du conseil régional de Bretagne et membre de la garde rapprochée de Jean-Yves Le Drian, avait déclaré avec agacement dans le quotidien régional que ce genre de pratique était «éloignée de [sa] conception de la politique».

«Je découvre qu’En Marche! investit un parachuté, un vrai parachuté, issu de la sphère médiatico-politique parisienne. Il vient en province par opportunisme. Il y a énormément de mépris dans cette décision. C’est aussi un problème d’éthique», avait pour sa part déclaré la candidate socialiste à la députation, Gaëlle Andro.

François Bayrou déçu, espérait plus d'investitures MoDem

Le ministre de la Défense de François Hollande n'est pas le seul à voir d'un mauvais œil les investitures de La République en marche. Le président du MoDem, François Bayrou, s'est montré particulièrement remonté et a déclaré ne pas donner son «assentiment» à la liste des investis.

Selon L'Obs, François Bayrou pensait en effet qu'Emmanuel Macron lui réserverait 120 investitures pour les législatives et pas 35, seulement, comme c'est le cas actuellement. «Quand je lui ai apporté mon soutien, il était à 18%. Nous l'avons fait élire», a déclaré le maire de Pau, agacé. 

«Je convoque le bureau politique du MoDem le 12 mai au soir en souhaitant que dans les heures qui viennent, un mouvement de raison permette des investitures communes dans toutes les circonscriptions comme Emmanuel Macron et moi en sommes convenus depuis le premier jour de notre entente», a-t-il ajouté.

Des proches d'Emmanuel Macron voient dans cette sortie de François Bayrou une tentative de «faire monter les enchères». «Ce qu’il se passe, c’est qu’il considère qu’il n’a pas été assez servi, c’est tout», a expliqué un soutien du nouveau chef de l'Etat. Un autre rappelle que «plusieurs dizaines de [députés de] MoDem ont été retenus et dans des [circonscriptions] gagnables [...] mais il peut arriver qu’il y ait des gens auxquels il tenait et qui n’y sont pas…».

Alors qu’Emmanuel Macron devrait annoncer l’identité de son Premier ministre au lendemain de la passation de pouvoir avec François Hollande, le 14 mai, les propos de François Bayrou lui laissent peu d’espoir d'être nommé à ce poste clef.

Le malentendu Mourad Boudjellal : non, il ne veut pas faire partie de l'aventure

Le président du club de rugby RC Toulon, Mourad Boudjellal, officiellement investi dans la 1ère circonscription du Var, a immédiatement démenti avoir candidaté. Il a en fait assuré être «sensible à la proposition du président», tout en ajoutant ne pas avoir cette ambition, préférant se consacrer à son poste de président de club sportif.

Légèrement embarrassée, la chargée des relations presse de La République en marche, Sibeth Ndiaye, a reconnu sur France Info une «petite erreur matérielle» due à un «mauvais copié collé [...] qui sera retiré».

Augustin Augier, secrétaire général de l'ONG humanitaire ALIMA, a lui aussi déclaré sur Twitter que «contrairement à la liste publiée», il n'était pas «candidat dans la 9e circonscription des Français établis hors de France.

La présence de la belle fille d'Emmanuel Macron fait parler d'elle

Tiphaine Auzière, la fille de Brigitte Macron, n'a pas été investie par le parti fondé par son beau-père dans la 4e circonscription du Pas-de-Calais. Elle a cependant accepté d'être la suppléante du candidat, Thibault Guilluy, 40 ans. «Il fait partie d'une famille d'Etaplois. Son grand-père était maire d'Etaples», a confié un membre d'En Marche ! au Parisien.

Immédiatement, le président du conseil régional de Normandie et ex-ministre de la Défense sous Nicolas Sarkozy, Hervé Morin, y a vu un favoritisme flagrant.

Stéphane Saint-André refuse son investiture

Le député du Parti radical de gauche, Stéphane Saint-André, député sortant de la 9e circonscription du Pas-de-Calais, s'est lui aussi vu proposé l'investiture de La République en marche. Mais après un échange avec le responsable des investitures du parti, Jean-Paul Delevoye, il a déclaré sur Facebook refuser cette proposition qui lui semble légèrement floue. 

Si l'élu estime que la proposition du président élu est «une vraie reconnaissance du travail de parlementaire accompli», il explique ne «pas avoir pour l'instant une parfaite information des engagements qu'[il] devra prendre».

Il promet cependant son soutien «à la future majorité présidentielle lorsque les textes proposés iront dans l'intérêt de [ses] concitoyens et lorsqu'ils seront conformes à [ses] convictions».

Idem pour François Pupponi et Augustin Augier

Le député socialiste sortant de la 8e circonscription du Val-d'Oise, François Pupponi, qui a succédé à Dominique Strauss-Kahn, s'est vu proposer l'investiture par La République en marche. Le député a confié à France Info n'avoir ni adhéré au parti, ni demandé d'investiture, assurant vouloir rester corps et âme au parti socialiste (PS).

Là encore, le parti présidentiel parle d'«une erreur» due au «rush du traitement des milliers de candidatures».

Thierry Robert, un candidat investi, mais qui a... un casier judiciaire 

Le cas du député MoDem sortant à La Réunion, Thierry Robert, est encore plus particulier. En effet, investi selon la liste dévoilée le 11 mai, l'homme remplit bien tous les critères nécessaires pour être investi, mais un détail primordial l'empêche de le faire : il a un casier judiciaire.

Thierry Robert a en effet été condamné en appel, en juin 2016, pour avoir accusé son adversaire Les Républicains (LR) de clientélisme. Son ancien avocat, Philippe Creissen, qui a d'ailleurs porté plainte contre son client de l'époque pour escroquerie en 2016, a confirmé l'information dans l'Express : «Il a été condamné l'an dernier. Il attend désormais de voir si son pourvoi en cassation est admis.»

A ce propos, La République en marche a une nouvelle fois évoqué une «erreur», assurant que le nom de Thierry Robert serait rayé de la liste.

Lire aussi : Sollicités par En marche!, les Républicains n'ont pas voulu devenir ses candidats aux législatives

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