Marine Le Pen va-t-elle faire imploser Les Républicains ?

Marine Le Pen va-t-elle faire imploser Les Républicains ? Source: Reuters
La défaite de François Fillon sera-t-elle une catastrophe pour sa formation politique ?

Alain Juppé a dénoncé le 25 avril les «finasseries» de la position de son parti avant le second tour opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Christian Estrosi a lui appelé à exclure ceux qui n’appellent pas à voter Macron. Le début de la fin ?

La tension ne cesse de monter du côté du parti Les Républicains (LR). Depuis que la France a découvert le choix qui était le sien pour le second tour de l’élection présidentielle, la droite dite «républicaine» est devenue un terrain fertile pour les conflits. En cause ? Le refus de certains ténors du parti d’appeler clairement à voter pour Emmanuel Macron et ainsi faire «barrage» à la candidate du Front national.

Christian Estrosi en première ligne pour un vote clair en faveur d’Emmanuel Macron

Alain Juppé, qui a clairement appelé à faire le choix du candidat d’En Marche! réunissait ses proches le 25 avril à Paris. «Voter blanc, c'est donner sa chance au FN [Front National]. Assez de finasserie ! Pour battre MLP [Marine Le Pen], il n'y a qu'une solution : voter Macron», a tweeté le maire de Bordeaux dans la soirée.

Le même jour, Christian Estrosi, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) s’est montré encore plus offensif. D’après le journal Le Monde, il a tout simplement appelé à exclure les membres de LR qui refuseraient d’appeler à voter pour Emmanuel Macron, par une formule alambiquée : «Tous ceux qui ne feront pas le choix très clair de faire voter pour ne pas faire barrage à Marine Le Pen doivent être exclus.»

Le premier adjoint au maire de Nice s'est également référé à Jacques Chirac dans une longue tirade mentionnant un large spectre de représentants de la droite : «Jacques Chirac a défini en 1988 une ligne infranchissable : les accords avec le Front national. Madame Boutin a dit qu’elle soutiendrait Madame Le Pen, qu’en est-il du Parti chrétien-démocrate qui appartient à la famille des Républicains ? François Baroin reste dans le flou alors que François Fillon lui-même, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et désormais Nicolas Sarkozy appellent à voter pour Emmanuel Macron ?»

La démarche de Christian Estrosi, qui doit sa présidence de la région PACA aux voix de la gauche, après avoir appelé au front républicain, est-elle exempte d'arrière-pensées ? On peut en douter, lorsque l'on sait qu'à la veille du premier tour, il a effectué dans L'Obs un clair appel du pied à Emmanuel Macron, comme le rappelle dans un tweet Louis Hausalter, journaliste à Marianne. Répondant à une question sur la possibilité d'obtenir un portefeuille ministériel dans un hypothétique futur gouvernement d'Emmanuel Macron, l'ex-maire de Nice commençait certes par préciser qu'il ne s'agissait pas de son «ambition personnelle». Pour mieux asséner, dans la seconde suivante, «si on estime qu'avec l'expérience qui est la mienne, je peux être utile pour un programme de cinq à six grandes réformes structurelles dont le pays a besoin, c'est autre chose».

Frictions internes

Le 24 avril, le bureau politique de LR a adopté un texte de compromis appelant «à voter contre Marine Le Pen pour la faire battre au second tour de l’élection présidentielle».

«Face au Front National, l’abstention ne peut être un choix», dit ce texte. Le parti joue donc l'ambiguïté : voter «contre» Marine Le Pen, est-ce voter Macron ou blanc ?

Pourtant, de nombreuses personnalités de droite ont fait part de leur refus de donner leur voix à l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande. C’est notamment le cas de Christine Boutin qui a annoncé qu’elle voterait pour Marine Le Pen.

La discussion a été houleuse entre les partisans du vote explicite pour le candidat d'En Marche! – Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Pécresse, Jean-François Copé, Luc Chatel, Thierry Solère, Xavier Bertrand, Christian Estrosi, Gérard Larcher –, et ceux qui appellent à «faire barrage au FN» – Laurent Wauquiez, François Baroin, Eric Ciotti, Jean-Frédéric Poisson – sans évoquer Emmanuel Macron.    

«Notre position doit être claire», a plaidé NKM. Mais «c'est suicidaire de se rallier à Macron et, ensuite, aux législatives, d'appeler à se battre contre lui», a argué Laurent Wauquiez.

Henri Guaino a pour sa part déclaré le 25 avril sur LCI qu'il ne voterait ni pour Marine Le Pen ni pour Emmanuel Macron au second tour de l'élection présidentielle.

«Je ne suis pas favorable aux consignes de vote. [...] Mais si j’avais à en donner une ce serait non à Marine Le Pen mais pas une voix pour Emmanuel Macron», a déclaré Henri Guaino. «Pour ce qui me concerne ce sera l'abstention, j’irai à la pêche ou je voterai blanc, je ne sais pas, mais je ne voterai ni pour l’un ni pour l’autre», a-t-il précisé.

Avant de rajouter : «Jamais, personne ne me fera voter pour Emmanuel Macron. Je suis en désaccord avec tout. Je me bats depuis des années en politique contre ce qu’il incarne, contre ce qu’il représente, contre ce qu’il fait. Qui plus est, il est le candidat, ça n’est pas un hasard, de François Hollande, il est le candidat de toute la classe politique qui a échoué.»

«Moi, je ne voterai pas pour Marine Le Pen», a également dit le député des Yvelines, tout en protestant contre le fait qu'on «dresse le monstre répulsif du fascisme devant les électeurs».

Du côté de Sens commun, le mouvement des Républicains proche de la Manif pour tous et qui avait largement soutenu François Fillon depuis la campagne de la primaire de la droite et du centre, pas question d’appeler à faire barrage au FN en votant pour Emmanuel Macron. Le collectif a publié un communiqué appelant les Français à voter «en conscience» ce qui a eu le don d’agacer Christian Estrosi.

Même à l’autre bout du monde, bien loin de la métropole, la question agite LR. Les différents responsables du parti en Nouvelle-Calédonie n'ont pas donné de consigne de vote pour le second tour de la présidentielle.

Dans l'archipel, le vote au premier tour a été marqué par une abstention massive des régions indépendantistes et kanakes et un score élevé pour Marine Le Pen, qui avec 29,09% des suffrages est arrivée juste derrière François Fillon (31,13%).

«Soutenir une candidate qui s'est toujours opposée à l'Accord de Nouméa (1998) [...] ou apporter notre soutien à un candidat dont les positions sur la Nouvelle-Calédonie sont floues [...] et qui a qualifié la colonisation de "crime contre l'humanité", ce serait trahir notre histoire et nos convictions», a déclaré à la presse le sénateur LR Pierre Frogier.

François Fillon repart de zéro ?

Au lendemain de l'échec historique au premier tour de la présidentielle du candidat de la droite (troisième à 20,01%), François Fillon avait déclaré n'avoir «plus la légitimité pour mener» le «combat» des législatives. «Je vais redevenir un militant de cœur parmi les autres», a-t-il affirmé, ajoutant qu'il allait «penser [sa] vie autrement», sans plus de précision.

Outre le second tour le 7 mai, les législatives, en juin, seront potentiellement explosives pour un parti construit en 2002 pour éviter le cas de figure actuel, son éviction au premier tour d'une présidentielle.

L'ex-candidat de la droite a invité ses principaux ténors «à rester unis» et à ne pas se «disperser dans des combinaisons pré-électorales».

L'ancien candidat de la droite sorti du jeu, certains ont aussi remis en cause son programme jugé trop radical. «Après l'échec, il faut revoir la ligne politique» du parti, a estimé Alain Juppé. Des élus proches du maire de Bordeaux ou de Bruno Le Maire, voire quelques sarkozystes, ont mis en garde leur «famille» contre le «rétrécissement de la droite sur une ligne politique exclusivement identitaire et conservatrice», qui serait «sans issue».

Lors d'un déjeuner avec quelques caciques LR, l'ex-chef de l'Etat Nicolas Sarkozy a, lui, demandé aux Républicains de «reprendre l'offensive» avec une campagne pour les législatives «plus ouverte sur la droite populaire» (pas de hausse de TVA, plus de souplesse sur la suppression des postes de fonctionnaires, défiscalisation des heures supplémentaires...).

Les responsables du parti craignent également de possibles fuites de candidats LR aux législatives vers le camp macroniste, à l'instar d'élus de droite, la plupart chiraquiens.

Christian Jacob, président des députés LR, a demandé «l'exclusion et l'investiture de candidats contre nos candidats qui iraient chez Macron».

Les Républicains peuvent au moins être rassurés sur un point : le président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde, qui a appelé à voter Emmanuel Macron au second tour, a exclu le 24 mars une suspension de l'accord de son parti avec LR pour les législatives, récusant toute négociation avec En Marche!.

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